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Langue corse et France Télévision, le mariage de raison

langue corse - via stella (Magà Ettori - blog) Grace au financement de la Collectivité Territoriale de Corse (667.000 €/an + aide à la production) on peut dire que la langue corse se porte bien sur les chaînes nationales éditées par le groupe France Télévisions. Mieux que les autres régions en tous cas. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) publie son « Rapport 2013 sur les chaînes nationales éditées par le groupe France Télévisions ». Outre de nombreuses informations sur l’offre de programmes, la protection des publics, les enjeux de société et le financement de la création, ce document comporte également un chapitre sur la contribution des chaînes du groupe France Télévisions à « l’expression des langues régionales ». Cette obligation, qui incombe à France 3 en sa qualité de chaîne des régions, présente de très fortes disparités selon les langues concernées. Ainsi, le rapport du CSA relève qu' »en 2013, France 3 a contribué à l’expression des principales langues régionales parlées sur le territoire métropolitain en diffusant un volume total de 378 heures et 32 minutes d’émissions sur les huit antennes régionales concernées (Alsace, Aquitaine, Bretagne, Corse, Côte d’Azur, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Provence-Alpes). Mais s’ajoute à ce premier chiffre… 582 heures et 23 minutes en langue corse sur France 3 Corse Via Stella. Le total se trouve ainsi porté à 960 heures et 56 minutes, d’où une augmentation globale de 8,6% par rapport à 2012. Si l’on ajoute aux 582 heures et 23 minutes de Via Stella les 62 heures et 28 minutes de France 3 Corse, on obtient un total de 644 heures et 51 minutes en langue corse, ce qui représente 67% du total des émissions en langues régionales… auquel il convient de rajouter 539 heures et 35 minutes de programmes bilingues français-corse (+15% par rapport à 2012). Même si le CSA réfute une  »concurrence » entre régions, les autres langues se trouvent réduites à la portion congrue avec, en outre, des écarts importants selon les chaînes régionales : 112 heures et 29 minutes d’émissions en alsacien en 2013 (-2,4% par rapport à 2012), 69 heures et 8 minutes en langue bretonne (+1,4%), 58 heures et 45 minutes en langue provençale (-4,5%), 48 heures et 13 minutes en langue occitane (+9,4%), 19 heures et 6 minutes en langue catalane (+10,8%) et 8 heures et 20 minutes en langue basque (+245%), les basques captant il est vrai des chaînes basques espagnoles. Cette situation très spécifique de la langue corse tient au modèle particulier de Via Stella. Il s’agit en effet d’une chaîne de plein exercice, dont l’origine remonte au début des années 2000. Avec le développement de la TNT (télévision numérique terrestre), il était alors prévu de créer neuf chaînes régionales de ce type. Mais seule Via Stella a finalement vu le jour et a commencé à émettre en 2006. Avec une santé éclatante de la langue corse, on se demande vraiment pourquoi le Conseil Economique Social et Culturel de Corse refuse de remplir ses obligations légales (depuis 2005), à savoir publier un rapport de la présence de la langue corse dans les médias publiques ? Mystère…

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Violence en Corse

MAGA ETTORI - SAMPIERO SANGUINETTI - VIOLENCE EN CORSEDans le cadre de mes recherches pour LE DERNIER CLAN, deux ouvrages m’ont particulièrement intéressé : celui de mon ami Sampiero Sanguinetti (1) et celui de Jacques Follorou (2). Si les deux livres traitent de la violence en Corse, il me semble que la comparaison se limite à peu près ceci tant l’approche, l’écriture, et les conclusions divergent.

Toutes les rencontres avec Sampiero Sanguinetti sont des instants de bonheur. Il me semble chaque fois d’être plus intelligent et plus cultivé qu’un moment plus tôt. Nous nous sommes donc rendus en famille (pour que tout le monde soit un peu plus intelligent et cultivé) à la conférence-débat de Sisco animée par Sampiero sur la base de son dernier essai :  »La violence en Corse – XIXe et XXe siècle ». Dans le contexte actuel, les espaces d’échanges et de démocratie sont précieux, et les évènements initiés par Rose-Marie Carrega (3 points & plus de rencontres culturelles – Villa Ramelli) sont déjà remarquables en ce sens. Bien entendu inviter Sampiero Sanguinetti c’est convoquer l’excellence, mais qui s’en plaindrait ?

La violence en Corse_couv.inddDans son essai mais également lors des débats Sampiero Sanguinetti a établit la démonstration que la violence est le résultat d’une histoire, d’un état social, d’une situation économique. Elle est aujourd’hui attisée par les données nouvelles d’un développement touristique aux conséquences mal maîtrisées qui draîne son lot de spéculations foncières et de consommation de masse. En journaliste aguerri, Sampiero Sanguinetti analyse la situation conduit à envisager les deux manières d’aborder la question de la violence insulaire. L’une consiste à égrener le chapelet des faits criminels pour tracer le portrait d’une île prisonnière d’un monstre à combattre et à détruire. L’autre consiste à chercher derrière les faits délictueux ou criminels en quoi souffre cette société pour générer de tels faits. Car s’il existe une responsabilité des individus, il existe aussi des engrenages. La violence et la criminalité ne sont pas le résultat de la nature d’un peuple, mais la conséquence des maux dont souffre le corps social. Affirmer qu’il n’existe aucune fatalité de la violence en Corse a son importance et cette intervention donne matière à réflexion dans le débat sensible et déterminant pour l’avenir de la Corse.

L’analyse de Sampiero Sanguinetti, d’une justesse quasi chirurgicale, démontre qu’au delà des passions et plus loin que le folklore, existent des enjeux stratégiques (militaire), financiers et moraux (la République une et indivisible) qui laisse très peu de place au romantisme. Pour çà, il nous reste le septième art (nous y reviendrons dans LE DERNIER CLAN).

FOLOROU - MAFIA CORSETravail d’enquête journalistique de qualité, l’ouvrage de Jacques Follorou est surtout impressionnant de par son côté  »affaires en cours » ; les noms, les lieux, les dates, les écoutes policières et autres comptes rendus de procès-verbaux tout y est.

Entre 2006 et 2009, le système criminel qui dominait le grand banditisme français depuis trente ans et qui étendait ses ramifications dans le monde entier s’est écroulé. Après une période de règlements de comptes, le milieu corse doit désormais composer avec des caïds des cités devenus de gros trafiquants de drogues. Cet ouvrage se penche sur les nouvelles formes de criminalité corse.

Mon expérience fournie du monde économique, social et culturel en Corse, fait que je partage COMPLETEMENT les thèses de Jacques Follorou concernant la criminalité dans l’île et autour de l’île. J’adhère moins à la solution que préconise le journaliste du Monde, à savoir la création d’un  »statut du repenti », celle des  »témoins sous X » et surtout la saisie des biens des personnes soupçonnées d’avoir des  »contacts » avec des gangsters. Dans une île, où le nombre d’habitants se résume à 310000 habitants (dont la moitié répartie entre Ajaccio et Bastia), cette mesure me semble source de violences et d’injustices supplémentaires.

(1) Sampiero Sanguinetti, journaliste et homme de télévision depuis plus de trois décennies, est l’un des pionniers de la télévision régionale en Corse et l’un des principaux promoteurs de « Via Stella », la télévision insulaire diffusée par satellite. Il fut aussi le rédacteur en chef pour la France de l’émission Mediterraneo, une coproduction méditerranéenne unique en son genre. Il est l’auteur de deux essais sur l’exercice du métier de journaliste à partir de ses propres expériences professionnelles, dont Les jours d’un témoin, 2002). – Présentation des Editions Albiana

(2) Jacques Follorou est un journaliste français, collaborateur du quotidien Le Monde. Ancien élève du Centre de Formation des Journalistes (promotion 1991), il est spécialiste du crime organisé et du milieu corse.  Source : Wikipedia