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Une messe cathodique au poil

Conchita - giacobbi (Magà Ettori - Blog)Il est assez rare que je passe une nuit devant ma télé, alors autant partager cette enrichissante expérience avec vous. Kendji,  Dave Navarro, Conchita Wurst et Paul Giacobbi dans la même soirée c’est énorme ; une nuit cathodique sous l’emprise du poil au menton. L’Eurovision d’abord. La France qui fini bonne dernière avec le groupe Twin Twin qui représentait la culture hexagonale avec un ersatz de mélodie stromaeienne avait misé sur  »la moustache ». Un vrai titre pour une vraie oeuvre, limite du plagiat. En toute logique, c’est la barbe qui a gagné, le seul scandale de la très lisse compétition. Conchita Wurst – Tom Neuwirth pour l’état civil autrichien – a gagné le concours de musique pop avec « Rise Like a Phoenix ». Le jeune travesti de 25 ans avait déjà mis d’accord la Russie et l’Ukraine sur un point : les deux pays belligérants ont signé une pétition, pour protester contre la participation à l’Eurovision de la femme à barbe. A l’origine de la pétition, Vitaly Milonov, le très barbu député russe à l’origine d’un récente loi homophobe. Le député Milonov qui estimait dernièrement que les forces de l’ordre françaises (dans le cadre mariage pour tous) étaient « des policiers SS ». C’est certain que Conchita Wurst dans ce concours branché, c’est un peu provocant pour un Vitaly Milonov, qui écrira une lettre au comité Eurovision de son pays, pour demander de ne pas envoyer de candidat à une « propagande éhontée de l’homosexualité et de la décadence spirituelle ».

Sur une chaine concurrente, c’était la grande finale pour  »The Voice ». Encore un gagnant barbu, Kendji. Un sourire ravageur, un sourire ravageur, et un … bon, oui, voilà quoi le public a toujours raison. Enfin pas toujours, la dernière saison l’élimination d’Emanuel Djob était un peu injuste, tant il avait survolé avec brio la compétition. On retrouvera Emmanuel Djob dans mon prochain film, là au moins on ne coupe pas les cheveux en quatre. Personnellement, j’ai une grande préférence pour les grosses voix, alors forcément quand on élimine Jacynthe Véronneau, puis plus loin Stacey King, Igit, Maximilien et Wesley pour en définitive garder Kendji, voilà quoi. En revanche c’est vrai que ce dernier a… heu… du rythme, une belle histoire (cendrillon moderne) et un sourire ravageur. A vu de barbe je dirais que Kenji a un public et qu’il va faire une grosse carrière.
En continuant mon zapping effréné, je tombe sur deux replays :  »Ink Master », diffusé il y a deux jours et  »ce soir (ou jamais !) » présentée par Frédéric Taddei.  »Ink Master » [bon sang qu’ils sont laids] ce sont 10 candidats qui s’affrontent à travers des épreuves de tatoueurs pour décrocher 100.000 $. Ce que j’ai retenu ? Pas grand chose : trois barbus, les membres du jury qui décernent un prix à un autre barbu, avec en prime une belle phrase de Dave Navarro (un jury) :  »toute l’encre que vous avez versé sert à écrire votre plus belle histoire ». Ok ça j’aime !
Dans  »ce soir (ou jamais !) », pas beaucoup de barbus pour le coup, mais au moins un barbant. Ah ! Paul Giacobbi est là ! Il glousse de joie, le député PRG de Haute Corse, Président de l’Exécutif de l’Assemblée de Corse, copain de qui vous savez (chut), et homme fort de la politique insulaire. Je ne sais pas pourquoi mais sa prestation me fait penser à ce film de Martin Scorsèse :  »Casino ». Vous savez  le passage où les vieux parrains demandent à Sam  »Ace » Rothstein (Robert de Niro) de se tenir tranquille et de se faire oublier et que Ace décide de devenir présentateur TV. Ace Giacobbi, est venu faire l’article du statut de résident, qui ne verra sans doute jamais le jour. Pour mettre fin à la flambée des prix dans l’immobilier, Ace … pardon la Collectivité Territoriale de Corse souhaite imposer une résidence d’au moins cinq ans avant de pouvoir acquérir un bien. Ace se vante de parler mieux l’anglais que le corse, avant de faire état des indigènes corses. Indigènes ? Quelle élégance, mais quelle classe ! Merci patron. Ce sera ensuite un coup de griffe au peuple corse, dont Paul Giacobbi réfute l’existence, et pour le reste tout roule. Il n’y a qu’une question qui aurait pu embarrasser le showman, celle du journaliste Périco Légasse qui lui demandait  »à qui va profiter le crime ? En d’autre terme, le statut de résident ne passera pas – car inconstitutionnellement inadapté – mais si jamais ça marche qui en profiterait ? Sans doute la mafia locale ? » questionne l’excellent journaliste. Pas de réponses. Dommage, c’était une question au poil.

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Nous sommes malades de ce virus issu du croisement mortifère de la cupidité et de la violence

Paul_Giacobbi_Assemblée_Nationale_mafiaLe doute n’est plus permis il y a une hiérarchie dans la barbarie : certains meurtres sont plus graves que d’autres, certaines vies moins importantes que d’autres. Paul Giacobbi, l »’ex » Président du Conseil Général de Haute Corse, actuel Président de l’Exécutif de la Collectivité Territoriale de Corse, et Député de Haute-Corse,  lors de la première séance de questions au gouvernement de Manuel Valls a évoqué l’assassinat le 23 mars dernier de Jean Leccia, directeur général des services au Conseil général de Haute-Corse à Bastia. Jean Leccia a été assassiné après avoir quitté une soirée électorale à San-Gavino-di-Fiumorbu où sa fille se présentait aux élections municipales. Alors au volant de sa voiture, il a succombé à une rafale d’arme automatique de gros calibre. Est ce un crime affreux ? Assurément ! Une ignoble barbarie ? Bien entendu ! Une terrible tragédie ? C’est évident !  Ceci dit, en quoi ce crime est il plus important qu’un autre ? Qu’est ce qui fait dire à Paul Giacobbi : « C’est le crime le plus grave survenu en Corse depuis l’assassinat du préfet Erignac » ? Et les autres c’est quoi ? Des chiens ? Des statistiques ? 86 meurtres en six ans et une seule élucidation, voilà un vrai chiffre digne d’intérêt. Depuis le 2 avril, les trois principaux collaborateurs de Paul Giacobbi bénéficient de protections policières. Nombre de nos amis morts sous les balles d’assassins anonymes n’ont pas eu cette chance. François-Dominique de Peretti, directeur de cabinet de Giacobbi, Thierry Gamba-Martini directeur général des services de la Collectivité de Corse et Dominique Viola, proche conseiller de Giacobbi vivent désormais sous protection policière. Pau Giacobbi, himself est sous protection depuis janvier 2013. Dans le cadre d’une affaire de marchés publics présumés truqués au sein du conseil général de Haute-Corse, François-Dominique de Peretti – entre autres – avait été placé en garde à vue, puis mis en examen. La grande question est :  »Pourquoi est ce que ces gens sont sous protection policière ? » Peut-être que l’on pourrait au moins nous dire qui menace Paul Giacobbi et ses proches ? Ce serait la moindre des choses. A défaut, il faudrait que l’on se contente des pleurnicheries du Député Giacobbi à l’Assemblée Nationale ou des phrases sibyllines qu’il écrit sur son blog  :  »Écrivant cela, et surtout menant une telle action, je peux moi-même être menacé. »… ok on a compris mais pourquoi ? Ah oui je vois :  »Nous sommes malades de ce virus issu du croisement mortifère de la cupidité et de la violence. » Bien entendu !

 

Moralité, corsitude, dégénérescence identitaire

 »Ce rappeur a une tête de dégénéré. De près ou de loin, je ne vois pas ce qu’il y a de corse dans tout ce qu’il peut faire. Grâce à Dieu, les (vrais) Corses ne sont pas encore tout à fait semblables à ces figures pathétiques importées des banlieues françaises. », voici le genre de commentaire que l’on pouvait lire suite à la mise en ligne du clip de Beli Blanco Vittoria (ci-dessous).

Dans l’antiquité romaine, le verbe degenerare, emprunté au domaine de l’agriculture, est fréquemment utilisé dans le champ de la morale et de la filiation. Alors il n’est jamais utilisé pour décrire une difformité physique, mais signale exclusivement un écart de caractère ou de conduite. La moralité, nous y reviendrons. Nous disions donc un rappeur avec « une tête de dégénéré » (sic), simple provocation d’anonymes masqués derrière des écrans (ici ou ailleurs) ou véritable malaise de société se traduisant par des messages de haine et de racisme ?  »ces figures pathétiques importées des banlieues françaises », nul besoin de les importer. Heureusement nous avons les nôtres, des dégénérés bien à nous, à l’usu nustrale, estampillés made in Corsica. On envisageait même de faire une demande d’AOC, alors vous imaginez si on veut préserver toute la spécificité de la dégénérescence identitaire. A force de parler de corsitude, il va falloir un jour déterminer des critères, établir un cahier des charges, faire un état des lieux de notre culture, et pire encore de notre économie. Une étude récente a calculé l’indice de bonheur des différentes régions françaises. La France, un des pays les plus angoissés du bloc occidental (voir sa consommation de psychotropes), qui offre à la Corse un nouveau podium : avec la Normandie et la Franche-Comté, l’ile fait partie du groupe de régions les plus anxieuses de France. Ok, cette étude est hautement subjective. Allons donc vers du concret, des chiffres bien officiels. Plaident-ils en faveur de notre créativité ? Zone la plus criminogène d’Europe, région où le plus d’habitants vivent sous le seuil de pauvreté (en 2007, 18,8 % de la population étaient considérés comme pauvres avec un taux de précarité pour les jeunes de 22 %), une personne sur trois seulement est dans la population active, région où le coût de la vie est le plus élevé (les prix des produits alimentaires étaient en 2006 supérieurs de 9,7 % par rapport au sud-est de la France et jusqu’à 20 % supérieurs pour les légumes), trois personnes sur quatre sans emploi, cinq personnes sur six travaillent dans le secteur public. Je pourrais en aligner des kms comme cela. Certes ce sont des indices, des chiffres plus ou moins interprétables. Pourtant la Corse semble définitivement prisonnière d’un modèle de développement au sein duquel la croissance est nourrie par l’investissement public, une fréquentation touristique balnéaire et un secteur de la construction qui bénéficie des deux autres et attise les convoitises. Au passage disons que 44 % des logements neufs construits entre 2003 et 2008 sont acquis par des personnes extérieures à la Corse au moment de l’achat. Le poids des résidences secondaires est écrasant, alors que les achats par les ménages s’installant dans l’île ne pèsent que 5 % du marché neuf. Ce qui revient à dire qu’il est presque aussi difficile de se loger en Corse qu’en Ile de France.

Et dire que pour assurer l’avenir de nos enfants nous ne pouvons même plus compter sur les bonnes vieilles administrations et l’ancestral chantage à l’élection. Le secteur public, nous le savons, va subir un choc récessif, cette fois via la baisse et le gel des dotations nationales et européennes, principales sources de recettes pour les collectivités locales. Ceci implique moins d’emplois publics et une capacité réduite pour l’investissement. Or, nous l’avons dit le secteur public pèse 30 % du PIB et a été la source du quart de la croissance de l’île sur la dernière décennie. Le PEI 3e version permettra de limiter la pression récessive mais pas de la compenser. Bien loin d’être protégée de la crise par le poids des administrations et l’importance des transferts qu’elle reçoit, l’île va passer un mauvais quart d’heure. Nous nous dirigeons donc vers un décrochage progressif du niveau de vie des habitants via une érosion du pouvoir d’achat et des transferts. Et bien entendu avec le corolaire de violence qui va avec.

A l’abri des home-jacking, retranchés dans leur tour d’ivoire, certains élus se passent le flambeau de génération en génération, ils cumulent les mandats avec frénésie (pourvu que ça dure). Fils, petit-fils et arrière-petit-fils de,… les capitaines d’épaves s’accrochent à leurs sièges électoraux, sans doute de peur de se faire botter les fesses. Mais la Corse d’aujourd’hui n’est pas celle d’hier et encore moins celle de demain. Combien de temps encore ces saboteurs mettront-ils à avouer leur maladie honteuse ? La fameuse maladie hollandaise. Non je ne parle pas de la Coupe UEFA de 78 qui a vu le sacre du PSV Eindhoven contre le Sporting de Bastia, ni même du Président de la République. Je ne fais pas non plus allusion à une quelconque monarchie héréditaire, mais bien à l’absence de talent et de vision qui caractérisent nos dirigeants. Une médiocrité inversement proportionnelle à leur moralité qui nous a conduit dans l’impasse actuelle. Dans l’île, ils sont corrompus par la mafia, poursuivis par les juges, jugés par le peuple, et pourtant toujours là, encore et encore. Si nous mettions leurs vidéos en ligne – en même temps que leurs déclarations de patrimoine – il y aurait sans doute un petit malin pour dire :  »ces politiques ont des têtes de dégénérés ! »