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Langue corse et France Télévision, le mariage de raison

langue corse - via stella (Magà Ettori - blog) Grace au financement de la Collectivité Territoriale de Corse (667.000 €/an + aide à la production) on peut dire que la langue corse se porte bien sur les chaînes nationales éditées par le groupe France Télévisions. Mieux que les autres régions en tous cas. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) publie son « Rapport 2013 sur les chaînes nationales éditées par le groupe France Télévisions ». Outre de nombreuses informations sur l’offre de programmes, la protection des publics, les enjeux de société et le financement de la création, ce document comporte également un chapitre sur la contribution des chaînes du groupe France Télévisions à « l’expression des langues régionales ». Cette obligation, qui incombe à France 3 en sa qualité de chaîne des régions, présente de très fortes disparités selon les langues concernées. Ainsi, le rapport du CSA relève qu' »en 2013, France 3 a contribué à l’expression des principales langues régionales parlées sur le territoire métropolitain en diffusant un volume total de 378 heures et 32 minutes d’émissions sur les huit antennes régionales concernées (Alsace, Aquitaine, Bretagne, Corse, Côte d’Azur, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Provence-Alpes). Mais s’ajoute à ce premier chiffre… 582 heures et 23 minutes en langue corse sur France 3 Corse Via Stella. Le total se trouve ainsi porté à 960 heures et 56 minutes, d’où une augmentation globale de 8,6% par rapport à 2012. Si l’on ajoute aux 582 heures et 23 minutes de Via Stella les 62 heures et 28 minutes de France 3 Corse, on obtient un total de 644 heures et 51 minutes en langue corse, ce qui représente 67% du total des émissions en langues régionales… auquel il convient de rajouter 539 heures et 35 minutes de programmes bilingues français-corse (+15% par rapport à 2012). Même si le CSA réfute une  »concurrence » entre régions, les autres langues se trouvent réduites à la portion congrue avec, en outre, des écarts importants selon les chaînes régionales : 112 heures et 29 minutes d’émissions en alsacien en 2013 (-2,4% par rapport à 2012), 69 heures et 8 minutes en langue bretonne (+1,4%), 58 heures et 45 minutes en langue provençale (-4,5%), 48 heures et 13 minutes en langue occitane (+9,4%), 19 heures et 6 minutes en langue catalane (+10,8%) et 8 heures et 20 minutes en langue basque (+245%), les basques captant il est vrai des chaînes basques espagnoles. Cette situation très spécifique de la langue corse tient au modèle particulier de Via Stella. Il s’agit en effet d’une chaîne de plein exercice, dont l’origine remonte au début des années 2000. Avec le développement de la TNT (télévision numérique terrestre), il était alors prévu de créer neuf chaînes régionales de ce type. Mais seule Via Stella a finalement vu le jour et a commencé à émettre en 2006. Avec une santé éclatante de la langue corse, on se demande vraiment pourquoi le Conseil Economique Social et Culturel de Corse refuse de remplir ses obligations légales (depuis 2005), à savoir publier un rapport de la présence de la langue corse dans les médias publiques ? Mystère…

Une messe cathodique au poil

Conchita - giacobbi (Magà Ettori - Blog)Il est assez rare que je passe une nuit devant ma télé, alors autant partager cette enrichissante expérience avec vous. Kendji,  Dave Navarro, Conchita Wurst et Paul Giacobbi dans la même soirée c’est énorme ; une nuit cathodique sous l’emprise du poil au menton. L’Eurovision d’abord. La France qui fini bonne dernière avec le groupe Twin Twin qui représentait la culture hexagonale avec un ersatz de mélodie stromaeienne avait misé sur  »la moustache ». Un vrai titre pour une vraie oeuvre, limite du plagiat. En toute logique, c’est la barbe qui a gagné, le seul scandale de la très lisse compétition. Conchita Wurst – Tom Neuwirth pour l’état civil autrichien – a gagné le concours de musique pop avec « Rise Like a Phoenix ». Le jeune travesti de 25 ans avait déjà mis d’accord la Russie et l’Ukraine sur un point : les deux pays belligérants ont signé une pétition, pour protester contre la participation à l’Eurovision de la femme à barbe. A l’origine de la pétition, Vitaly Milonov, le très barbu député russe à l’origine d’un récente loi homophobe. Le député Milonov qui estimait dernièrement que les forces de l’ordre françaises (dans le cadre mariage pour tous) étaient « des policiers SS ». C’est certain que Conchita Wurst dans ce concours branché, c’est un peu provocant pour un Vitaly Milonov, qui écrira une lettre au comité Eurovision de son pays, pour demander de ne pas envoyer de candidat à une « propagande éhontée de l’homosexualité et de la décadence spirituelle ».

Sur une chaine concurrente, c’était la grande finale pour  »The Voice ». Encore un gagnant barbu, Kendji. Un sourire ravageur, un sourire ravageur, et un … bon, oui, voilà quoi le public a toujours raison. Enfin pas toujours, la dernière saison l’élimination d’Emanuel Djob était un peu injuste, tant il avait survolé avec brio la compétition. On retrouvera Emmanuel Djob dans mon prochain film, là au moins on ne coupe pas les cheveux en quatre. Personnellement, j’ai une grande préférence pour les grosses voix, alors forcément quand on élimine Jacynthe Véronneau, puis plus loin Stacey King, Igit, Maximilien et Wesley pour en définitive garder Kendji, voilà quoi. En revanche c’est vrai que ce dernier a… heu… du rythme, une belle histoire (cendrillon moderne) et un sourire ravageur. A vu de barbe je dirais que Kenji a un public et qu’il va faire une grosse carrière.
En continuant mon zapping effréné, je tombe sur deux replays :  »Ink Master », diffusé il y a deux jours et  »ce soir (ou jamais !) » présentée par Frédéric Taddei.  »Ink Master » [bon sang qu’ils sont laids] ce sont 10 candidats qui s’affrontent à travers des épreuves de tatoueurs pour décrocher 100.000 $. Ce que j’ai retenu ? Pas grand chose : trois barbus, les membres du jury qui décernent un prix à un autre barbu, avec en prime une belle phrase de Dave Navarro (un jury) :  »toute l’encre que vous avez versé sert à écrire votre plus belle histoire ». Ok ça j’aime !
Dans  »ce soir (ou jamais !) », pas beaucoup de barbus pour le coup, mais au moins un barbant. Ah ! Paul Giacobbi est là ! Il glousse de joie, le député PRG de Haute Corse, Président de l’Exécutif de l’Assemblée de Corse, copain de qui vous savez (chut), et homme fort de la politique insulaire. Je ne sais pas pourquoi mais sa prestation me fait penser à ce film de Martin Scorsèse :  »Casino ». Vous savez  le passage où les vieux parrains demandent à Sam  »Ace » Rothstein (Robert de Niro) de se tenir tranquille et de se faire oublier et que Ace décide de devenir présentateur TV. Ace Giacobbi, est venu faire l’article du statut de résident, qui ne verra sans doute jamais le jour. Pour mettre fin à la flambée des prix dans l’immobilier, Ace … pardon la Collectivité Territoriale de Corse souhaite imposer une résidence d’au moins cinq ans avant de pouvoir acquérir un bien. Ace se vante de parler mieux l’anglais que le corse, avant de faire état des indigènes corses. Indigènes ? Quelle élégance, mais quelle classe ! Merci patron. Ce sera ensuite un coup de griffe au peuple corse, dont Paul Giacobbi réfute l’existence, et pour le reste tout roule. Il n’y a qu’une question qui aurait pu embarrasser le showman, celle du journaliste Périco Légasse qui lui demandait  »à qui va profiter le crime ? En d’autre terme, le statut de résident ne passera pas – car inconstitutionnellement inadapté – mais si jamais ça marche qui en profiterait ? Sans doute la mafia locale ? » questionne l’excellent journaliste. Pas de réponses. Dommage, c’était une question au poil.

Corée du Nord – Corse du Nord : même combat

NKOREA-POLITICS-KIMLe suspense insoutenable suivit par le Conseil Exécutif de l’Assemblée de Corse a trouvé une issue heureuse : En Corée du nord, Kim Jong-un a été élu dans sa circonscription du Mont Paektu avec 100% des voix et 100% des participants. Pas d’abstention au pied de ce volcan, berceau mythique de la nation coréenne. Le dirigeant  »suprême » Kim Jong-un était le seul candidat aux élections pour l’Assemblée suprême du peuple. Cette circonscription, qui porte le nom de code de  »111 », est le lieu de naissance de son père, Kim Jong-Il, selon la légende tressée par la propagande du dernier régime stalinien de la planète. Marchant sur les traces paternelles, le jeune trentenaire Kim a été élu sans coup férir. Une seule personne, désignée par le Parti des Travailleurs, est en effet autorisée à solliciter les suffrages dans chacune des 687 circonscriptions. Les électeurs, eux, n’ont qu’à choisir entre « oui » et « non » sur le bulletin de vote. Ce mode de scrutin a sourit au dictateur nord-coréen Kim Jong-Un. Commandant suprême des forces armées de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), président de la Commission de défense nationale, le troisième Kim du nom est donc désormais député. Paul Giaccobi Député de Haute-Corse et Président de l’Exécutif de Corse a fait savoir son admiration à l’endroit de Kim Jong-Un pour cette brillante élection. Lors des élections législatives des 10 et 17 juin 2012 de la 2e circonscription de la Haute-Corse Paul Giaccobi n’avait obtenu que 64,34 % des voix avec un taux d’abstention de 40,22 %. Favorable à la formation continue, on annonce un voyage prochain de toute la  »squadra Giaccobiste » dans la circonscription du Mont Paektu. Corée du Nord et Corse du Nord même combat, certains diraient même Haute-Corée et Haute-Corse même drame pour la démocratie.

Convention de développement cinématographique et audiovisuel 2011/2013

Collectivité Territoriale de Corse - L'HOMME LE PLUS MAFIEUX DE CORSE EST UN HOMMEL’intervention à la dernière session de l’Assemblée de Corse de Fabiana Giovannini (Femu a Corsica) concernant le Rapport n°193 (le petit frère du rapport n°116 : http://corsica-cinema.over-blog.com/pages/LA_FILIERE_CINEMA_EN_CORSE-3317900.html) qui fait état de la convention d’application financière 2013 relative à la convention de développement cinématographique et audiovisuel 2011/2013 entre l’Etat, la Collectivité Territoriale de Corse et le Centre National du Cinéma et de l’Image Animée), nous semble d’une grande cohérence, et d’une vraie lucidité. Sauf pour les bilans clairs remis l’Exécutif et ses services qui donnent  »une bonne idée de la santé de la filière, de ses projets, de ses réalisations ». Ou alors c’est de l’humour au 33e degrés. Nous vous en donnons lecture : « Nous remercions l’Exécutif et les services pour ce rapport, les bilans clairs qui nous donnent une bonne idée de la santé de la filière, de ses projets, de ses réalisations. C’est un secteur bouillonnant de créativité qui confirme ce que nous ne cessons de rabâcher depuis le début de la mandature chaque fois que possible, à savoir qu’au lieu de se cantonner à la marge de l’économie corse il peut en devenir  un pilier, en tous les cas un secteur d’avenir que notre groupe juge pour l’heure insuffisamment accompagné. Et par accompagnement je ne parle pas seulement des aides financières qui peuvent être parfois conséquentes, mais aussi d’une réflexion générale qui permette de mieux structurer le secteur  afin de faire de notre île une « île référence ». Nous disposons d’un plateau de cinéma exceptionnel qu’est notre environnement et qu’offre notre climat. Cela n’est pas suffisamment perçu. C’est à nous d’en faire la campagne, d’agir pour mieux structurer les outils de productions, pour former, pour donner ce premier coup de pédale qui va lancer une dynamique générale pourvoyeuse d’emplois qualifiés, mais aussi porteuse d’images positives pour la Corse. C’est à nous aussi d’agir sur la création en orientant les choix des producteurs par des aides incitatives et par un échange continu avec la profession, sur ses problèmes, ses attentes, ses besoins. Toute cette réflexion et l’action qui s’en suit n’est possible que s’il existe un espace pour débattre des problèmes, élaborer un projet d’ensemble, anticiper aussi sur des choix qui pourraient être négatifs ou positifs pour l’image de notre île, prendre le pouls régulier de la filière. Or, à ce sujet, nous avons un peu le sentiment de parler dans le vide depuis le début de la mandature. Parce que cet espace existe pour élaborer cette réflexion en commun avec tous les acteurs de la profession d’une part, et les élus d’autre part ; il s’agit du Comité de suivi de la filière, mis en place en début de mandature puisque notre groupe a désigné ses propres représentants, mais qui ne s’est jamais réuni. Nous vous avons relancé à plusieurs reprises à cet effet, vous nous avez approuvé, sans pour autant donner suite. Pourquoi ? Quel est votre sentiment à ce sujet ? Il y a peut être un problème que nous n’avons pas perçu. Eclairez-nous ! L’Exécutif ne perdrait aucune prérogative, la filière y gagnerait en coordination et cohérence et en sentiment d’être consultée, et notre région disposerait de cet espace à même de donner davantage de sens aux orientations du secteur et davantage de dynamique économique aussi. Un exemple illustre parfaitement mon propos. Le changement de procédé dans l’attribution des subventions qui apparaissait dans le rapport initial. À ce sujet, nous avons interrogé en commission les services qui nous ont dit :

– qu’il n’y avait pas d’abus constatés de la part des projets aidés qui ont bien été conduits à leur terme.

– Que les contrôles effectués avant et après étaient bien faits par un « Comité technique indépendant ».

– Que nos attributions (et c’est précisé en clair dans votre rapport) sont conformes au droit européen.

Alors pourquoi dans un premier temps avoir voulu modifier ces règles ? Heureusement, nos remarques et celles de la profession qui ont du vous remonter depuis je susppose, vous ont fait revoir les choses au travers des amendements proposés aujourd’hui. Ouf ! Car cette décision d’inverser la logique de versement des aides entre le premier acompte et le règlement du solde, aurait pu se révéler en effet néfaste en mettant à mal les trésoreries des sociétés de production et donc en freinant leur capacité créative. C’est à dire que c’est la dynamique économique et culturelle de la filière toute entière qui aurait été mise à mal. Donc nous accueillons favorablement vos amendements, quoique nous aurions préféré maintenir les conditions du précédent exercice pour ces mêmes raisons. Je rappelle que le premier acompte s’élevait précédemment à 75%. Ceci dit, notre groupe juge vos amendements insuffisants sur un poste. C’est pourquoi nous proposons nous aussi un sous-amendement concernant l’aide à l’écriture et au développement. En effet on est là dans un domaine technique. L’aide au développement nécessite une grosse impulsion dès le départ car les frais qu’ils requièrent sont importants. Il faut des avances fortes. Et l’on retrouve les difficultés de trésorerie dont je vous parlais tout à l’heure. Nous vous demandons donc, afin de ne pas fragiliser la filière sur ce point particulièrement délicat de l’aide au développement où les besoins sont grands, de fixer le pourcentage de premier acompte à 60% avec un solde en fin de travaux, sur justificatifs bien sûr (encore une fois le premier acompte était de 75% précédemment). Nous voudrions aussi attirer votre attention sur ce solde des aides versées en fin de travaux. Nos procédures sont longues, très longues, et il ne faudrait pas constater les mêmes difficultés rencontrées par les associations aujourd’hui. Vous le savez, certaines associations voient leurs aides honoré un an, parfois un an et demi après l’événement réalisé ! Ce qui les met dans des difficultés inextricables, les structures s’endettent et finissent par licencier et donc renoncer l’année suivante aux évènements qu’elles avaient réussi à pérenniser ! Nous vous demandons de veiller à ne pas rentrer dans ce travers avec les sociétés de production audiovisuelle. Le résultat immédiat serait un affaiblissement de leurs trésorerie, donc une remise en cause des projets. Tout le contraire de ce que notre groupe vous demande depuis le début de notre mandature à savoir mener une action offensive pour dynamiser la filière. Alors, merci de veiller à ce type de dérives, merci pour les amendements proposés et s’il vous plaît, Monsieur le président, acceptez notre amendement afin de ne pas trop affaiblir cette filière qui plus est dans une période de crise qui ne peut qu’aggraver leur fragilité. Nous vous remercions. »

Le Tour de Force

drogueMonsieur le Président, Madame et Messieurs les Conseillers,

Vous avez sollicité l’expertise de l’Institut Régional du Cinéma et de l’Audiovisuel, que je représente, dans le cadre des travaux de la commission  »Azzione Culturale et audiovisuel » en vue de la préparation du PADDUC. Effectivement après 20 ans sur le terrain, nous avons une idée précise du mal qui empêche le développement économique de la Corse ainsi que son épanouissement social et culturel.

Le thème central de la réunion, à laquelle vous nous avez convié le 12 octobre dernier était :  »la place de la Corse dans la mondialisation ».

Vaste sujet. La mondialisation se caractérise par l’ensemble des phénomènes économiques, politiques, culturels et/ou technologiques qui induisent une transnationalisation des échanges et une division internationale du travail. Elle offre depuis 30 ans des marchés inédits aux pègres de la planète, dont le revenu net est estimé à près de 1.000 milliards de dollars/an. Alors effectivement, quelle est la place de la Corse dans la mondialisation ?

Le marché du trafic des stupéfiants, par exemple,  est estimé par l’ONU à quelque 320 milliards de dollars/an pour la vente en gros. C’est le troisième marché au monde. Le premier étant le pétrole et le deuxième les armes de guerre. Sur ces 320 milliards on estime que 2,6% retournent en Colombie et le reste, soit 292 milliards de dollars, disparaissent après blanchiment dans l’économie légitime, avec la bénédiction des grandes banques occidentales. En ces périodes de crise financière, ces dernières ne sont pas en position de renoncer à de tels avoirs. Et puis les fraudes récentes à grande échelle comme le scandale du Libor, démontrent que la moralité n’est pas la priorité des banques.

Qu’en est-il de l’économie parallèle en Corse ? Difficile à dire. Le poids économique du crime organisé dans l’île – comme sur le plan international – n’est pas évident à mesurer. Blanchiment, trafic de drogue, armes, prostitution, contrefaçon, travail clandestin, trafic de métaux précieux, de déchets toxiques, d’organes, de factures, racket, préservatifs, marché publics, gîtes ruraux,… le champ des possibles est infini pour le crime organisé, c’est la loi de l’offre et de la demande : dans la Russie des années 90, le rouleau de papier toilette coûtait plus cher au marché noir que le gramme de cocaïne.

En 2003, Nicolas Sarkozy insistait sur la nécessité d’abattre  »le système mafieux qui met la Corse en coupe réglée ». Dix ans plus tard, au lendemain de l’assassinat – le dix-septième de l’année – de notre ami et collègue Jacques Nacer, le Ministre de l’Intérieur Manuel Valls appelait à  »résister à la mafia corse ». Au delà du statut de repenti, qui sera présenté très prochainement par le gouvernement, les citoyens sont en droit de se demander ce qu’ont fait les pouvoirs publiques pour enrayer ce fléau.

Le procureur de la République Xavier Bonhomme, après avoir notamment dirigé le pôle économique et financier de Marseille a été mis en poste au Tribunal de Grande Instance à Ajaccio. Son constat est édifiant :  »Des pratiques mafieuses évidentes ou des comportement mafieux. Vous n’avez pas ici le stade ultime des systèmes mafieux avec une mise en causes des autorités étatiques, il ne s’agit pas du tout de ça. Il y a par contre une porosité du milieu – parfois des milieux – avec le milieu économique, et pour certains avec le milieu politique, ça peut arriver … et ce n’est pas dans mon propos de dire qu’ils sont tous pourris en Corse, pas du tout. »

Tout est dit non ? Quand on sait que le Président de l’Exécutif se promène encore aujourd’hui sous protection policière, que le Conseil Général de Haute-Corse a acheté pour 2 millions de préservatifs, que 20 millions d’euros ont été investis dans la filière cinéma en corse (oui mais où ?). Sur ce dernier point, nous aurions pu avoir une réponse, quand Conseiller cinéma-audiovisuel du Conseil Economique Social et Culturel Corse (CESCC), je préconisais une étude visant à dresser le bilan et les perspectives de la filière audiovisuelle-cinéma en Corse. Etude que vous avez rapidement enterré. E cusi sia !

PAUL GIACOBBI - Tour de force (Magà Ettori) BlogEn conclusion quelle est la place de la Corse dans la mondialisation ? La réponse va de soi, nous nous approchons du néant. Comment y remédier ? Les politiques insulaires n’ont pas tord d’envisager de régler les problèmes de la planète. Et oui ! Pourquoi ne prendraient-ils pas à leur charge la lutte contre le réchauffement climatique, la faim dans le monde, les impôt des multinationales qui y échappent (Google, Amazon, Starbucks) ? Après ce Tour de Force mémorable (pardon de Corse), ce vote surréaliste du statut de résident, et le naufrage de la SNCM, pourquoi ne pas voir plus loin ? Il pourraient prendre une gouvernance global, devenir maître du monde. Depuis que James Bond est devenu corse tout est possible (si, si par alliance avec Marc-Ange Draco –  »Au service de sa majesté »).

Effectivement mes dernières réponses ne sont pas sérieuses, mais la question de la réunion du 12 octobre était-elle vraiment essentielle pour l’avenir de la culture corse ?

J’apprécierais que vous ne me rendiez plus destinataire de vos travaux. Les membres de l’IRCA et moi-même avons beaucoup trop de travail concernant le développement de la filière audiovisuelle-cinéma pour nous engager plus en avant dans ces discussions. Etant moi-même très occupé par ma propre création et peu disponible, je limiterai mon intervention à la rédaction de la présente.

Vous souhaitons bon courage et bonne chance, nous vous prions de croire Monsieur le Président, Madame et Messieurs les Conseillers, à l’expression de nos sentiments les meilleurs.

Bastia, le 20 octobre 2013, Magà Ettori

Président de l’Institut Régional du Cinéma et de l’Audiovisuel

à l’attention de :

Monsieur Henri Franceschi

Président du CESCC

Cunsigliu Ecunumicu Suciale

E Culturale di Corsica

6, rue Emmanuel Arène

20000 Ajaccio

Mc Corsica

McDOIl n’y a pas de McDo en Corse, l’autre pays des obèses, se défend Jean-Pierre Petit, président de McDonald’s France. De là à en déduire qu’il n’y a aucun lien entre l’enseigne américaine et l’obésité il n’y a qu’un pas, que le responsable de l’enseigne américaine en France n’a pas hésité à franchir en affirmant que le département (région ?) de France dans lequel il y a le plus d’obèses est la Corse. Inexact pour l’obésité en Corse.  Dans l’édition 2012 de l’étude ObEpi qui fait référence à l’obésité, dans toutes les régions de France métropolitaine sont décrites, sauf une, la Corse. Depuis 1997, quand l’étude a été lancée, la Corse n’y figure jamais. Le fait que le patron de McDo mette la Corse en exergue est troublant. La dernière étude de l’Insee sur l’obésité en 2007 fait apparaître la Corse parmi les régions les moins touchées par le phénomène. La spécialiste de l’obésité à l’Inserm Marie-Aline Charles ainsi qu’Arnaud Basdevant, professeur de nutrition à l’université Paris VI, n’ont pas connaissance d’un record d’obésité en Corse. Jean-Pierre Petit a cité l’exemple de la Corse parce qu’il conteste le lien entre implantation de ses restaurants et obésité. Le doute serait-encore permis ? Il est clair que McDo contribue à l’obésité dans le monde, à la pollution de la planète, au massacre de milliards d’êtres sentients. Il n’y a pas de lien automatique entre l’implantation de McDo et l’obésité. Le professeur Arnaud Basdevant trouve « simpliste d’isoler un facteur » pour expliquer le phénomène. Et il détaille : « Il y a la restauration rapide, mais il y a tout le reste […] l’ensemble de l’offre alimentaire et pas seulement l’offre alimentaire que l’on achète tous les jours. Il y a aussi l’offre alimentaire de la restauration collective, les évolutions des rythmes alimentaires et les conditions de la prise alimentaire. La perte de culture alimentaire, mais aussi la sédentarité, le stress, les troubles du sommeil ». Depuis des années, les régions les plus touchées par l’obésité sont le Nord et l’Est de la France, certaines banlieues d’Ile-de-France et les territoires d’outre-mer. Elles peuvent atteindre parfois 20% d’obèses. Les régions les moins touchées sont le grand quart sud-est de la France et le grand ouest. Pauvres et riches  La précarité sociale, les bas revenus sont des facteurs déterminants de l’obésité. Avec peu d’argent, les achats alimentaires se portent souvent sur des produits trop riches en calories. L’étude ObEpi montre qu’aux alentours de 1.000 euros par mois de revenus, le taux d’obésité oscille entre 20 et 24%. A plus de 3.500 euros par mois, le taux d’obésité tombe à 10%.  Ce qui est vrai en revanche, c’est qu’il n’y a pas de McDonald’s en Corse. L’enseigne américaine est représentée sur l’ensemble du territoire national, sauf en Corse. Une situation qui peut surprendre vu l’immense empire tissé en France et dans le monde entier. En quelques chiffres, McDo, c’est plus de 33 000 restaurants dans 119 pays, qui nourrissent 68 millions de consommateurs. En France, on dénombre 1 228 restaurants répartis dans 934 communes métropolitaines. Le marché hexagonal est le second plus important marché du groupe. Les dirigeants McDo sont très clairs sur le sujet :  »Au regard des problématiques logistiques liées au caractère insulaire de la Corse, le développement de McDonald’s dans l’île ne fait pas partie des priorités de l’enseigne. » Effectivement les problématiques logistiques  doivent être moindres à Chypre ou Malte. À la Collectivité Territoriale de Corse, on shoote en touche :  »Si le géant américain ne vient pas sur l’île, c’est tout simplement parce qu’on aime la bonne nourriture ici ! » Exit la fromagerie Ottavi (poursuivie pour tromperie sur la marchandise), la sino-corso charcuterie ou le saucisson d’âne.  Sérieusement qu’est ce qui empêche le mariage entre Ronald et la Corse ? François Gabrielli, président de la Chambre des métiers de Corse et adjoint à la mairie d’Ajaccio dit au Journal Le Monde qu’il y a une quinzaine d’années, lors d’une assemblée générale à la chambre régionale d’agriculture de Corse, le Préfet Claude Érignac a surpris les personnes présentes, s’excusant de ne pouvoir assister à la fin de l’assemblée car il avait rendez-vous avec des représentants de McDo pour la création d’un restaurant sur Ajaccio.  Qu’est-il sorti de cette réunion en petit comité ? Personne ne le sait ! Depuis cette rencontre avec le défunt préfet,  »il y a rupture de communication avec McDo, plus aucun contact, explique le président de la Chambre des métiers. Il y a eu plusieurs rumeurs depuis, mais jamais rien  d’officiel. »  Bien qu’il n’en sache pas plus sur cette mystérieuse entrevue, l’élu corse avance que la variation démographique, selon les saisons, peut être élément commercial à prendre en compte. Pendant huit mois de l’année, l’île de Beauté pèse plus de 300 000 habitants. Une population qui double de juin à septembre. La Corse n’est pas une terre de fastfood, certes. KFC et Subway, pour ne citer qu’eux, ont fait le choix de ne pas s’y installer. En revanche, Flunch compte une enseigne à Furiani, à 10 kilomètres de Bastia.  Et surtout, Quick, le principal concurrent de McDonald’s, s’est implanté. Et bien implanté ! En plus de son restaurant à Ajaccio, l’enseigne française a doublé la mise en décembre 2010. C’est à Furiani encore, à deux pas du Stade Armand Cesari (Sporting Club de Bastia) qu’a ouvert le plus grand Quick de France.  »Nos études de marché nous indiquaient la nécessité d’un tel investissement » explique Christian Letienne, directeur des ventes chez Quick,  »Bien évidemment quand sur un marché, nous sommes le seul opérateur, le chiffre d’affaires s’en ressent. » En fait ce qui est vraiment surprenant c’est que les enseignes, Courtepaille, Hippopotamus, Quick ou encore Buffalo aient pu s’installer en Corse. De ci, de là, la rumeur évoquait la  »pègre locale » en se disant  »ou ils en font partie, ou ils ne vont pas tarder à en faire partie ».  Mais la rumeur dit tellement de choses. McDonald’s va s’apprêter à investir 200 millions d’euros en France cette année, avait annoncé en avril dernier Jean-Pierre Petit : « Cent dix millions seront injectés directement dans l’ouverture d’une quarantaine de restaurants supplémentaires », annonçait le président de McDonald’s France. « Les 90 millions restant serviront à la rénovation de points de vente déjà existants ». Le groupe américain, qui a réalisé en France un chiffre d’affaires de 4,2 milliards d’euros en 2011, prévoit de recruter 3 000 nouveaux salariés pour faire face à ce nouvel essor.  Donc pas d’annonce de création de McDo en Corse, et c’est tant mieux… nous avons déjà fort à faire avec nos démons. Et visionnons avec distance le spot de l’association américaine de médecins PCRM . On y découvre un homme allongé sur une table mortuaire, sa femme en sanglots en arrière-plan,… un hamburger à demi mangé dans la main !  Le spot se conclue ainsi : « McDonald’s, I was loving it » ( » McDonald’s, tout ce que j’aimais »). Franchement ? Si je n’étais pas si réfractaire à la junk food, je dirais : vivement les McVegan !

Meurtre sauvage à Bastia, la Corse sous le choc

La Corse est sous le choc après le meurtre sauvage à Bastia de Tony Thyber (LE DERNIER CLAN - Magà Ettori)

La Corse est sous le choc après le meurtre sauvage à Bastia de Tony Thyber (photo : LE DERNIER CLAN)

Tony Thyber a été assassiné ce matin à Bastia. Elu et chef d’entreprise respecté, Tony Thyber était connu pour sa gentillesse et son dévouement à la cause féministe. Ce meurtre est le 666ème en Corse en 4 ans. L’image de la Corse au cinéma va encore souffrir de cette terrible affaire. L’image de la Corse, c’est vraiment toute une histoire. Chaque fois qu’un politique évoque la Corse et le cinéma il est question de son image et des retours financiers de l’accueil des tournages. Le 24 mai 2001, le discours de Frédéric Mitterrand devant les élus de la Collectivité Territoriale de Corse, n’a pas fait exception à la règle :

 »Pour conclure, je tiens particulièrement à remercier la Collectivité territoriale de Corse et son président Paul Giaccobi pour la qualité de la collaboration engagée avec le Centre national du Cinéma et de l’image animée (CNC), avec le groupe France Télévisions, avec la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC). Et je tiens à saluer l’action de son directeur Laurent Ghilini et l’attention constante qu’il a manifesté pour le développement du cinéma et de l’audiovisuel dans l’île. Le niveau d’engagement de la Collectivité territoriale de Corse (CTC) nous oblige : il nous oblige à l’action, il nous oblige aussi au dialogue constant avec les collectivités territoriales, avec les acteurs culturels, avec les professionnels de l’image, cet impératif du siècle à l’heure des simulacres, des avatars et du « bombardement visuel » sans ordre ni hiérarchie. Le fait que la première signature d’une convention du CNC ait lieu ici, en Corse, est un signal fort. Le fait qu’une Convention donnant à une chaîne régionale les moyens d’une ambition européenne soit signée aujourd’hui. Tout cela traduit attention qui est la mienne à l’égard des richesses et les ressources des territoires. J’en prends la mesure à chacun de mes déplacements, dans ce « tour de France » que j’ai engagé depuis mon arrivée rue de Valois. Les territoires sont riches d’expériences, de savoir-faire, mais aussi d’expertises nouvelles : c’est dans cette ambition en faveur d’un dialogue approfondi et renouvelé entre l’Etat et les territoires – dans l’esprit du rapport qui m’a été transmis par Jérôme Bouët – que je souhaite inscrire mon action. Je suis certain que ces deux Conventions sauront traduire cette ambition pour que la Corse soit encore davantage une terre d’images et de cinéma, une terre où la culture de l’image soit à l’image de la culture : une culture forte de sa singularité, une culture vivante, une culture généreuse. Je vous remercie. »

Bien entendu, comme nous ne travaillons ni à la rue de Valois, ni à l’Agence du Tourisme, ni pour la mafia, nous nous  contenterons, avec notre groupe de simples saltimbanques, de faire du cinéma non subventionné et indépendant et à faire des images d’une violence inouïe juste pour des raisons artistiques. Nous présentons tout de même nos sincères condoléances à la famille Thyber, aux proches, amis et alliés. Risposa In Pace.

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