Investiture, un repris de justice sous les ors de la République

C’était le grand jour pour Emmanuel Macron, celui de son installation à l’Elysée. Grand maître de l’ordre de la Légion d’honneur, le huitième président de la Ve République s’est rendu dans la salle des fêtes du palais de l’Elysée pour sa première prise de parole en tant que chef d’Etat. Le Président a du charisme, on dirait un Kennedy. Il serre des mains, caresse des joues, celle de Richard Ferrand, celle de François Bayrou, celle de Gérard Collomb. Le maire de Lyon ne peut cacher son émotion. Et le président de la République l’étreint, c’est touchant. Nous sommes entre gens de bonne compagnie, pas de torera en vue. Jean-Paul Delevoye, François Patriat, Renaud Dutreuil, Christophe Castaner, Sylvie Goulard,… bon tout va bien. Et puis, arrive un homme au large poitrail. Le Président lui serre longuement la main. Paul Giacobbi ! Un sulfureux invité, un repris de justice. sans doute invité en qualité de membre du Bureau de l’Assemblée Nationale, mais comment est-ce possible ? On sait que la moralisation de la vie publique a été un thème dominant de la campagne présidentielle, et on se demande comment un tel individu a pu se rapprocher à ce point du pouvoir. Ce doit être une erreur ! Il est surprenant qu’un brillant communiquant comme Emmanuel Macron s’affiche, le jour de son investiture, avec un repris de justice. Il sait où sont les caméras. Quel camouflet pour le Tribunal Correctionnel de Bastia et la juridiction financière de Bastia. A ce moment là, le Procureur de la République Nicolas Bessone doit se sentir bien seul devant son poste de télévision. Après des années d’enquêtes, le 25 janvier dernier, le procureur de la République avait enfin réussi à faire condamner Paul Giacobbi, député (DVG) de la Haute-Corse, par le tribunal correctionnel de Bastia à trois ans de prison ferme, cinq ans d’inéligibilité pour « détournements de fonds publics » et une amende de 100 000 euros. C’est compter sans la malice de Paul Giacobbi. En politique – comme dans d’autres domaines -, l’essentiel est dans le rythme, la cadence, l’agenda, l’opportunité. Dix jours avant sa condamnation, Paul Giacobbi s’était fendu d’un communiqué, dans lequel il expliquait pourquoi il avait décidé d’apporter son parrainage à Emmanuel Macron pour la prochaine élection présidentielle. Rusé le bougre ! Mais qui a prétendu que Paul Giacobbi n’était pas intelligent, qu’il n’avait pas les bons réseaux, ni les bonnes informations ? La salle des pas perdus n’est pas perdue pour tout le monde. Maire de Venaco depuis 1982, conseiller territorial, président du Conseil général de Haute-Corse, président de la Collectivité Territoriale de Corse jusqu’en 2015, député à l’Assemblée Nationale depuis 2002, et Ministre de Nicolas Sarkozy pendant 3 heures (oh la boulette). Il fut l’homme de la politique insulaire, marionnettiste, pourvoyeurs d’emplois et autres avantages, chantre et leader à la fois. D’accord, il est doué et il a des amis. Un peu vaniteux mais doué. Il le dit lui même : « Est-ce vraiment si extraordinaire que le président de la République discute avec des élus, même s’ils ne sont pas de son camp ? J’ai une compétence sur la crise qui est supérieure à celle de 99 % des députés. Quand je vois Sarkozy, on parle surtout de ça. Je suis crédible. » Que de modestie ! Certes, il est crédible tant que l’on ne parle pas de moralisation de la vie publique. Et dans le contexte actuel, heu, comment dire ? On ne parle que de ça, depuis des semaines. L’affaire Pénélope Fillon et les soupçons d’emplois fictifs du Front National au Parlement européen ont été au coeur de la campagne présidentielle. Le candidat Macron a promis dans son programme (p.14) « une grande loi de moralisation de la vie publique ». Le porte-parole de « La République en Marche », Benjamin Griveaux, a été très explicite : « la première décision politique prise par Emmanuel Macron quand il posera sa valise à l’Élysée c’est d’avoir avant le premier tour des législatives un projet de loi » sur la moralisation de la vie publique ». Dont acte, nous avons bien compris le message.

Publicités

Une réponse à “Investiture, un repris de justice sous les ors de la République

  1. Lesley Millward

    Je ne comprends pas …Mr. Paul Giacobbi il n’est pas en prison ??? Alors comment il est à l’investiture de Emmanuel Macron ?????? Wikipedia ….Dans l’affaire des gîtes ruraux de Haute-Corse, le conseil départemental de Haute-Corse a versé 480 000 euros de subventions frauduleuses, entre 2008 et 2011, à une époque où M. Giacobbi le présidait.
    Le 13 septembre 2016, il a été renvoyé en correctionnelle pour détournements de fonds publics au terme de l’enquête sur l’affaire dite des « gîtes ruraux ». Le 29 novembre 2016, à la fin du procès, le procureur de la république requiert « trois ans de prison ferme, cinq ans d’inéligibilité et 100 000 euros d’amende » à l’encontre de Paul Giacobbi11. Le 25 janvier 2017, il est condamné à trois ans de prison ferme, cinq ans d’inéligibilité et 100 000 euros d’amende12.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s