Véganisme, lettre à un chevalier

Véganisme, lettre à un chevalier - (Magà Ettori - blog)Comment expliquer le véganisme à un chevalier ? Mon ami Benjamin, homme cultivé, amateur de joutes médiévales (et de joutes tout court) intervient régulièrement sur les réseaux sociaux pour chahuter (avec humour) le mode de vie vegan. Les questions qu’il se pose sur le véganisme me semblent pertinentes et légitimes. Ce sont des questions que l’on me pose souvent, c’est pourquoi je me permets de récupérer le début de notre conversation, et d’y ajouter mes réponses. Elles serviront peut-être à d’autres.

La dernière intervention de Benjamin concernait le projet de loi déposé par la députée conservatrice Elvira Savino (clan Berlusconi) en Italie. Sans doute boostée par des loobies alimentaires, ou par un besoin irrépressible de se faire de la publicité, l’élue italienne proposait d’emprisonner les parents nourrissant leurs enfants sans viande ni poisson ni aucun produit d’origine animale comme les œufs, le fromage, le lait. En fait le projet de loi italien, pourrait bien se retourner contre la députée Savino car si l’on emprisonne les parents imposant un « régime alimentaire déficient en éléments essentiels pour une croissance saine » – cela voudrait dire qu’il faudrait condamner les parents d’enfants obèses. Au pays de la pasta , de la pizza, et du gelato, les tribunaux ne vont pas chômer. Je poste donc un article sur un réseau social, où je me moque ouvertement de l’amalgame fait par la députée italienne, et Benjamin intervient.

Benjamin : Après si on considère que cette tendance nécessite un réel savoir des nutriments essentiels et une réelle connaissance des besoins de son enfants, il est envisageable de contrôler les apprentis sorciers qui céderaient à cette mode sans avoir de solides compétences nutritionnistes (dans le cadre d’une alimentation donnée à un enfant bien sûr ).  Après tout, il existe bien l’exercice illégal de la médecine ?

Magà : Bonjour Benjamin, je n’ai pas l’habitude de faire de prosélytisme ou d’argumenter sur les réseaux sociaux mais je te sens intrigué par le veganisme. Cela fait plusieurs fois que tu réagis sur mes posts, et au nom de notre durable et solide amitié je veux bien répondre ici à toutes tes questions. Que voudrais-tu savoir du veganisme ? Quels sont les domaines qui t’intéressent (alimentation, loisir, expérimentation animale, …) ? Et surtout que considères-tu comme des  »nutriments essentiels » ?

Benjamin : L’idée de mon commentaire n’est pas sur le vegannisme en tant que tel vu que je considère que toute personne est libre de vivre sa sphère privée « gastronomique » comme il l’entend (et sur ce point je sais que la mode vegan va bien au delà de la simple alimentation bien sûr ). Certes en tant qu’esprit libre et critique je m’insurge contre toute affirmation dogmatique et contre tout extrémisme liberticide, fut ce t’ils parés de vertu. Non mon interrogation, derrière cette article ubuesque (car avouons le il est dérisoire de condamner des gens pour leur régime alimentaire, hormis le cannibalisme bien sûr ) c’est plus le questionnement de la responsabilité des parents qui imposeraient un régime non adapté à leurs jeunes enfants au nom d’une conviction éthique (qui dans ce cas n’est pas sans rappeler certaines considérations cultuelles qui parasitent le milieu hospitalier) toute morale soit elle. Je ne suis pas nutritionniste mais les rares notions alimentaires que je possède me font dire qu’avant d’imposer… pardon d’éduquer un enfant vers telle ou telle philosophie de vie il faut d’abord coïncider au mieux avec sa santé. J’entends de là les hauts cris des salafistes tendance quinoïste qui vont me hurler leurs études sur l’apport de vitamines dans tel ou tel céréales et que cela comblera un quelquonque besoin carné ou laitier … soit… Mais comme je crois en l’unicité de l’être humain et aussi beaucoup en l’avis des spécialistes je ne trouve pas si aberrant qu’un gouvernement prenne des mesures contre un potentiel problème de santé publique ou une mode en est responsable. Bien sûr la réaction est des plus disproportionnée dans cet article mais le débat sur cette forme d’ingérence doit se poser car il n’y a de vérité que le mouvant et le débat. .. m’a t’on dit… »

Magà : D’accord, je comprends mieux tes attentes. Alors la première chose à considérer est que les vegans sont beaucoup plus informés que la moyenne des gens concernant l’alimentation. En France, il y a très peu de personnes qui sont nées véganes, donc ceux qui le sont devenus ont suivi un chemin initiatique qui les ont guidés sur la voie de l’éthique et du bien-être. Si certains vegans te brandissent des études, c’est parce que ces études existent. Des gens sérieux honnêtes, des spécialistes tirent la sonnette d’alarme. Bien entendu, les lobbies industriels se chargent de mettre à ta disposition des contre-exemples ou des études qui prouvent que ton mode de vie est cohérent. Mais en définitive ils ne prouvent rien. Quand l’OMS te dit que la consommation de viandes transformées est cancérogène, ce n’est pas pour te priver de ton prisutu (jambon), c’est simplement parce que ce type que la consommation de viandes transformées est cancérogène. Alors, je sais bien que c’est rigolo de jouer la carte de l’insouciance, et de se convaincre que souffrir d’un cancer, voir mourir ses proches dans de longues et atroces souffrances vaut bien un peu de charcuterie, mais tout se discute.

Ce que l’OMS ne dit pas dans son étude, c’est que la quasi totalité des produits industriels sont infestés, contaminés, impropres à la consommation. Les industriels sont les plus grands gourous et prédateurs de l’histoire de l’humanité. On nous éduque, on nous conditionne depuis l’enfance, et on nous fais croire que notre type de consommation est la norme, ou plutôt la normalité. C’est faux ! Ils nous interdisent de remettre en question ce système, sous peine d’apparaître comme des farfelus, ou des extrémistes :  »Le lait vos amis pour la vie », j’ai encore du mal aujourd’hui à croire que le lait de vache (ou de chèvre, ou de brebis, ou de singe) puisse être mauvais pour la santé, et pourtant. Sans parler des méthodes pour l’extraire. Tu imagines que les pouvoirs publics ont déterminé quelle quantité de pus il peut y avoir dans le lait, pour que celui-ci reste consommable ?

Tu me dis qu’en tant qu’esprit libre et critique tu t’insurges contre toute affirmation dogmatique et contre tout extrémisme liberticide, fussent-ils parés de vertu. Je te crois. Mais pourrais-tu t’insurger contre l’affirmation dogmatique que la viande est bonne pour la santé ? Je ne te demande pas de le faire, mais ce ne serait pas une mauvaise idée.

Comme tu le reconnais, tu n’es pas nutritionniste alors que la plupart des vegans le sont. Ils se sont insurgés contre l’affirmation dogmatique que la viande est bonne pour la santé. Ils ont étudié nutrition, qui est enseigné dans certaines écoles d’Europe du nord et aux USA. Certains n’ont peut-être pas les mots pour te convaincre de la justesse de leurs propos, ils sont peut-être maladroits, et peuvent apparaître comme des ayatollahs. Ne pense pas que ce soit nécessairement des ultras extrémistes.  Même s’ils communiquent mal, cela ne les disqualifient pas. Quand ils argumentent ce n’est pas pour faire de l’ingérence dans ta vie, mais pour essayer de sauver la leur. Les codes du monde industriel sont la norme, il est impossible d’y échapper. Médicaments, cosmétiques, alimentation (je passe sur les loisirs et l’habillement), les industriels nous obligent à en consommer. Impossible d’échapper à la folie consumériste, impossible de prendre un antibio, ou de se laver les dents sans ingurgiter de la chair animale. Pourquoi ? Parce que ça leur coûte moins cher, ils font des économies d’échelle et construisent des fortunes sur notre santé. Les vegans – qui savent tout ça – veulent avant tout échapper à cet esclavagisme moderne. On tente de nous faire croire que l’humain à toujours vécu comme ça, c’est une fable, l’allégorie de la caverne.

Cet article n’est pas seulement ubuesque, il est aussi mensonger. L’enfant dont il est question souffrait d’une maladie cardiaque congénitale qui a nécessité une opération. Il avait 14 mois et pesait entre trois et quatre kilos, une hérésie sauf si l’on considère que son poids était lié à sa maladie cardiaque. Ce bébé aurait dû recevoir des doses de calcium et de fer supplémentaires depuis sa naissance, et le régime végétalien aurait largement pu lui en fournir. La seule carence à laquelle  les parents auraient du répondre est celle de la B12, mais il semble que le problème soit ailleurs.

Tu me dis que ton commentaire ne vise pas à critiquer le véganisme en tant que tel, vu que tu considères que toute personne est libre de vivre sa sphère privée « gastronomique » comme il l’entend. Malheureusement ce n’est pas aussi simple que cela, et ce serait oublier la part éthique de la démarche végane. Libre de vivre sa sphère privée « gastronomique », cela est comparable à dire vivre libre sa sphère privée « sexuelle ». Si la fille qui est à côté de toi te plait, tu aurais donc le droit de la violer car tel est ton bon plaisir. Un être vivant peut-être transformé en saucisse car tel est ton bon plaisir. Un être sentient, reconnu par la loi française comme un être sensible vit une existence abominable car tel est ton bon plaisir.

Mais en réalité, toutes les informations que je pourrais t’apporter concernant l’exploitation animale, le mépris de la vie (la notre et celle des animaux) te sembleront fallacieuse tant que tu n’auras pas suivi le chemin de la connaissance, par toi même.

La bonne nouvelle c’est que nous ne sommes pas condamnés à vivre en esclaves, des solutions existent pour que l’humain, la nature et les animaux continuent à suivre ce chemin commun dans la paix, l’harmonie, et le bien-être. Le véganisme est une solution. Une voie que personnellement j’ai adopté, qui me procure du plaisir (au niveau gastronomique notamment), du bien-être (ma santé s’en trouve largement améliorée), mais surtout de la satisfaction concernant l’aspect humaniste de mes convictions, et mon devoir par rapport aux plus faibles (minorités, animaux, femmes, enfants,…). Rien n’est plus détestable que la loi du plus fort et l’injustice, piliers de notre civilisation actuelle.

Nous vivons une sixième extinction majeure de la bio-diversité et ce système en est responsable. Je connais ton esprit chevaleresque et l’homme de bien que tu es ne peut pas se contenter du dogme cynique des industriels. Tes armes sont ton savoir. Étudie la question, et  »que ta nourriture soit ton médicament et que ton médicament soit dans ta nourriture ».

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