Un climat de révolution

révolution climat - Magà Ettori - Chroniques animalistesL’été est là, les vacances aussi. Enfin pour certains. Il y a ceux qui pansent les plaies d’une barbarie ignoble provoquée par un camion fou sur la promenade des anglais. Il y en a qui travaillent, d’autres qui militent, d’autres qui remettent des médailles au prince héritier de la très démocratique Arabie saoudite, ou qui discutent le bout de gras avec Hassan Rohani le chef d’état iranien. Et nous ? Nous parlerons de la pluie et du beau temps, de canicules extrêmes, d’inondations, de tempêtes, d’incendies de forêt, de climat quoi. Le climat semble devenir fou, il s’emballe, se dégrade, se disloque, se désagrège, voire pire, il se concentre comme le gaz à effet de serre dans l’atmosphère terrestre. Les  principales causes de cette concentration sont l’exploitation massive de combustibles fossiles, la modification de la couverture des terres, la déforestation ou encore l’élevage intensif. En 2008, l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation (FAO) publiait un rapport accablant intitulé  »l’Ombre portée de l’élevage ». On pouvait lire dans ce rapport que l’élevage est responsable de 18% des émissions de gaz à effet de serre, occupe 26% de la surface émergée libre de glace, ou encore que 33% des terres arables de la planète sont détournées au profit de la production fourragère. Au total, 70% des terrains agricoles et 30% de la surface du globe sont directement ou indirectement accaparés par l’élevage. Toujours selon la FAO, il se consomme plus de 9075 kilos de viande chaque seconde dans le monde, soit 300 millions de tonnes pour l’année 2013. Cette consommation a progressé de 2,3% par an au cours de ces 10 dernières années. Mais pourquoi parler de viande ? Nous savons que l’animal est légalement un être sensible, un terrien, avec une envie de vivre et de s’épanouir. Alors parlons de personnes. En 2012, le nombre de personnes abattues dans le monde pour la consommation alimentaire est estimé à 67 milliards d’individus. On nous parle de canards, dindes, poules, lapins, pintades, cochons, bovins, veaux, agneaux, chèvres, moutons, mais aucune étude ne donne des noms. Alors pintade ? Quel est ton nom ? Volailles ? Bovins ? Agneaux ? Comment vous nommez-vous ? Gîte à la noix, bavette, escalope, gigot, côtelettes, aiguillette, jarret, collet, poitrine ? Ca va, je vous entend :  »Allons bon, le voilà qui nous refait son numéro végan. L’homme est un carnivore depuis toujours et pour longtemps. Il y a des choses qui ne changeront jamais. » Ah bon ? Comme quoi ? Comme le climat par exemple ? Pour vous depuis que le monde est monde le climat est là, immuable, impérial, dans sa posture éternelle. Et avec notre modernité, notre savoir technologique, notre supériorité sur la nature, nous sommes à l’abri de toutes surprises. C’est à peu près ce que se disaient  les Mayas, les romains et les égyptiens. Et puis, la nature a repris ses droits. En 2200 avant J.-C. la simple modification des vents en Méditerranée et la baisse de la mousson indienne a causé un sèchement du climat et l’effondrement de l’agriculture de la Grèce à l’Inde, déclenchant la chute du royaume des pharaons et de l’Empire d’Akkad en Mésopotamie. A la fin du IVème siècle la sécheresse a poussé les Huns à attaquer l’Empire romain, qui finit par s’effondrer. Une sécheresse encore, dans le Yucatan, a fragilisé la production agricole des Mayas. Les sempiternelles guerres et les famines ont fini par décimer cette fabuleuse civilisation. En Europe, une famine sévit de 1315 à 1317, à cause du Petit âge Glaciaire. Dans le même temps l’humidité a favorisé la propagation de la peste noire, et l’effondrement de la population. Ces événements combinés à la guerre de trente ans ont provoqué d’importants troubles politiques et sociétaux telles que la guerre civile en Angleterre ou encore la Fronde en France. La Fronde cette petite révolution nobilaire comparable aux  »nuits debout » (enfin celles des premiers jours) est née d’un mécontentement général, qui prenait sa source dans la crise économique et l’augmentation de la pression fiscale. L’Etat voulait faire face aux dépenses de la guerre ; classique. Et puis la déliquescence des élites a fait le reste. Contrairement à la période dans laquelle nous vivons, les gouvernants de l’époque n’avaient pas le football ni l’Euro, et les vacances estivales pour se sauver la mise. Les maladresses de Condé et son alliance avec les Espagnols ont conduit à la défection de ses partisans. Louis XIV, qui a été déclaré majeur le 7 septembre 1651 a tenu un lit de justice et prononcé une amnistie générale (ou presque). La Fronde des Princes était finie, mais Louis XIV en garda rancune aux Parisiens. Il choisit de quitter le Louvre, résidence de la cour depuis quatre siècles, et de bâtir un nouveau palais à Versailles. Le roi soleil pouvait se permettre quelques familiarités avec le climat. Est-ce toujours possible de nos jours ? C’est ce que semblent croire nos grands monarques contemporains, mais ils oublient qu’aujourd’hui c’est le climat qui fait sa révolution.

Magà Ettori, Dublin, 17/07/2016

en partenariat avec http://www.paroledanimaux.com/

 

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Une réponse à “Un climat de révolution

  1. danarduynna

    100 milliards… C’est le nombre d’objets célestes de notre galaxie qui répondent à la définition de planète, et n’est habitable que la Terre. Et quand bien même en trouverions nous une autre, comment ferait-on pour y aller, et avec quelle tristesse, quel sentiment de défaite, de honte devrions nous quitter la Terre, notre Terre, celle dont on a hérité et que l’on emprunte à nos enfants, cette Terre où c’est produit le miracle de la Vie, cette vie biologique à laquelle nous appartenons, car c’est dans ce sens là qui faut voir les choses. La Terre et le vivant ne nous appartiennent pas, c’est tout l’inverse. Nous appartenons au Vivant, et nous existons avec lui, par lui, alors le respecter est non seulement vital pour l’Homme, mais c’est la moindre des reconnaissances. Il faut prendre conscience de la fragilité de la Vie, de la chance infinie d’en avoir hérité, et prendre conscience de notre interdépendance, de l’importance fondamentale et primordiale que nous devons apporter au respect de la Vie, de l’environnement. La gravité des enjeux est telle que tout autre problème fait figure de diversion.
    La Bretagne est touchée par les algues vertes, la Floride par les algues bleues, la mer morte est portée disparue, les fleuves sont des égouts, les forêts brûlent, les glaciers reculent, la calotte polaire va passer sous le fatidique million de km2, les jets Stream franchissent de plus en plus fréquemment la barrière climatique équatoriale, Humboldt est fatigué, très fatigué, et va confier à Eole les transferts d’énergie.
    Avec l’inertie planétaire, le bouleversement est en cours, et plus on tarde à se faire violence pour changer nos comportements, plus le bouleversement sera violent, important et durable.
    Posez vous la question à chaque instant :
    > Ce que je fais est-il bon pour la planète ?
    > Ce que je fais est-bon pour le Vivant ?
    > Ce que je fais est-il bon pour l’intérêt général ?
    Si c’est oui, alors cette activité a toutes les chances d’être pérenne, si elle n’abuse pas des équilibres planétaires, car ce qui est bon à un moment donné, ne l’est peut-être plus lorsque le contexte change. Il faut donc rester humble dans sa conscience et avec les autres, et remettre du sens humain dans nos pensées, dans nos choix, dans nos actes. C’est le devoir de chacun dans l’intérêt du vivant.

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