Addictions sous une pluie violette

addiction, pluie violette - Magà Ettori - Chroniques animalistesLes mélomanes du monde entier sont en deuil, le prince est mort, THE PRINCE is dead. Prince était une star, de celles qui ne passent qu’une fois dans l’histoire de l’Humanité. On pense à Elvis Presley le roi du Rock and roll, Whitney Houston la diva, Michael Jackson le Roi de la pop, Edith la môme Piaf, les fabuleux  pensionnaires du club 27 : Jim Morrison, Janis Joplin, Jimi Hendrix, Kurt Cobain, Amy Winehouse, artistes hors normes qui nous ont fait rêver. Ces géants aux pieds d’argile, méritaient-ils cette mort minable entre souffrance et opiacés, éthylisme et addictions en tout genre ? L’addiction, une dépendance à une substance ou une activité génératrice de plaisir, dont on ne peut plus se passer en dépit de sa propre volonté. Voilà qui est intéressant. Un prédateur sexuel par exemple, ou un citadin mangeur de chair animale autrement appelé un charognard, sont des êtres addictifs. Notez bien que le terme charognard n’est pas insultant. Les mangeurs de viandes ou de poissons vivants en milieu urbain ne peuvent pas être considérés comme des carnivores. N’ayant jamais vu un seul citadin chasser ou pécher pour son repas du soir, nous convenons donc de nommer cette catégorie de personnes des charognards ou des nécrophages. Mais ce n’est pas méchant, c’est de la science, de la classification, de la démystification. L’église catholique est très forte pour ça. Pour Stanislas Lalanne, évêque de Pontoise, la pédophilie est « un mal », mais il ne « saurait pas dire » si c’est un péché. C’est un peu comme en Corse, quand on condamne la violence mais pas ceux qui l’ont commise. Bon la Corse ok, c’est particulier, elle serait un paradis pour André Gide, une terre de péderastie et de prostitution. Oui, il l’affirme dans le second tome de son journal : « A Calvi, toute la population masculine, petits et grands, se prostitue. Le mot est du reste inexact, car il semble y entrer moins de désir de profit que de plaisir. Les petits garçons, dès l’âge de huit ans, assistent aux ébats amoureux des aînés avec les étrangers qui les emmènent sur la plage, dans les rochers ou sous les pins ; ils surveillent les alentours, donnent l’alerte en cas d’approche inquiétante, se proposent eux-mêmes ou s’amusent de leur côté, en voyeurs. »

Waouh nous n’avons pas connu le même Calvi. On donne vraiment le Prix Nobel à n’importe qui.  Oh je ne dirais pas qu’il n’y avait pas de prédateurs dans l’île, je me souviens d’un certains Lucien à Ajaccio, témoin de Jéhovah, qui avait abusé de jeunes enfants en profitant de son statut au sein de sa communauté. Exactement comme ce prêtre, Bernard Preynat, mis en examen pour des agressions sexuelles sur de jeunes scouts lyonnais entre 1986 et 1991. Devant sa hiérarchie, le misérable Preynat était passé aux aveux en 1991 et il a continué d’exercer son activité au contact d’enfants. Le diocèse a essayé en vain d’étouffer l’affaire.  Mais écoutons cet enfant, il n’a que 11 ans : Je me souviens de la « 1ère fois » : c’était un samedi après-midi, en fin de réunion le Père Bernard m’a demandé de l’accompagner pour l’aider à faire du rangement alors que les autres enfants prenaient le chemin du départ. Je me rappelle avoir monté les escaliers (dans l’angle à droite du bâtiment qui prolonge l’église) seul en sa présence, pour rejoindre une salle à l’étage se trouvant dans la prolongation de l’église. Il m’a mis la main sur l’épaule pour me faire entrer dans la salle puis m’a pris dans ses bras et m’a serré très fort contre lui, ma tête au niveau de son ventre, je percevais sa respiration… une de ses mains se glissait à l’intérieur de mon short pendant que l’autre, passant sous ma chemise, me caressait le dos et faisait pression pour me serrer encore plus contre lui. Il m’embrassait sur la joue, plusieurs fois, répétant « tu es mon Cyril » ! Comme beaucoup de victimes, je me souviens de cette odeur de cigarillos et de sa respiration allant crescendo. Difficile de dire combien de temps cela a duré,  je dirais 10 mn, peut-être plus… 10 mn qui m’ont paru une éternité, puis il m’a dit que j’étais son préféré, qu’il ne fallait pas en parler, ce serait notre secret et nous nous sommes séparés.  Je me souviens d’une sensation étrange, un sentiment que je n’avais jamais ressenti (j’avais 11 ans), un mélange de peur, d’interrogation : pourquoi cela et pourquoi moi ? Je suis ressorti de la réunion dans cet état de malaise, j’éprouvais une gêne, une « boule au ventre » en rejoignant la voiture de ma mère venue me chercher, je me demandais ce qu’elle allait penser car je sortais de la réunion en bon dernier, je lui dit finalement que nous étions restés quelques-uns pour participer au rangement de la salle… à aucun moment sur le chemin du retour je n’ai réussi à lui dire ce qui s’était passé, cela tournait en boucle dans ma tête mais impossible de le verbaliser. Je n’ai jamais pu en parler ensuite à ma famille. A partir de là, cela s’est reproduit régulièrement pendant 2 ans, je ne saurai dire combien de fois mais cela représente beaucoup. A chaque fois ses gestes étaient de plus en plus oppressants, il  m’embrassait sur la bouche et je sentais le contact de sa langue, il me caressait le bas du dos, l’intérieur des cuisses, une de ses mains progressait à l’intérieur de mon short pour en arriver entre mes jambes et à me toucher le sexe, pendant que son autre main me faisait toucher son sexe de la même manière. Et il me demandait régulièrement si « j’étais bien comme ça ? » me disant qu’il m’aimait et me demandant si je l’aimais ? Je ne savais quoi répondre, j’étais tétanisé par la situation… »

Une enquête Ipsos détermine que quatre Français sur dix, estiment que la responsabilité d’un violeur est atténuée si la victime a une attitude provocante et pour deux sur dix « une femme qui dit  »non », ça veut souvent dire  »oui ». J’ai un grand moment de solitude là. A ce stade j’ai envie de dire qu’un tiers des français sont des malades, ce qui expliquerait la surconsommation d’antibiotiques, d’antidépresseurs, de psychotropes et d’anxiolytiques. A ce stade nous pouvons toujours rire de nos addictions… sous une pluie violette.

Magà Ettori, Dublin, 23/04/2016

en partenariat avec http://www.paroledanimaux.com/

 

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