Corse-Matin en liquidation judiciaire ?

CORSE MATIN OJD (Magà Ettori - blog)La plupart des signes concordent : Corse-Matin se dirige vers une fin tragique. Oui, un plan social pour solde de tout compte serait nécessairement une tragédie à l’aune de notre économie. Comme nous l’a si justement signalé un cadre STC du Corse-Matin, cette entreprise fait vivre des centaines de familles en Corse, de manière directe ou indirecte. Quand des apprentis-sorciers jouent avec le titre, ils mettent à rude épreuve la liberté d’expression, ils manipulent le jeu politique, culturel, économique et social, mais pire que tout ils mettent en danger la sécurité financière de centaines de familles.

En augmentant le prix du journal, en modifiant les habitudes de lecture (changement incessant de formule pour le quotidien comme pour l’hebdo, de mise en page, d’éditorialistes, …), en remplaçant la veille garde par une armée de stagiaires, en multipliant les coquilles dans le journal (lieux mal orthographiés, sfrancisate, nécrologie qui passe deux jours de suite, …) en coupant les pont avec la diaspora (nous y reviendrons), en changeant la ligne éditoriale (plus agressive, inadaptée), en faisant des erreurs liées à la culture insulaire (brouille avec les hommes politiques, avec les supporters du Sporting, avec des responsables d’associations, ou des artistes,…) que pensez-vous qu’il pouvait advenir du quotidien ? La réponse tient en un mot : Berezina ! Notre ami Jean Tulard (parrain de l’Institut Citoyen du Cinéma) a beau dire que la Berezina est une victoire française, il n’empêche qu’à la fin l’armée impériale fut dispersée dans la campagne de Russie.

La victoire française – dans le cas du Corse-Matin – risque de se limiter aux négociations secrètes qui ont eu lieu au moment du rachat du titre par Bernard Tapie (communique_du_syndicat_des_travailleurs_corses_au_sujet_de_corse_matin). En effet, les derniers chiffres des ventes du journal (publié par l’OJD), démontrent que les ventes du journal sont en chute libre : – 6,48 % de diffusion payée en France (http://www.ojd.com/download/document/81578).

Comment est-ce possible ? Avec l’afflux massif des vacanciers et des corses de l’extérieur, les chiffres auraient du être en forte augmentation. L’hiver va être rude ( »il neigeait », disait Victor Hugo). Enfin, si l’on se réfère aux statistiques officielles des deux chambres de commerce et d’industrie de l’île, relayées par l’Agence de tourisme de la Corse, au 31 juillet la fréquentation aérienne aurait atteint un niveau historique d’augmentation, confortée depuis quatre ans, de la clientèle étrangère. Sachant que Corse-Matin est distribué gratuitement à bord des avions, nous n’osons imaginer ce qui pourrait se passer à la prochaine baisse des vacanciers.

Une fois encore posons-nous les bonnes questions :  »comment est-ce possible d’avoir changé à ce point l’or en plomb ? Pourquoi le journal le plus rentable de la Méditerranée se dirige- t’il vers un plan social et une liquidation judiciaire ? »

Je n’ai pas toutes les réponses pour expliquer cette chute abyssale, mais j’en ai quelques unes. Une anecdote est particulièrement éclairante de la situation. L’actuelle direction a une profonde méconnaissance du terrain, qui devait nécessairement conduire à la catastrophe économique actuelle.

Pendant l’été 2009, à l’Université de Corse, nous organisions avec Edmond Simeoni « l’Université Citoyenne ». Des hommes politiques, journalistes et personnalités de tous bords se bousculaient dans l’amphithéâtre Landry, plein à craquer. Bien entendu, nos amis et proches de la diaspora étaient là, présents en grand nombre.

Un semaine plus tôt nous avions eu une conversation avec un ami journaliste, qui m’avait  dit :

–  »Il y a un nouveau directeur au Corse-Matin qui arrive du continent. tu devrais l’inviter. »

–  »Pas de soucis, on va l’inviter. Comment tu écris son nom ? En-teck ? Épele : A-N-T-E-C-H. D’accord nous lui envoyons une invitation ».

– « Juste une petite chose. » repris mon ami  »Attention il y a un soucis avec nos amis de la  »spaluzzera » (diaspora), car ils sont furieux contre lui depuis qu’il a suspendu les ventes du journal sur le continent ?

–  »Ah bon ? Corse-matin n’est plus vendu à l’extérieur ? C’est un non-sens pourquoi ont-ils fait ça ? »

–  »Antech veut booster les ventes en numérique, et pense que les gens de la diaspora sont une bonne cible, s’ils n’ont plus le choix. »

–  »Ah ! C’est surtout stupide. Regarde les associations, le plus jeune à 80 ans. Tu crois vraiment qu’ils vont lire leur journal dans une version numérique ? »

– « Il a l’air de connaître son métier, nous verrons bien ».

Résultat des courses, une semaine plus tard sur le Campus Mariani, deux présidents d’associations des corses de Marseille s’en prennent à Roger Antech. Ce dernier arrive pourpre et transpirant dans l’amphithéâtre et s’installe au milieu des travées. La séance démarre, les sujets sont lancés par Edmond et moi-même. Pendant la première heure tout va bien, nous respectons peu ou prou l’ordre du jour. Puis les débats commencent à disgresser (mais ça, nous avons l’habitude). Quelques piques sont envoyées à l’adresse du nouveau directeur de Corse-Matin. S’il avait été plus malin, ou s’il avait mieux connu les coutumes locales de la  »scuzulata d’oliviers », ils aurait pris ça avec le sourire. Surtout qu’il était en plein milieu de l’amphi.

Inquiets, nous avons essayé avec Edmond de maîtriser la salle, qui se cabrait de plus en plus. C’est le moment qu’a choisi le nouveau directeur pour se lever et interpeller des représentants de la diaspora, dans un ton martial, sec, cassant, prétentieux et presque insultant. Je dois dire que sans le métier d’Edmond, Roger Antech aurait passer un sale quart d’heure. Le ton devenait de plus en plus menaçant et nous n’étions pas loin du chapitre  » sciaffi è calci in culu ». Et notre brave directeur qui s’époumonait et qui justifiait le sacrifices des corses de la diaspora au milieu d’une foule hostile. Quelle erreur, mais quelle grossière erreur. La diaspora c’est notre lien avec le monde extérieur. On les aime, on les aiment pas, on les critique quand ils chantent  »la boudeuse » ou qu’ils nous donnent des conseils, on les détestent ou au contraire on les adorent. Mais dans tous les cas, ce sont des affaires de famille. Jamais ce lien n’aurait du être rompu. Depuis que Corse-Matin est en situation de monopole, il constituait le dernier cordon ombilical avec l’extérieur.

Les anciens n’ont pas su se mettre au Corse-matin-2.0, leur enfants s’en fichent et leurs petits-enfants ne sont même plus capables de retrouver la Corse sur une carte (il l’a cherche en haut en Bretagne dans un triangle). Donc quand ils viennent pour les vacances le lien est rompu, rien à faire du journal, et d’un carnet de deuils qui ne le concernent pas. Ils font comme ces touristes qui ne lisent pas le journal, mais qui le prennent gratuitement dans l’avion et le conserve tout l’été pour envelopper leurs tomates.

Quand on sait que des géants américains comme Netflix organisent des festivals gratuits à Paris, pour séduire les français et les convaincre d’adhérer à la marque, on se dit qu’ils ont tout compris au commerce. Contrairement aux brillants stratèges en marketing du Corse-Matin qui accusent une baisse permanente depuis 5 ans (voir graphique) et qui condamne l’entreprise avec cette stratégie. Une telle situation déficitaire inquiète le PDG de La Provence, Claude Perrier. Il ne s’en cache pas : le groupe comptait sur la pépite corse pour renflouer les caisses, mais la pépite, au gré d’une gestion catastrophique, est devenue un bout de charbon sans valeur, pour ne pas dire un boulet.

Rappelons le, l’avenir de centaines de familles dépendent de cette entreprise, et ne parlons même pas de liberté d’expression et de pluralisme de l’information. Bernard Tapie perdu dans ses tracasseries judiciaires, va t’il siffler la fin de la partie avant que NOTRE journal ne soit complètement mort, avant que notre patrimoine ne soit dilapidé, avant que le jeu politique ne soit complètement truqué, avant que des centaines de familles ne soient à la rue ?

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