Violence et carton rouge

Furiani - 5 mai 1992 (Magà Ettori - Blog)Les 30000 corses présents au stade de France hier et les milliers d’autres derrière leurs écrans savent désormais à quoi s’en tenir concernant le mépris des instances du football français à leur égard, pire nous dirons que cette affaire est symptomatique d’un certain comportement des dirigeants envers la plèbe. Pour le sportif Bastia-PSG en finale de la Coupe de la Ligue, voilà une affiche qui faisait rêver. Mais pas seulement les sportifs, et pas seulement les insulaires. La disproportion entre les équipes était telle que ce match prenait des airs épiques de David et Goliath. Avant le match, tous évaluaient les possibilités de victoire du club le plus pauvre du championnat, et certains pronostiqueurs sérieux misaient sur le sporting de Bastia. Après tout, les lions de Furiani n’avaient-ils pas battu le PSG 4-2 lors de la 20eme journée de la ligue, il y a seulement trois mois ? Pourtant le suspens allait être de courte durée. A la 19e minute le milieu de terrain du PSG, Ezequiel Lavezzi, dans un formidable remake de splash, se jette la tête la première dans la surface de réparation. Le malin ! Impressionné par son jeu d’acteur, l’arbitre Benoît Bastien siffle immédiatement un penalty en faveur de Paris. Et là on se dit :  »mais il n’y a personne pour lui dire dans l’oreillette qu’il y a une faute d’arbitrage ? » Le gars est truffé comme l’inspecteur gadget pourquoi faire ? Pour faire entendre sa voix en direct à la TV (une nouveauté rappelant le passage du muet au parlant) ? Pour permettre à la Ligue Française de faire le show et de gagner encore plus d’argent ? Pourtant, si on voulait garantir le spectacle, il ne fallait pas expulser Sébastien Squillaci, un des ténors de la défense bastiaise. A partir de là le spectacle était mort, et le match d’une platitude inimaginable. En professionnels pragmatiques les joueurs du PSG ont ensuite endormi tout le monde (y compris les spectateurs) et profité intelligemment des occasions. Personne ne pourra le leur reprocher. Mais quel ennui, le match le plus soporifique de la décennie. Les bastiais n’ont rien lâché, mais la messe était dite. On se demande si l’arbitre Benoît Bastien s’est contenté d’appliquer le règlement à la lettre ou s’il a voulu devancer les attentes de son cher président Frédéric Thiriez. On sait ce dernier très proche du PSG. Pour preuve une des polémiques autour de Frédéric Thiriez, lors d’un match opposant le PSG au Racing Club de Lens en octobre 2014. Frédéric Thiriez avait tenu à s’excuser auprès de Nasser Al-Khelaïfi, président du PSG, pour l’arbitrage calamiteux de Nicolas Rainville. Malheureusement pour lui, cet échange fut diffusé par Canal+ démontrant la connivence entre Monsieur 600 millions et les investisseurs Qataris. Il aime l’argent Frédéric Thiriez, ce n’est pas sa faute. Lorsque il est arrivé à la présidence de la LFP en 2002, les droits TV de Ligue s’élevaient à 271 millions d’euros par an. Depuis, ils ont presque triplé pour atteindre près de 670 millions d’euros, et ces droits s’élèveront à près de 800 millions d’euros pour la période 2016-2020. Il est certain que le Sporting de Bastia avec son ridicule budget de 22 millions d’euros fait un peu tâche dans le paysage de monsieur Thiriez. De surcroit, il ne va pas risquer de se faire tirer les moustaches par des traînes savates. C’est sans doute pour cette raison qu’il n’est pas descendu des tribunes avant le coup d’envoi de la finale de la Coupe de la Ligue hier soir, comme l’exige le protocole. Le président de la LFP pensait qu’il n’allait pas bien être accueilli par le public corse. Et pour cause ? Avec des sanctions disproportionnées contre le club insulaire, des exigences de délation (le club devrait dénoncer les fauteurs de troubles à la police), et un irrespect total face au drame de Furiani, il ne pouvait pas en être autrement. D’ailleurs il ne s’en est jamais caché Frédéric Thiriez, puisqu’en 2013 il avait déclaré  »une journée sans football n’est pas une réponse à un drame » et encore ces jours-ci à l’AFP :  »sur les problèmes de fond concernant la sacralisation du 5 mai, la Fédération a pris une position, qui est la mienne, qui est qu’on ne joue aucune finale de Coupe le 5 mai, qu’on ne joue pas de match en Corse le 5 mai et que les clubs corses ne joueront pas non plus sur le continent le 5 mai. Au-delà, non : dans aucun pays d’Europe il n’y a de journée sans foot du fait de la commémoration d’un drame comme celui de Furiani. Il y a bien sûr un devoir de mémoire mais aussi un devoir de vie. Et le devoir de vie c’est de jouer au football. Non je ne descendrais pas car il semblerait que les Corses m’en veulent. Je ne sais pas pourquoi mais j’en prends acte ». Il semblerait que les Corses m’en veulent ? Il ne sait pas pourquoi ? Le 5 mai 1992, l’effondrement d’une tribune du stade Armand Cesari à Furiani faisant 18 morts et plus de 2300 blessés, fut la plus grande catastrophe qu’ait connu le sport français. Et il s’interroge ? Cette prise de position est une insulte au pays du catenacciu et il s’interroge ? Personnellement j’y vois la même prétention que les colons de jadis en terre d’Afrique et leur mépris des cultures locales. Après tout, ce que le Collectif des victimes du 5 mai 1992 réclame n’est pas grand chose : une reconnaissance de la catastrophe de Furiani, passant notamment par le gel dans les calendriers de la Fédération Française de football (FFF) de la date du 5 mai. Aujourd’hui, seules les finales de coupe de France ou de la Ligue ainsi que les matches en Corse ont été suspendus. Ah les corses et leurs habitudes mortifères, leur tradition, leurs coutumes et leur violence. Oui mais voilà, l’entraîneur de Bastia Ghislain Printant n’est pas corse lui, et pourtant sa réaction n’en est pas moins virulente :  »J’ai été scandalisé. Je serai certainement sanctionné par ces messieurs là, mais j’ai été scandalisé quand on est venu m’annoncer ça. Je crois qu’on a un merveilleux public, et aujourd’hui, on a manqué un grand respect à mes joueurs. Et ça, ça fait très mal. Par contre mes joueurs, nos supporters, nos dirigeants et moi-même, on va pouvoir se regarder dans une glace demain matin. Je pense pas que ce président-là puisse le faire et je le dis, peu importe ce qu’il va en penser, c’est un scandale. On parle suffisamment de Bastia, mais là franchement… Si on devait le sanctionner, ça ferait un moment qu’il ne serait plus à la tête de la Ligue. Que notre président ne puisse pas présenter ses joueurs au président de la LFP, ses joueurs qui ont fait un parcours exemplaire… excusez moi je ne peux pas l’accepter. Je ne peux pas l’accepter ! Le PSG a gagné 4-0, bravo. Je pense qu’il est content, il est serein, il va pouvoir boire sa coupe de champagne. (…) C’est un scandale, c’est purement un scandale ! » Et oui Ghislain Printant n’est pas corse mais il est juste, et face aux injustices, les justes ne peuvent réagir qu’avec violence. Face au sentiment d’impunité (à ce propos on notera la présence de Paul Giaccobi, assis à côté de Frédéric Thiriez… qui s’assemble (hum), il n’a pas eu de problème de moralité et a pu à loisir lui serrer la main…) certains membres de l’élite se montrent bien méprisant envers le bas peuple turchinu, celui qui s’est saigné financièrement pour monter dans la capitale, celui qui est venu en famille pour faire la fête du sport, celui qui a galéré dans les cars jusqu’à 3 heures du matin faisant une nuit blanche pour prendre un avion à 6h du matin. L’orgueil de cette élite est la seule violence, celle qui tue le rêve du citoyen, celle qui méprise l’opinion de l’autre, la seule violence qui mérite un carton rouge.

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