Archives mensuelles : février 2015

Les wagons plombés d’Ag-Gag

ag-gag

 »Je me dis souvent que si nous n’avions pas accepté, depuis des générations, de voir étouffer les animaux dans des wagons à bestiaux […] personne, pas même les soldats chargés de les convoyer, n’aurait supporté les wagons plombés des années 1940-1945 ». Je voudrais imaginer comme Marguerite Yourcenar que cette époque est bientôt révolue malheureusement une douzaine d’Etats américains nous démontrent le contraire à travers l’adoption de lois scélérates surnommées « agriculture bâillonnée » (« ag-gag » en anglais) actuellement débattues dans les Etats de l’Arkansas, la Californie, l’Indiana, le Nebraska, la Pennsylvanie, le Tennessee et le Vermont. Elles ont déjà été adoptées il y a un an dans l’Iowa, l’Utah et le Missouri. Grâce au travail des associations de la cause animale et des organismes veillant à la sûreté sanitaire comme le Food and Water Watch, ces lois ont reporté dans le New Hampshire, le Nouveau-Mexique et le Wyoming. Nos partenaires de Mercy for Animals (Faeryland) mais également The Humane Society of the United States et PETA (People for the Ethical Treatment of Animals) font un excellent travail d’information depuis des années outre-atlantique. Les images chocs filmées par ces associations de protections animales ont à juste titre scandalisé l’Amérique. Les tortionnaires et autres éleveurs sadiques ont été condamnés, mais les industriels de l’agro-alimentaire ont rapidement réagit sous la houlette de l’American Legislative Council (ALEC : http://alecexposed.org/w/images/f/f5/7K13-The_Animal_and_Ecological_Terrorism_Act_%28AETA%29_Exposed.pdf). Ce lobby conservateur connu pour ses travaux législatifs controversés  telle que la loi « Stand your Ground » (Défends-toi) qui autorise tout citoyen à utiliser la force, jusqu’au meurtre, s’il se sent menacé. L’American Legislative Council qui déjà en 2002, avait pondu l’Animal and Ecological Terrorism Act (AETA), qui interdisait de pénétrer dans une ferme pour prendre des photos ou vidéos avec l’intention de porter atteinte à l’image de l’établissement ou de son propriétaire. Ce qui explique en partie que l’Animal Liberation Front (ALF) et l’Earth Liberation Front (ELF) soient considérées par le département de la Sécurité intérieure des États-Unis comme menace terroriste depuis janvier 2005. L’ALF et L’ELF sont les principaux mouvements « éco-terroristes » qui constituent « la première menace de terrorisme intérieure » selon le FBI. Une douzaine d’Etats américains ont donc proposé ou adopté des lois criminalisant la dénonciation des tournages  dans les élevages et abattoirs. Ces législations interdisent de filmer ou de prendre des photos secrètement au sein de fermes d’élevage et de postuler pour un emploi dans l’un de ces établissements sans divulguer des liens avec des groupes de défense des animaux. Un délit désormais punissable d’un an d’emprisonnement et de 1 500 dollars d’amende (Utah). Elles obligent aussi les associations à livrer les films dénonçant des abus aux autorités dans les 24 ou 48 heures qui suivent leur réalisation. En Arkansas, on propose d’interdire à quiconque d’autre que les autorités d’enquêter sur les animaux. La plupart de ces projets de loi punissent non seulement les militants qui prennent des photos et des films, mais aussi les médias et les organisations de défense des droits des animaux qui diffusent les documents. Nathan Runkle, directeur exécutif de Mercy for Animals, interrogé par ABC  précise à juste titre : « Ces projets de loi pourraient créer un précédent dangereux dans le pays en fermant les portes de fermes d’élevages industriels et en permettant aux abus d’animaux, aux atteintes à l’environnement, et à la contamination de la nourriture de passer inaperçus ». Je suis désolé pour Marguerite Yourcenar mais nous sommes condamnés encore pour longtemps à regarder passer les wagons plombés des animaux.

Je suis Charlie-Renucci-Matin

Jak Matin (Magà ettori) BlogFaeryland, mon dernier long métrage déprogrammé d’un festival ! En réalisant un film aussi engagé nous nous attendions à ce que cela se produise. Cette allégorie de la quête du Graal dont le thème principal est la cause animale ne pouvait que faire grincer les dents des lobbys industriels (pharmaceutiques, agro-alimentaire, cosmétique, armement, …). Les images chocs que nous avons obtenu après deux ans d’enquêtes, devaient nécessairement heurter ceux qui souhaitent dissimuler certains scandales de l’exploitation animale au grand public. Devant la toute puissance de ces maîtres du monde, les moins téméraires  font profil bas, y compris dans les rangs des journalistes. Bien entendu, lors d’une journée de liesse nationale, il est de bon ton – face aux caméras – sous la bannière de  »Je suis Charlie » de vénérer la liberté d’expression. L’événement passé les actes de rébellion et de courage sont plus rares. Pourquoi prendre des risques ? Ici on aseptise, là-bas on empêche, plus loin on menace, à défaut on bistourise, on vire, on placardise, on ignore, on dénigre, ou encore on déprogramme. Censure ou autocensure nous y reviendrons. Un grand nombre de médias sont clairement sous la coupe des grands groupes industriels. Quand ils ne sont pas propriétaires des titres, ils n’hésitent pas à faire pression sur les médias en les menaçant de retirer leurs publicités : cynique et efficace, ce qui est tout de même un minimum quand on côtoie l’élite mondiale. Le cas de Corse-Matin est autrement plus complexe et singulier. Le point de départ de cette affaire une pétition de soutien à Jacques Renucci, que beaucoup considèrent comme un des meilleurs journalistes en Corse, chroniqueur, auteur et directeur de la Corse-Votre Hebdo : http://www.petitions24.net/soutien_au_journaliste_jacques_renucci.  Nous revenions il y a quelques jours sur l’achat du quotidien régional par Bernard Tapie : (https://magaettori.wordpress.com/2015/02/12/jacques-renucci-quand-le-canard-perd-ses-plumes/). Exilé potentiel,  Jacques Renucci fut dans un premier temps considéré comme une victime collatérale de cette opération financière. Par loyauté autant que par souci de justice, nous avons donc collectivement pris l’initiative de soutenir Jacques Renucci. S’il ne fait aucun secret que le Directeur de la Corse Votre Hebdo est mon ami (de 30 ans), et qu’à ce titre il a mon indéfectible soutien, il n’en est pas de même des centaines de personnes qui ont spontanément signé la pétition que nous avons mise en ligne. Ils ont unanimement loué les qualités humaines, et souligné les talents d’écriture, la perspicacité et l’esprit d’analyse de Jacques Renucci. Certains ont même hurlé au complot. Un complot ? Pour évincer Jacques Renucci ? Aux premiers abords cela semble un peu exagéré… et pourtant ! Bien entendu cette pétition a dérangé de par son succès fulgurant, mais quelque chose d’imprévisible fut beaucoup plus dérangeant (pour certains). Plus ou moins anonymement, les journalistes de Corse-Matin ont profité de cette pétition pour s’exprimer leur mal être. Entre polémiques, souffrance, insultes et grand déballage la pétition de soutien à Jacques Renucci et devenue un espace de règlement de compte. On évoque des pressions, des suicides et des faits-divers potentiels. Personnellement je n’y ai vu qu’une soupape de sécurité. Il faut créer un  »journal pour Jack » disait même un journaliste, sans rire. A lire ces interventions, j’ai compris à quel point la situation au Corse-Matin était tragique. Tragique dans le sens où les journalistes de Corse-Matin se présentent comme muselés et brimés. Ceux-là même qui devraient porter haut les couleurs de la Démocratie et de la liberté d’expression, n’ont d’autres possibilités pour s’exprimer qu’un site de pétition, un défouloir 2.0. Oui, il s’agit bien d’une tragédie. Quant au complot à l’encontre de Jacques Renucci, il vous suffira de lire le contenu des interventions des journalistes de Corse-Matin, sur le site en question, pour comprendre de quoi il s’agit. Oui, la direction du journal est fortement prise à partie, et mon action de soutien à Jacques Renucci, a été vécu par certains comme un acte d’agression. D’ailleurs la réaction ne s’est pas faite attendre : le Festival dont nous étions partenaires, avec lequel nous avions initié la partie insulaire du projet, nous a fait aussitôt fait savoir qu’il déprogrammait Faeryland. Le fait que Corse-Matin soit le principal partenaire de ce Festival n’explique pas tout. La direction du quotidien pourrait éventuellement m’en vouloir d’avoir pris l’initiative de cette action, mais le Festival c’est ridicule. Quand ils sont venus me chercher, il y a un an, ne savaient-il pas quel genre de cinéaste je suis ? Où avait-il la tête en déprogrammant mon film ? Quel résultat pensait-il obtenir ? Me faire taire ? Tant qu’il me restera un souffle de vie personne ne me fera taire ! Je m’opposerai autant de fois que nécessaire à toutes les injustices, les barbaries et les discriminations. Je n’ai jamais fais aucune concession face aux injustices. Ce geste d’amitié sincère, je le reproduirais un milliard de fois s’il le faut, quoi qu’il m’en coûte. Le fondement de mon être se niche au coeur de l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme : « tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit ». Cette philosophie, une profonde générosité, un coeur vaillant et un sincère humanisme portent mes pas depuis toujours. Vous pensiez vraiment que vous alliez me faire taire ? C’est impossible car je suis Je suis Charlie-Renucci-Matin et ma solidarité ne s’achète pas !

Pour soutenir Jacques Renucci

– Signer et partager la pétition :

http://www.petitions24.net/soutien_au_journaliste_jacques_renucci

– écrire à Bernard Tapie :

Bernard Tapie – 52 rue des Saints-Pères – Hôtel de Cavoye – 75007 Paris

– expliquer les conditions de rachat du Corse-Matin :

https://magaettori.wordpress.com/2015/02/12/jacques-renucci-quand-le-canard-perd-ses-plumes/

Faeryland et les désobéissants

Xavier Renou - les désobéissants (Magà Ettori - Blog)

Xavier Renou (les désobéissants) sur le tournage de Faeryland

Xavier Renou, responsable de l’association  »Les Désobéissants » nous a accompagné sur le tournage de  »Faeryland », où il interprète le rôle d’un activiste pro-animal adepte de la non violence et de la désobéissance civile et proche du monde des elfes. Autant dire qu’il s’agit d’un rôle sur mesure (surtout en ce qui concerne les elfes). Le manifeste des  »Désobéissants » dit ceci : Nous sommes un certain nombre à penser que la situation inquiétante de notre planète nous impose de retrouver le chemin de formes d’action et de lutte plus efficaces et plus radicales. Nous croyons que la réalité des rapports de force que nous subissons en matière de nucléaire civil et militaire, de protection de l’environnement contre les pratiques de certaines multinationales, de mondialisation de l’injustice sociale, etc. exigent de renouer avec une culture de la désobéissance civile/civique, de l’action directe non-violente, du refus radical et ludique.  Conscients des limites liées aux modes traditionnels de mobilisation (pétitions, manifestations…), qui ne nous valent que de trop rares victoires, et n’attirent plus guère les nouvelles générations de militants, nous avons décidé de former un réseau informel de militants de l’action directe non-violente. Parce que nous voulons nous battre pour la défense de la vie et de la justice sociale, nous avons décidé de nous organiser en un groupe de volontaires et d’activistes prêts à agir de manière directe et non violente aussi souvent que nécessaire et possible.  Dans ses concrétisations (stages, rencontres, débats, événements de convergence des luttes), le manifeste des désobéissants est donc une plateforme d’échange et de rencontre autour de la non-violence active et de la désobéissance civile. Il se veut un outil que chacun doit s’approprier. Ainsi, la responsabilisation et l’autonomisation sont favorisées et essentielles pour aller vers une émancipation individuelle et collective tout en développant des solidarités actives.  Nous sommes des faucheurs d’OGM, des démonteurs de panneaux publicitaires, des clowns activistes, des dégonfleurs de 4×4 de ville, des inspecteurs citoyens de sites nucléaires, des intermittents du spectacle, des activistes écologistes, des hébergeurs de sans-papiers, etc. Nous pensons que nos luttes et nos méthodes relèvent d’une dynamique alter-mondialiste plus indispensable que jamais, et que c’est ensemble, et dans l’action directe non-violente, que nous rendrons possible la transformation radicale de notre société, et de ce fait notre survie à tous dans un monde redevenu vivable.  »Les Désobéissants » refusent de laisser aux élites néolibérales et aux grands patrons de l’industrie (notamment de l’armement ou du nucléaire, en France) le monopole de la propriété des médias audiovisuels. Ils ont donc décidé de créer un média audiovisuel indépendant. Les progrès d’Internet et la baisse du coût du matériel audiovisuel rendent désormais possible le pari de produire et diffuser une information alternative en images même avec des ressources financières très limitées, il s’agit de l’AlterJT . Retrouvez quelques images du tournage de Faeryland au journal AlterJT ainsi que des entretiens de responsables d’associations de la protection animale présents au Trocadéro avec nous :

le reportage sur la protection animale est à 7’53

 

Vivre Ensemble

Ci-dessous un texte de Francis Courcelle, Président du Cercle Honoré Daumier, qui me semble extrêmement intéressant. Bonne lecture !

vivre ensemble - Magà Ettori (blog)

A Vous Tous Citoyens de la République Française, En Mars 2014, nous avons déposé les statuts de l’Association « Cercle Honoré Daumier » nom d’un grand caricaturiste français, quelle prémonition !!!  Aujourd’hui après celle de Charlie Hebdo, une nouvelle tuerie vient d’avoir lieu au Danemark, à nouveau des juifs étaient la cible mais pas seulement. Le premier réflexe pourrait être de répondre à la Haine par la Haine, avec le risque  de frapper des innocents et de déclencher un cycle sans fin de malheurs.  Toutes mes pensées vont d’abord à nos amis juifs douloureusement frappés. Certains d’entre eux ne voient comme solution que la fuite en Israël. Ce serait donner raison à leurs assassins, ouvrir pour l’avenir la voie à d’autres conflits au Moyen Orient. Restez ! Soyons solidaires pour faire  face à cette barbarie.  Mais je pense aussi à mes amis musulmans qui combattent pour un Islam des Lumières et qui subissent à la suite de ces actes barbares la stigmatisation de nos concitoyens et qui sont gagnés eux aussi par la peur de vengeances.  Je vous connais et je sais votre attachement aux valeurs de la République : Liberté, Egalité, Fraternité mais aussi Laïcité, c’est-à-dire cette liberté de pratiquer sa Religion dans le respect des autres Religions. Je suis Chrétien et je ne peux m’empêcher de penser à mes Frères du Moyen Orient victimes de cette barbarie, subissant meurtres, viols, chassés de chez eux mais aussi de craindre que nous ne soyons l’objet de menaces de même nature.  Notre Histoire, nos Cultures peuvent être différentes mais notre Dieu est le même, nous sommes tous enfants d’Abraham. Oui nous Juifs, Musulmans, Chrétiens avec nos Frères non croyants serrons les rangs, faisons face à cette barbarie. Nombre d’entre-nous sont adhérents d’Associations regroupant tous ces citoyens, que nous sommes, désireux d’un Vivre Ensemble harmonieux, dans le respect mutuel.  Alors j’en appelle à chacun d’entre vous afin d’interpeler nos Dirigeants, nos politiques pour qu’au-delà de leurs egos ils sachent s’unir et avec nous, avec vos Associations, qui elles mêmes, au-delà de leurs propres différences, devront faire un effort pour se rassembler dans un « Collectif », que nous puissions faire face à ces atrocités et préparer, trouver des solutions pour promouvoir ce « Vivre Ensemble » .

Francis Courcelle, Cercle Honoré Daumier

Comparaison n’est pas raison

Holocauste (Magà Ettori)

 » De l’assassinat d’un animal à celui d’un homme, il n’y a qu’un pas » écrivait Tolstoï, mais comparaison est il raison ? En 1949 Georges Franju, co-fondateur de la Cinémathèque française, réalise   »Le Sang Des Bêtes » sur le thème des abattoirs de Paris dans les quartiers de la Villette et de Vaugirard. La caméra ne se dérobe pas à ce ballet quasi-surréaliste, porté par un commentaire lu sur un ton neutre par Jean Painlevé. Les vues de bâtiments deviennent quasi-fantastiques, anxiogènes, comme en écho, Franju semble vouloir nous montrer un autre sens que celle des images : nous sommes en 1949, au sortir de l’Occupation et que les atrocités des camps de concentration demeurent dans toutes les mémoires. Oui nous parlons bien de l’Holocauste ! A l’instar d’Isaac Bashevis Singer, la philosophe Élisabeth de Fontenay (présidente de la Commission Enseignement de la Shoah) est catégorique sur la question :  »Oui, les pratiques d’élevage et de mise à mort industrielles des bêtes peuvent rappeler les camps de concentration et même d’extermination, mais à une seule condition : que l’on ait préalablement reconnu un caractère de singularité à la destruction des Juifs d’Europe, ce qui donne pour tâche de transformer l’expression figée “comme des brebis à l’abattoir” en une métaphore vive. Car ce n’est pas faire preuve de manquement à l’humain que de conduire une critique de la métaphysique humaniste, subjectiviste et prédatrice. »  »Je te disais que quand je le pouvais, je réalisais des films dont les sujets m’impressionnaient fortement. Après ma première visite aux abattoirs, j’étais si commotionné que je me demandais si je serais capable de tenir le coup, pendant plusieurs semaines, dans l’atmosphère sanglante de la mise à mort où j’allais me trouver. Je ne conteste pas le caractère morbide de cet état qui était le mien, fait d’attirance, de répulsion et d’angoisse. » dira Georges Franju, mais qu’aurait-il dit en voyant  »Earthlings » (Terrien) de Shaun Monson ? Ce film documentaire réalisé en 2005  montre le traitement des animaux destinés à la nourriture, à l’habillement, aux divertissements et aux recherches scientifiques. Au bout d’un demi siècle, le souvenir de l’Holocauste s’éloigne de la mémoire collective, quoi qu’on en dise… Pourtant les images d’Earthlings nous rappellent quelque chose, mais soyons sérieux comparaison n’est pas raison. Si ? Parfois ? Souvent ? Après tout comme dirait Walther Rathenau : « Denken heisst vergleichen (penser, c’est comparer) ».

Dans le doute, laissons donc la parole à Jacques Derrida (L’animal que donc je suis) en conclusion :  »De quelque façon qu’on l’interprète, quelque conséquence pratique, technique, scientifique, juridique, éthique, ou politique qu’on en tire, personne aujourd’hui ne peut nier cet événement, à savoir les proportions sans précédent de cet assujettissement de l’animal. (…) Personne ne peut plus nier sérieusement et longtemps que les hommes font tout ce qu’ils peuvent pour dissimuler ou pour se dissimuler cette cruauté, pour organiser à l’échelle mondiale l’oubli ou la méconnaissance de cette violence que certains pourraient comparer aux pires génocides (il y a aussi des génocides d’animaux : le nombre des espèces en voie de disparition du fait de l’homme est à couper le souffle). De la figure du génocide il ne faudrait ni abuser ni s’acquitter trop vite. Car elle se complique ici : l’anéantissement des espèces, certes, serait à l’œuvre, mais il passerait par l’organisation et l’exploitation d’une survie artificielle, infernale, virtuellement interminable, dans des conditions que des hommes du passé auraient jugées monstrueuses, hors de toutes les normes supposées de la vie propre aux animaux ainsi exterminés dans leur survivance ou dans leur surpeuplement même. Comme si, par exemple, au lieu de jeter un peuple dans des fours crématoires et dans des chambres à gaz, des médecins ou des généticiens (par exemple nazis) avaient décidé d’organiser par insémination artificielle la surproduction et la surgénération de Juifs, de Tziganes et d’homosexuels qui, toujours plus nombreux et plus nourris, aurait été destinés, en nombre toujours croissant, au même enfer, celui de l’expérimentation génétique imposée, de l’extermination par le gaz et par le feu. Dans les mêmes abattoirs. (…) Si elles sont « pathétiques », ces images, c’est aussi qu’elles ouvrent pathétiquement l’immense question du pathos et du pathologique, justement, de la souffrance, de la pitié et de la compassion. Car ce qui arrive, depuis deux siècles, c’est une nouvelle épreuve de cette compassion. »

Jacques Renucci, quand le canard perd ses plumes

MAGA ETTORI - JACQUES RENUCCI - CORSICA RADIO

Nous savions que la chasse au canard était ouverte, bien avant que le tribunal de commerce de Nice ne désigne les salariés de Nice-Matin propriétaires de leur journal à travers une coopérative. Ce que nous ignorions c’est qu’un incroyable tour de passe-passe – signé Bernard Tapie – venait de priver la Corse d’une de ses plumes les plus fameuses. Jacques Renucci, directeur de La Corse votre Hebdo, critique littéraire et brillant analyste politique est une victime collatérale d’un rachat du Corse-Matin, et il devra sous peu quitter la Corse. Une décision injuste qui fait suite à une opération financière à faire pâlir d’envie Gordon Gekko et tous les traders de Wall Street. Si les salariés de Nice-Matin ont pu devenir propriétaires de leur journal à travers une coopérative, c’est essentiellement en raison du fait qu’ils étaient soutenus par Bernard Tapie. L’aide du businessman n’est bien entendu pas gratuite. Bernard Tapie propriétaire du quotidien marseillais La Provence, perdant de l’argent avec ce titre devait trouver une autre affaire plus rentable, capable de combler ses pertes. Cette affaire, c’est le quotidien Corse-Matin (Corse-Presse est une filiale de Nice-Matin) ! Il faut dire que rapprocher les imprimeries de La Provence et de Nice-Matin en cas de fusion risquait de se heurter à une forte opposition syndicale. L’ingénieux Bernard Tapie est donc devenu propriétaire de la moitié du quotidien corse (très en dessous de sa valeur), en prêtant 4 millions d’euros à ses employés, gagés sur des immeubles de Nice-Matin. Trop fort. L’opération trouvant une mécanique naturelle : aux salariés de Nice Matin le défi d’une aventure de presse, à Bernard Tapie les dividendes d’une affaire juteuse. Tapie a du génie, une peau d’éléphant, et il connait les règles du jeu de la finance. Pourtant, la Corse est un défi aux esprits les plus cartésiens et personne n’est à l’abri d’un crash, en témoigne Dumbo l’éléphant volant qui avait lui aussi perdu sa plume en claquant des oreilles au dessus du Monte Cinto. Pour témoigner de votre soutien à Jacques Renucci, cliquer sur le lien suivant : http://www.petitions24.net/soutien_au_journaliste_jacques_renucci

Ne me bouffe pas

NE ME BOUFFE PAS - Stéphanie Valentin (Blog Magà)

Ne me bouffe pas

Il faut oublier

ton instinct d’avant

L’anthropophagie

Oublier le temps

de la viande crue

de la guerre du feu

Oublier le temps

du Neandertal

qui tuait sa proie

Le Neandertal

c’est éteint tu vois

Ne me bouffe pas

Ne me bouffe pas

Ne me bouffe pas

Moi je t’offrirai

des coupes de fruits

venues de pays

où l’on ne chasse pas

Je creuserai la terre

pour planter des graines

pour couvrir ton corps

de fleurs et de lin

Jusqu’à Faeryland

où l’humour sera roi

où l’amour sera loi

Où tu seras moi

Ne me bouffe pas

Ne me bouffe pas

Ne me bouffe pas

Je suis ton ami

tu m’offres en retour

mille infamie

des larmes et du sang

C’est enfin le jour

il faut oublier

et aimer la vie

Je te raconterai

l’histoire de la terre

quand nous étions frères

simples bactéries

Ne me bouffe pas

Ne me bouffe pas

Ne me bouffe pas

Ne me bouffe pas

On a cru parfois

qu’on ne pouvait rien faire

trop tard pour changer

qu’on était trop vieux

quelques millénaires

de viandes brûlées

de cris et de pleurs

loin des champs de blé

On a cru a tort

qu’on ne pouvait rien faire

qu’il fallait mentir

aux mangeurs de chair

Ne me bouffe pas

Ne me bouffe pas

Ne me bouffe pas

Je ne vais plus t’implorer

je n’ai jamais pu parler

je suis un sans voix

un garde manger

Je voulais simplement

vivre en liberté

courir et aimer

Laisse-moi devenir

L’ombre de ton chat

L’ombre de ton chien

L’ombre d’un Humain

Magà Ettori

Arrangements / Interprétation : Stéphanie Valentin