René Vautier est mort

René Vautier - Prix Artiste Citoyen du Monde 1990 - Institut Citoyen du CinémaAussi improbable que cela puisse paraître notre ami René n’était pas immortel. Il est parti la casquette et les cheveux en bataille, il s’est retourné pour un dernier sourire plein de malice, puis il a tirer sa révérence sans laisser d’adresse ; on ne sait jamais, puisque le paradis lui était promis qu’un censeur ne l’attende pas là-bas. J’ai eu l’opportunité de rencontrer ce grand monsieur alors que je n’avais pas 20 ans et je dois avouer qu’il fut une de mes sources d’inspiration en tant que cinéaste citoyen. Il fut d’ailleurs le premier à qui nous allions remettre le  »Prix Artiste Citoyen du Monde » pour le récompenser et rendre hommage à ce cinéaste engagé, et à l’ensemble de son oeuvre. Il faut dire que son parcours, avait pour nous jeune artistes valeur d’exemple.  Le premier engagement de René Vautier fut à quinze ans, engagé pendant la seconde guerre mondiale dans la résistance. A la fin de la guerre, il suit les cours de l’IDHEC (actuelle Femis) et adhère au parti communiste. Puis commence à tourner quelques documentaires. En 1950, la Ligue de l’Enseignement le charge de réaliser un film sur l’éducation française en Afrique subsaharienne. Ce qu’il découvre entre la Côte d’Ivoire et le Mali le révolte : travail forcé, manque de professeurs et de médecins, instrumentalisation des populations colonisées, violences des autorités coloniales, crimes commis par l’armée au nom du peuple français,… Le documentaire final ressemblera très peu à la commande de la Ligue de l’Enseignement. René Vautier n’a que 21 ans, quand il réalise ce qui est sans doute le premier film anticolonialiste français :  » Afrique 50 ». Un acte de bravoure : le film sera interdit pendant plus de 40 ans, et rapporte à René Vautier une condamnation à un an de prison dans les prisons militaires.  Lors du déclenchement du conflit algérien, René Vautier part pour l’Afrique du Nord, d’abord pour la Tunisie, avant de gagner l’Algérie, aux côtés de maquis du FLN. Il y tourne deux documentaires,  »Une nation, l’Algérie » et  »l’Algérie en flammes ». Le premier témoignage lui vaut de nouvelles inquiétudes avec les autorités. René Vautier est poursuivi pour atteinte à la sûreté intérieure de l’État pour une phrase du film :  »L’Algérie sera de toute façon indépendante ! »  Au printemps 1958, René Vautier se rend au Caire, où est basée la direction du FLN pour y montrer  »Algérie en flammes ». Il va alors être la victime collatérale des règlements de compte internes du FLN et finira encore une fois en prison. Il sera incarcéré de 1958 à 1960, d’abord détenu à Mornag dans les environs de Tunis, d’où il parvient à s’échapper en retirant un barreau d’une fenêtre, puis (une fois repris) à Den Den où il subit alors la torture pendant quatre jours. Il est enfin relâché, sans autre forme de procès. René Vautier part alors s’installer à Alger, où il sera directeur du Centre Audiovisuel d’Alger de 1962 à 1965, et secrétaire général des Cinémas populaires. Revenu en France un an plus tôt, René Vautier rejoint en 1967 le groupe Medvedkine formé autour de Chris Marker. Une belle aventure collective. En décembre 1967, le cinéaste Chris Marker tourne « A bientôt j’espère ». Il s’agit en fait des images des grèves qui depuis presque un an secouent les établissements Rhodiaceta. De cette expérience naitra l’idée des Groupes Medvedkine, du nom du cinéaste soviétique si cher à Chris Marker. Medvedkine est l’agrégation d’une poignée de réalisateurs dont René Vautier, de techniciens et d’ouvriers des usines Rhodiaceta à Besançon et Peugeot de Sochaux qui ont décidé de consacrer du temps, de la réflexion et du travail à faire des films ensemble. Cette coopérative destinée à donner une image cinématographique des luttes ouvrières inspire René Vautier qui s’établit finalement en Bretagne, où il fonde l’Unité de Production Cinématographique de Bretagne. C’est dans ce cadre qu’il produit deux longs métrages de fiction  »La Folle de Toujane » et  »Avoir vingt ans dans les Aurès ». Ce dernier film (avec Alexandre Arcady, Yves Branellec, Philippe Léotard) obtient le Prix international de la critique du festival de Cannes en 1972. Il raconte la désertion d’un soldat français en Algérie qui refuse l’exécution sommaire d’un prisonnier algérien. Un thème cher à René Vautier. En 1972, René Vautier sollicite un visa d’exploitation pour le documentaire de Jacques Panijel  »Octobre à Paris » en qualité de , en tant que distributeur du film. L’histoire – encore une fois – déplait aux autorités :  »En pleine guerre d’Algérie, Maurice Papon, alors préfet de police de la Seine, impose un couvre-feu discriminatoire à l’attention des français musulmans d’Algérie. Cette mesure entraîne une grande manifestation dans les rues parisiennes, le 17 octobre 1961, réprimée avec violence. Tourné quelques semaines après la marche pacifique qui s’acheva par 11 000 arrestations et des assassinats, le film reconstitue à chaud l’événement, donne la parole à ceux qui organisèrent le rassemblement, à ceux qui vécurent la répression sanglante ordonnée par le préfet, à ceux aussi qui échappèrent à la mort après avoir été jetés à la Seine. »  Le visa fut bien entendu refusé. Le 1er janvier 1973, René Vautier entame une grève de la faim, et exige  »la suppression de la possibilité, pour la commission de censure cinématographique, de censurer des films sans fournir de raisons ; et l’interdiction, pour cette commission, de demander coupes ou refus de visa pour des critères politiques ». Il sera soutenu par Jacques Rivette, Agnès Varda, Jean-Luc Godard, Claude Sautet, Alain Resnais, Robert Enrico et tant d’autres. Au bout d’un mois de bras de fer, Jacques Duhamel le ministre de la culture cède et décrète l’abolition de la censure politique concernant en France les œuvres cinématographiques (la loi modifiée en 1974 contraint désormais la Commission de censure à expliquer ses interdictions tout en restreignant son champ d’action aux seules questions concernant la représentation cinématographique de la violence et de la pornographie). Une victoire historique pour la liberté d’expression. Mon ami René tu es parti, mais nous savons tous que tu es désormais immortel…

FILMOGRAPHIE

– 1950 Afrique 50

– 1944 Un homme est mort

– 1954 Une nation, l’Algérie

– 1956 Anneaux d’or, avec Claudia Cardinale dans son premier rôle – Ours d’argent au festival de Berlin-Ouest

– 1958 L’Algérie en flammes

– 1963 Un peuple en marche

– 1964 Le glas

– 1969 Classe de lutte

– 1970 Les trois cousins – Award pour le meilleur film pour les Droits de l’Homme à Strasbourg

– 1971 Les Ajoncs

– 1971 Mourir pour des images

– 1972 Avoir vingt ans dans les Aurès, avec Alexandre Arcady, Yves Branellec, Philippe Léotard – Prix international de la critique du festival de Cannes.

– 1973 Transmission d’expérience ouvrière, s’adressant à d’autres collectivités ouvrières

– 1974 La Folle de Toujane

– 1974 Le Remords

– 1975 Quand tu disais Valéry, avec Nicole Le Garrec – classé meilleur film français au festival de Rotterdam.

– 1976 Le Poisson commande – oscar du meilleur film sur la mer.

– 1976 Frontline, Réalisé avec Oliver Tambo coproduit avec le Congrès national africain.

– 1977 Quand les femmes ont pris la colère, co-réalisation avec Soazig Chappedelaine.

– 1978 Marée noire, colère rouge- classé meilleur film document mondial 1978 au festival de Rotterdam

– 1980 Vacances en Giscardie

– 1985 À propos de… l’autre détail

– 1985 Chateaubriand, mémoire vivante.

– 1986 Vous avez dit : français ?

– 1988 Mission pacifique

– 1995 Hirochirac

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