Archives mensuelles : janvier 2015

Le temps des non-humains

droit non humain 1 (Magà Ettori - Blog)Après moult tergiversations, le Parlement français a enfin reconnu aux animaux la qualité symbolique d’êtres vivants doués de sensibilité, dans un projet de loi de modernisation et de simplification du droit adopté définitivement mercredi 28 janvier par l’Assemblée Nationale.  Ce texte n’avait pas survécu à la politique partisane des sénateurs. Le désaccord portant sur plusieurs dispositions, dont le statut des animaux. Les députés ayant le dernier mot sur ce texte, la cause animale a – pour une fois – eu de la chance : un article, découlant d’un amendement, aligne le code civil, qui considère les animaux comme « des biens meubles », sur les codes pénal et rural qui les reconnaissent déjà comme « des êtres vivants et sensibles ». « Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens corporels », est-il aussi écrit. La cause vient de franchir un autre pas de l’autre côté de l’Atlantique. Sandra, une femelle orang-outan vivant au zoo de Buenos Aires depuis vingt ans, est désormais considérée comme « une personne non humaine » et aura donc le droit de vivre en liberté, a décidé un tribunal argentin. La Chambre de cassation pénale de la capitale du pays a en effet décidé d’appliquer une ordonnance d’Habeas Corpus (le droit de ne pas être emprisonné sans jugement) à l’animal, considérant ainsi que, même s’il s’agit d’un non-humain, il a des sentiments et le droit à une plus grande liberté. Sandra, bientôt trentenaire, est « une personne non humaine car elle a des liens affectifs, elle réfléchit, elle ressent, elle se frustre d’être enfermée, elle prend des décisions, elle est dotée de conscience et de perception du temps, elle pleure quand elle perd un proche, elle apprend, elle communique et elle est capable de transmettre son savoir », a fait valoir l’Association de fonctionnaires et avocats pour les droits des animaux (AFADA), à l’origine de l’action en justice. Cette décision en Argentine fait écho à celle prise il y a un an par le gouvernement indien. Celui-ci avait en effet conféré aux dauphins ce statut de « personnes non humaines ». Ce qui signifiait que ces cétacés ne pouvaient plus être maintenus captifs, interdisant ainsi les delphinariums dans tout le pays. Il est convenu de souligner l’exceptionnel intelligence des dauphins mais que sais t’on de leurs capacité de coopération ? Par exemple, les dauphins sont capables de tuer les squales en leur infligeant des blessures fatales. On a même vu des nageurs menacés par des squales être secourus par l’arrivée de dauphins qui faisait fuir les requins. En 2008, l’Espagne avait de son côté été le premier pays au monde à reconnaître des « droits humains » aux grands singes (chimpanzés et bonobos). Lors de la 11e conférence de la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage, un traité international, conclu sous l’égide de l’ONU (auquel la France a adhéré en 1990), reconnaît « qu’un certain nombre d’espèces mammifères socialement complexes, telles que plusieurs espèces de cétacés, de grands singes et d’éléphants, montrent qu’elles ont une culture non humaine et en tire pour conséquence qu’outre les écosystèmes, les individus ou la diversité génétique, il faut préserver les cultures animales, en favorisant leur transmission d’une génération à l’autre, en évitant les perturbations anthropiques et en encourageant la recherche sur ces cultures. Si l’existence des cultures non humaines est connue depuis longtemps, la nouveauté est qu’elles soient reconnues officiellement par l’appellation « culture non humaine » et non par des termes atténués tels que « proto-culture » ou « pré-culture ».

droit non humain 2 (Magà Ettori - Blog)La culture des sociétés animales qui n’ont pas à leur disposition de langage syntaxique est simplement différente que la culture des sociétés humaines et peuvent transmettre à leurs congénères des savoirs et comportements qu’ils ont eux-mêmes acquis. L’un des exemples les plus flagrants de cette transmission entre animaux a été observé en Angleterre. Chaque matin, une distribution de lait était effectuée sur le palier de chaque maison. Pourtant un matin les habitants ont eu la surprise de découvrir des mésanges penchées sur leurs bouteilles buvant le lait qu’elles contenaient. Les mésanges avaient en effet réussi à percer l’opercule en aluminium des bouteilles pour y tremper leur bec. Très vite les mésanges de tout le pays se mirent à copier leurs congénères et à voler la précieuse substance enfermée dans les bouteilles, avec une préférence pour le lait entier qu’ils réussissaient à différencier à cause de la couleur de l’opercule. Les mésanges étant des oiseaux sociaux, les chercheurs n’ont pas été surpris de voir que l’information avait pu si bien circuler. A l’inverse, d’autres volatiles tels que les rouges-gorges, des animaux plus solitaires, qui ont eux aussi trouvé le moyen d’ouvrir les bouteilles, n’ont pas pu transmettre leur savoir. L’homme ferme souvent les yeux sur ce qu’il ne souhaite pas voir, mais nous avons de nombreux exemple, et depuis longtemps de cette capacité de transmission du savoir par les animaux. En 1953 au Japon, un groupe de macaques s’est mis à laver sa nourriture dans un ruisseau avant de la manger. L’initiative a été prise par une femelle du groupe qui, avant de manger sa patate douce, est allée la rincer à la vue de ses camarades. Le comportement a alors été copié par l’ensemble des individus, et cet apprentissage social a même été transmis à la génération suivante. Plus tard, en 1978, des chercheurs ont constaté que des chimpanzés se serraient la main, un geste très humain, que seul le groupe semble partager. Ce trait culturel est en effet inexistant chez des chimpanzés habitant à 50 km du premier. Il est connu qu’il existe des milliers de dialectes qui varient selon chaque groupe de baleine. Sur la côte est de l’Australie, le chant des baleines à bosse a changé depuis la migration de certains membres du groupe. Il semble que ces derniers aient emprunté le chant des baleines de la côte ouest. Au Japon, les femelles cailles sont attirées par les mâles suite à la transmission d’un savoir culturel venant d’autres femelles, ainsi des vachers à tête brune, élevés par une autre communauté que la leur prennent les mêmes habitudes que leur famille adoptive en termes de séduction et de choix du partenaire. Ces espèces semblent s’être accoutumées à leur nouveau foyer, en assimilant des traits propres à leur nouveau groupe. Washoe est le premier chimpanzé à qui on a enseigné la langue des signes. Lorsque Washoe communiquait en signant avec des débutants (humains ou chimpanzés), il ralentissait intentionnellement son discours.

droit non humain 3 (Magà Ettori - Blog)Les orques enseignent elles aussi à leurs petits. Ces animaux marins s’échouent volontairement sur les plages pour mieux attraper les phoques. Afin d’apprendre cette technique à leurs enfants, les mères peuvent pousser ces derniers vers la plage, les aider à se sortir de celle-ci s’ils n’y arrivent pas et reproduire ceci jusqu’à ce que leurs petits comprennent. Elles transmettent donc un savoir pour la survie de leurs enfants, au détriment de leur propre réussite. Il leur arrive même de relâcher certains phoques. Le puffin fuligineux est un oiseau migrateur qui parcourt 65 000 km au cours des six à sept mois que dure sa migration. A une vitesse pouvant aller jusqu’à 900 km par jour, les puffins pour disposer de réserves énergétiques suffisantes plongent en pleine mer, parfois à plus de 50 mètres de profondeur, pour se nourrir de Krill et accumuler des réserves et pouvoir par la suite voler pendant plusieurs semaines. Savoir qui se transmet de génération en génération. Dans les années 1980, des éléphanteaux ont été séparés de leurs parents et transférés dans un autre parc. Dix ans plus tard, ces mêmes éléphants mâles, devenus adolescents, ont commencé à présenter un comportement violent. Regroupés en meute, ces derniers tuaient des rhinocéros et d’autres animaux. Pourtant les éléphants sont des animaux pacifiques. En s’attardant un peu plus sur leur cas, les scientifiques ont compris que les jeunes étaient dans un état périodique caractérisé par une augmentation de l’agressivité et de sécrétion hormonale. En temps normal le groupe est censé tempérer ce comportement : les vieux éléphants aidant les plus jeunes à se contrôler. Les employés du parc ont alors voulu tenter une petite expérience : ils ont fait venir de vieux éléphants dans le groupe pour voir la réaction des plus jeunes. Progressivement, les éléphants adolescents ont cessé de se montrer violents. Et il des milliers et des milliers d’exemple, que l’homme ne comprend pas toujours. Les perroquets gris adorent parler, et avec de l’entraînement, ils prononcent plus de trois cents phrases cohérentes, en réponse à des questions. Sa faculté de compréhension est tellement extraordinaire que les scientifiques cherchent désormais à faire parler l’animal à propos de ses sentiments propres. Les pieuvres ont un don pour résoudre les casse-têtes : placées devant une boîte fermée comprenant de la nourriture, elles étudient et trouvent le système d’ouverture de la boîte, même quand ce dernier change, preuve de leur capacité d’apprentissage. Mais tout ça nous le savons, ou en tous cas nous le comprenons. La difficulté réside dans le fait que le prédateur alpha humains reconnaissent les droits et la culture des non-humains et la respecte… il va falloir du temps, mais nous en reste-t-il assez ?

Accessoires mythiques du cinéma

Masque original du film de Belphegor, moulé sur le visage de Sophie Marceau

Masque de Belphegor, moulé sur le visage de Sophie Marceau

Jacques Viallon,  présente une exposition de photos des accessoires mythiques du cinéma Français. Photographe et réalisateur, Jacques Viallon est passionné par le monde du cinéma et des arts scéniques. La recherche du modelé, créateur d’ambiances propre à produire des images de qualité, est ce qui le motive depuis de nombreuses années. Jacques Viallon est l’auteur de plus d’une centaine de reportages et de documentaires diffusés sur les grandes chaines historiques. Il a réalisé avec Olivier Chateau, le documentaire inédit « Harcourt, la griffe des Stars « . Fasciné par le travail sur la lumière du célèbre studio, il a ainsi passé un an au cœur de cette vénérable institution pour réaliser ce film. En 2012, afin d’explorer encore davantage le monde de l’image, il a réalisé un autre documentaire sur l’histoire extraordinaire du « Studio Rouchon ». Ce studio mythique qui accueille depuis plus de trente ans les plus grands photographes. Tout cela afin de perfectionner son travail de photographe pour obtenir le meilleur de ses images.

 

Jacques Viallon est également un des ardents défenseurs des studios de Bry. Il est parmi les premiers à avoir saisi l’enjeu de la sauvegarde de cette mémoire du cinéma français et a photographié des centaines d’objets mythiques qu’il exposera rue de Varenne à Paris. L’histoire des studios de Bry débute en 1987, avec la naissance de 8 plateaux de tournage allant chacun de 290 m² à plus de 1 000 m² et d’importants lieux de stockage, sur plus de 12 ha de terrain. L’ancienne propriété de la Société française de production (SFP), rachetée par le groupe Euro Media en 2001, a été revendue il y a deux ans, et son avenir paraît incertain.

statue originale de la Série "Belphegor" de 1963

statue originale de la Série « Belphegor » de 1963

Les studios de Bry accueillent pourtant toujours des tournages de films hexagonaux, mais pas seulement. Récemment, c’est la superproduction américaine « Hunger Games » qui a loué les locaux afin de pouvoir y tourner des passages de son troisième volet. Les studios sont menacés de disparaître, et Jacques Viallon comme de nombreux professionnels (14 associations) ont l’oreille du propriétaire du site, Rudy Marzouk. Les studios de Bry : un outil de travail unique et nécessaire à la bonne santé de l’industrie cinématographique, qui recèle un nombre incroyable de trésors que l’on pourra découvrir ou redécouvrir demain dans l’exposition de Jacques Viallon.

fauteuils et tentures du films Marie-Antoinette de Sophia Coppola

fauteuils et tentures du films Marie-Antoinette de Sophia Coppola

fauteuil original de Coluche pour l'émission : le jeu de la vérité

fauteuil original de Coluche pour l’émission : le jeu de la vérité

 

Les Sénateurs sont des êtres doués de sensibilité

chat faerylandDans le cadre du tournage du film  »FAERYLAND » toutes les grandes associations de la protection animale (*) seront présentes le dimanche 25 janvier 2015 à 13h sur l’esplanade du Trocadéro pour évoquer une action de sensibilisation à l’ensemble des fondamentaux de la cause animale (expérimentation, abattage, corrida, fourrure, pêche, gavage, maltraitance, …). Des intervenants évoqueront nécessairement le pas de danse du Sénat, qui a supprimé hier la qualité «d’êtres vivants doués de sensibilité» accordée par l’Assemblée Nationale aux animaux, lors de la nouvelle lecture d’un texte de simplification du droit et des procédures. Même s’il revient à l’Assemblée de se prononcer en dernier ressort sur l’ensemble du texte, on ne peut que regretter un fois encore, que la politique politicienne prenne le dessus sur l’intérêt général. Les promoteurs du texte de loi estiment qu’il faut assurer une reconnaissance symbolique de la spécificité des animaux dans le code civil en affirmant qu’ils sont des êtres doués de sensibilité, mais pour la majorité du Sénat dont le sénateur de Mayotte  »la loi n’a pas à dire ce qui est vrai ou faux, elle doit dire ce qui est juste ou injuste, autorisé ou interdit ». Soyons sérieux, si nous devions faire la liste des lois qui disent ce qui est vrai ou faux, il nous faudrait quelques paragraphes supplémentaires. Un autre député, Jean-Jacques Hyest, a estimé que  »Tout cela est bien sympathique. L’animal est considéré comme un bien par le code civil «parce qu’on peut le louer ou l’acheter. D’autres textes dans d’autres codes ont déjà établi que l’animal est un être sensible. Réfléchir au droit de l’animal aurait nécessité un autre débat ». Alors allez-y ! Organisez d’autres débats messieurs les Sénateurs, sinon c’est la Société Civile qui le fera… et la démarche est déjà initiée. Nous vous donnons rendez-vous le dimanche 25 janvier 2015 à 13h sur l’esplanade du Trocadéro. Des militants vont arriver de toute la France, du Sud au Nord, d’Est en Ouest, et même de Belgique pour engager les débats avec vous et évoquer la sensibilité du monde animal.

FAERYLAND (Manifestation de sensibilisation – tournage)

dimanche 25 janvier 2015 à 13h – Esplanade du Trocadéro – 75016 Paris

(*) avec le soutien de 269 Life France – L214 – Comité Radicalement Anti Corrida (CRAC Europe) – Oikeutta Eläimille – Refuge de l’Arche – Nos loulous croisés – Soko Tierschutz – Une loi pour les animaux de Chine – International Campaigns – Société anti fourrure – Animaux en Péril (Belgique) – GLAMA – Association Laissons Leur Peau Aux Animaux (LLPAA) – Sauvons les animaux – Dignité Animal – Galgos Ethique Europe – Institut Citoyen du Cinéma et de l’Audiovisuel – Animalter – Forces Unies pour les Droits des Animaux (FUDA) – Collectif Contre L’Expérimentation et l’Exploitation l’Animale – Collectif du 21 septembre – (CCE²A) – Rev’Animal – AVES FRANCE – Instinct – Les Désobéissants – Fédération Petite Thérèse – Combactive – La Gazette Anìmal – Anti Fur Society

Pour votre santé, évitez de manger trop gras, et trop de jambon d’Aoste

évolution (Magà ettori) BlogDepuis le 28 février 2007, la loi française impose aux marques de produits alimentaires d’introduire les messages sanitaires dans leurs publicités et autres outils de communication (Pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé…). Les marques peuvent ne pas écrire ces messages sanitaires sous réserve de s’acquitter d’une taxe. Il s’agit donc d’une question d’argent… Le principal charcutier de France (Aoste, Justin Bridou, Cochonou, Jean Caby, Calixte, Weight Watchers) fait donc des économies sur le dos du contribuable. En effet, des recherches scientifiques démontrent qu’une consommation importante de charcuterie (jambon, bacon, salami, saucisson,…) et de viande rouge (bœuf, porc, mouton,…) augmente le risque de cancer du côlon et présente des risques importants de mort prématurée, selon une étude européenne parue récemment. L’étude réalisée auprès de 448.568 personnes dans 10 pays européens sur une période totale de près de 13 ans, a permis d’observer un risque accru de décès par cancer ou maladies cardiovasculaires parmi les amateurs de charcuterie. Selon l’étude publiée par la revue BMC Medicine et réalisée par des chercheurs de plusieurs pays, le risque de décès (toutes causes confondues) serait augmenté de 44% pour les personnes consommant plus de 160 g de charcuterie par jour, par rapport à celles en consommant moins de 20g par jour. Pour les seules maladies cardiovasculaires, le sur-risque serait de 72%. Les chercheurs ont tenu compte dans leurs résultats du fait que les personnes consommant beaucoup de charcuterie avaient également tendance à fumer et à boire, deux autres facteurs de risque dans le développement des maladies cardiovasculaires et de certains cancers. Les amateurs de charcuterie étudiés mangeaient également moins de fruits et de légumes qui passent pour avoir un rôle protecteur. Les chercheurs estiment que 3,3% des 26.000 décès survenus au cours de la période étudiée auraient pu être évités en réduisant la consommation de viande industrielle à moins de 20 g par jour. Les saucisses, jambons, hamburgers et autres viandes industrielles sont en général plus gras et plus salés que la viande rouge, expliquent les chercheurs. L’étude a porté sur des hommes et des femmes enrôlés dans la grande étude européenne EPIC (étude européenne prospective sur le cancer). Ils avaient entre 35 et 69 ans au moment du début de l’enquête. Dés lors, une question se pose : Pourquoi l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé, organisme sous la tutelle du ministère de la Santé, largement doté (budget de 114,72 millions d’euros) qui est en charge de la lutte contre le cancer cautionne les publicités des jambons d’Aoste comme on peut le constater dans sa dernière campagne. Cette dernière devrait être plus explicite à mon sens :  »Pour votre santé, évitez de manger trop gras, et trop de jambon d’Aoste ».

La vidéo sur Vegactu

René Vautier est mort

René Vautier - Prix Artiste Citoyen du Monde 1990 - Institut Citoyen du CinémaAussi improbable que cela puisse paraître notre ami René n’était pas immortel. Il est parti la casquette et les cheveux en bataille, il s’est retourné pour un dernier sourire plein de malice, puis il a tirer sa révérence sans laisser d’adresse ; on ne sait jamais, puisque le paradis lui était promis qu’un censeur ne l’attende pas là-bas. J’ai eu l’opportunité de rencontrer ce grand monsieur alors que je n’avais pas 20 ans et je dois avouer qu’il fut une de mes sources d’inspiration en tant que cinéaste citoyen. Il fut d’ailleurs le premier à qui nous allions remettre le  »Prix Artiste Citoyen du Monde » pour le récompenser et rendre hommage à ce cinéaste engagé, et à l’ensemble de son oeuvre. Il faut dire que son parcours, avait pour nous jeune artistes valeur d’exemple.  Le premier engagement de René Vautier fut à quinze ans, engagé pendant la seconde guerre mondiale dans la résistance. A la fin de la guerre, il suit les cours de l’IDHEC (actuelle Femis) et adhère au parti communiste. Puis commence à tourner quelques documentaires. En 1950, la Ligue de l’Enseignement le charge de réaliser un film sur l’éducation française en Afrique subsaharienne. Ce qu’il découvre entre la Côte d’Ivoire et le Mali le révolte : travail forcé, manque de professeurs et de médecins, instrumentalisation des populations colonisées, violences des autorités coloniales, crimes commis par l’armée au nom du peuple français,… Le documentaire final ressemblera très peu à la commande de la Ligue de l’Enseignement. René Vautier n’a que 21 ans, quand il réalise ce qui est sans doute le premier film anticolonialiste français :  » Afrique 50 ». Un acte de bravoure : le film sera interdit pendant plus de 40 ans, et rapporte à René Vautier une condamnation à un an de prison dans les prisons militaires.  Lors du déclenchement du conflit algérien, René Vautier part pour l’Afrique du Nord, d’abord pour la Tunisie, avant de gagner l’Algérie, aux côtés de maquis du FLN. Il y tourne deux documentaires,  »Une nation, l’Algérie » et  »l’Algérie en flammes ». Le premier témoignage lui vaut de nouvelles inquiétudes avec les autorités. René Vautier est poursuivi pour atteinte à la sûreté intérieure de l’État pour une phrase du film :  »L’Algérie sera de toute façon indépendante ! »  Au printemps 1958, René Vautier se rend au Caire, où est basée la direction du FLN pour y montrer  »Algérie en flammes ». Il va alors être la victime collatérale des règlements de compte internes du FLN et finira encore une fois en prison. Il sera incarcéré de 1958 à 1960, d’abord détenu à Mornag dans les environs de Tunis, d’où il parvient à s’échapper en retirant un barreau d’une fenêtre, puis (une fois repris) à Den Den où il subit alors la torture pendant quatre jours. Il est enfin relâché, sans autre forme de procès. René Vautier part alors s’installer à Alger, où il sera directeur du Centre Audiovisuel d’Alger de 1962 à 1965, et secrétaire général des Cinémas populaires. Revenu en France un an plus tôt, René Vautier rejoint en 1967 le groupe Medvedkine formé autour de Chris Marker. Une belle aventure collective. En décembre 1967, le cinéaste Chris Marker tourne « A bientôt j’espère ». Il s’agit en fait des images des grèves qui depuis presque un an secouent les établissements Rhodiaceta. De cette expérience naitra l’idée des Groupes Medvedkine, du nom du cinéaste soviétique si cher à Chris Marker. Medvedkine est l’agrégation d’une poignée de réalisateurs dont René Vautier, de techniciens et d’ouvriers des usines Rhodiaceta à Besançon et Peugeot de Sochaux qui ont décidé de consacrer du temps, de la réflexion et du travail à faire des films ensemble. Cette coopérative destinée à donner une image cinématographique des luttes ouvrières inspire René Vautier qui s’établit finalement en Bretagne, où il fonde l’Unité de Production Cinématographique de Bretagne. C’est dans ce cadre qu’il produit deux longs métrages de fiction  »La Folle de Toujane » et  »Avoir vingt ans dans les Aurès ». Ce dernier film (avec Alexandre Arcady, Yves Branellec, Philippe Léotard) obtient le Prix international de la critique du festival de Cannes en 1972. Il raconte la désertion d’un soldat français en Algérie qui refuse l’exécution sommaire d’un prisonnier algérien. Un thème cher à René Vautier. En 1972, René Vautier sollicite un visa d’exploitation pour le documentaire de Jacques Panijel  »Octobre à Paris » en qualité de , en tant que distributeur du film. L’histoire – encore une fois – déplait aux autorités :  »En pleine guerre d’Algérie, Maurice Papon, alors préfet de police de la Seine, impose un couvre-feu discriminatoire à l’attention des français musulmans d’Algérie. Cette mesure entraîne une grande manifestation dans les rues parisiennes, le 17 octobre 1961, réprimée avec violence. Tourné quelques semaines après la marche pacifique qui s’acheva par 11 000 arrestations et des assassinats, le film reconstitue à chaud l’événement, donne la parole à ceux qui organisèrent le rassemblement, à ceux qui vécurent la répression sanglante ordonnée par le préfet, à ceux aussi qui échappèrent à la mort après avoir été jetés à la Seine. »  Le visa fut bien entendu refusé. Le 1er janvier 1973, René Vautier entame une grève de la faim, et exige  »la suppression de la possibilité, pour la commission de censure cinématographique, de censurer des films sans fournir de raisons ; et l’interdiction, pour cette commission, de demander coupes ou refus de visa pour des critères politiques ». Il sera soutenu par Jacques Rivette, Agnès Varda, Jean-Luc Godard, Claude Sautet, Alain Resnais, Robert Enrico et tant d’autres. Au bout d’un mois de bras de fer, Jacques Duhamel le ministre de la culture cède et décrète l’abolition de la censure politique concernant en France les œuvres cinématographiques (la loi modifiée en 1974 contraint désormais la Commission de censure à expliquer ses interdictions tout en restreignant son champ d’action aux seules questions concernant la représentation cinématographique de la violence et de la pornographie). Une victoire historique pour la liberté d’expression. Mon ami René tu es parti, mais nous savons tous que tu es désormais immortel…

FILMOGRAPHIE

– 1950 Afrique 50

– 1944 Un homme est mort

– 1954 Une nation, l’Algérie

– 1956 Anneaux d’or, avec Claudia Cardinale dans son premier rôle – Ours d’argent au festival de Berlin-Ouest

– 1958 L’Algérie en flammes

– 1963 Un peuple en marche

– 1964 Le glas

– 1969 Classe de lutte

– 1970 Les trois cousins – Award pour le meilleur film pour les Droits de l’Homme à Strasbourg

– 1971 Les Ajoncs

– 1971 Mourir pour des images

– 1972 Avoir vingt ans dans les Aurès, avec Alexandre Arcady, Yves Branellec, Philippe Léotard – Prix international de la critique du festival de Cannes.

– 1973 Transmission d’expérience ouvrière, s’adressant à d’autres collectivités ouvrières

– 1974 La Folle de Toujane

– 1974 Le Remords

– 1975 Quand tu disais Valéry, avec Nicole Le Garrec – classé meilleur film français au festival de Rotterdam.

– 1976 Le Poisson commande – oscar du meilleur film sur la mer.

– 1976 Frontline, Réalisé avec Oliver Tambo coproduit avec le Congrès national africain.

– 1977 Quand les femmes ont pris la colère, co-réalisation avec Soazig Chappedelaine.

– 1978 Marée noire, colère rouge- classé meilleur film document mondial 1978 au festival de Rotterdam

– 1980 Vacances en Giscardie

– 1985 À propos de… l’autre détail

– 1985 Chateaubriand, mémoire vivante.

– 1986 Vous avez dit : français ?

– 1988 Mission pacifique

– 1995 Hirochirac

l’Arche, le refuge du coeur

Ariakina, Patricia, Marc, Mylène, Magà, Aude, Christian, Sarah au centre de soin du Refuge de l'Arche (crédit photo Laurent Christophe)

Ariakina, Patricia, Marc, Mylène, Magà, Aude, Christian, Sarah au centre de soin du Refuge de l’Arche (crédit photo Laurent Christophe)

Ma profonde conviction est que l’on ne peux aimer l’Humain sans véritable dévotion pour le monde animal,… et le contraire est aussi vérifiable. Les moteurs de l’amour  – aussi bien pour nos  »congénères » que pour les Animaux – sont l’empathie et la compassion (à prendre au sens non-religieux du terme). Dans le cadre du tournage de  »Faeryland » nous avons eu le privilège de rencontrer la famille Huchedé (Yann, Aude, Christian) au  »Refuge de l’Arche » en Mayenne. Un lieu hors du commun. Une histoire de famille, une histoire d’amour et de passion.

Le Refuge de l’Arche a été créé le 5 mars 1974 par Christian Huchedé (également la date anniversaire de Christian). Le patriarche au grand coeur était membre de la section locale de la fédération nationale des « Club Chouette » quand arrive Tsavo en 1974, l’ours à collier. A ce moment-là, Christian Huchedé avait déjà réalisé un parcours important, car tout a commencé en 1968, lorsque un groupe de jeunes a apporté un cormoran blessé par des chasseurs (une espèce protégée) à Christian favorablement connu pour son amour des animaux. De nichoirs en cages, le site s’est agrandi pour occuper 15 hectares au bout de 40 ans. Ici, on respecte les animaux : point de dressage, de spectacles ou de numéros de cirque, mais une très grande variété d’espèces animales qui vit en toute quiétude après avoir été abimé (généralement par l’Homme). Le Refuge de l’Arche accueille les animaux de la faune locale trouvés blessés ou malades, et qui après avoir été soignés, sont relâchés dans leur milieu naturel (et parfois en Afrique comme ce fut le cas du lion Brutus). Seuls les animaux trop dépendants ou imprégnés par l’homme sont gardés. L’Arche accueille également les animaux domestiques ou exotiques devenus trop encombrants pour leurs propriétaires. Un enjeu important précise Aude Huchédé qui nous accompagne sur le tournage :  »avec les nouveaux Animaux de compagnie on a tendance à voir tout et n’importe quoi, certains sont saisis par les autorités (police, douane, Office National de la Chasse, Services vétérinaires, gendarmerie) et on y retrouve des lions, tigres, loups, ours, singes, reptiles, oiseaux exotiques ». Soignés et sauvés par les membres du le CEPAN (Club d’Etude et de Protection des Animaux et de la Nature) dont Mylène Demongeot est la présidente du Comité d’Honneur, les animaux sont installés sur de grands espaces (parcs, volières, abris couverts) et respectés.

Mylène de Mongeot, le monument du cinéma français, à oublié jusqu’à notre présence, elle semble en communion avec sa filleul (Martha).  J’observe Mylène et Ariakina (qui interprète le rôle de l’elfe Yavana) en train de nourrir Martha au pain d’épices (25% de miel minimum), et je me rends compte qu’ici les animaux ont tous un nom, et ça ce n’est pas rien : le Refuge de l’Arche accueille près de 1400 animaux, représentant 150 espèces différentes et tous sans exception ont une histoire à raconter. Martha, par exemple, qui se délecte de pain d’épices et se presse à l’appel de sa marraine Mylène (le parrain étant Pierre Richard), est une ourse magnifique née en 1986 au zoo de Vincennes. Un an plus tard elle est transférée avec son frère Barth’ au zoo du bois de Saint Pierre près de Poitiers. En juin 2012, elle déménage au Refuge de l’Arche grâce à l’aide de la Fondation Brigitte Bardot. Avec ses grands espaces sans grillages, son futur parc lui permettra de trouver des conditions de vie plus confortables. A terme, il s’agira de la laisser en compagnie du couple d’ours déjà présent au Refuge en présence de Mylène Demongeot qui accompagne Christian Huchedé lors du transfert de l’ourse entre Poitiers et Château-Gontier. Après une nuit de repos, Martha découvre le lendemain de son arrivée son parc herbé et ses nouvelles congénères, deux louves d’Europe. Il ne lui reste plus qu’à couler des jours heureux en attendant son pain d’épices.

Aude me parle longuement d’un autre de  »nos acteurs » de Faeryland : Baringo. Il était 21h ce jeudi 19 août 2004, lorsqu’un habitant de Commer, rentrant chez lui, remarque une petite bête, sur le bas côté de la chaussée. « Je croyais que c’était un chien, ou un renard. J’ai fait demi-tour et là, j’ai vu qu’il s’agissait en fait d’un lionceau ! » témoigne-t-il : « Je l’ai emmené à la maison, où je l’ai installé dans une petite boîte avec un peu de paille et du lait ». Puis il contacte les gendarmes de Mayenne « qui ont tout d’abord cru à un canular », avant de faire appel au maire de la commune puis de joindre un vétérinaire, le lendemain matin. La mairie délègue un employé municipal qui prend contact avec le Refuge de l’Arche. Pris en charge par le Refuge, il retrouve vite la tranquillité et le calme, directement au domicile de Christian Huchedé. Là, il fait connaissance de Didine et sa fille Caramelle, les deux chiennes de la maison. Elles le découvrent d’abord avec une certaine curiosité pour très vite l’accepter dans leur panier, espace privilégié qu’ils partageront pendant plusieurs semaines. L’animal âgé de 3 semaines, serait tombé d’un camion du Cirque de Paris, en déplacement à Mayenne le week-end précédent. Celui-ci est judiciairement poursuivi pour animal en divagation. D’après Christian, le lionceau était affaibli et se nourrissait avec beaucoup de difficulté. Il vécu jusqu’à son sevrage chez Danielle et Christian, toujours entouré des deux chiennes qui lui apportent l’affection dont il a besoin. Puis un parc est aménagé dans le jardin de la famille, le temps d’une croissance tranquille. Et des histoires de ce type, vous en découvrirez beaucoup au  »Refuge de l’Arche » tant les animaux ont à dire … mais les soigneurs, les vétérinaires et la famille Huchedé également. Le Refuge de l’Arche a reçu en 1993   »le Prix du CNPA » (Conseil national de la protection animale),  et le « bravo de l’accueil » par le ministère du Tourisme, mais dans ce dernier cas je pense que nous sommes en dessous de la vérité ; le Ministère aurait pu décerner au Refuge de l’Arche « l’excellence de l’accueil, et du coeur ».

Refuge de l’Arche – Route de Ménil Saint-Fort – 53200 Château-Gontier – Tél : 02 43 07 24 38 Fax : 02 43 70 18 32 – info@refuge-arche.org – http://www.refuge-arche.org/