L’homme qui murmurait à l’oreille des lasagnes

findus

Noêl approche avec son corolaire de musiques douces, de petits cadeaux et de nourriture riche, comme le foie gras. Humm un bon foie gras,… quel délice. Il suffit d’oublier le scandale du gavage et tout va bien. Quelle importance que des canards malades soient gavés malgré tout, soignés avec des antibiotiques et du sulfate de cuivre ? Cinq anciens gaveurs du groupe agroalimentaire béarnais Euralis ont tout de même portés plainte contre X pour tromperie auprès du parquet de Pau. Une plainte restée lettre morte depuis, malgré les  »pratiques abjectes » dont ils ont été témoins. Mais ce n’est rien – diraient certains – comparé a l’affaire des 40.000 tonnes d’huile de tournesol ukrainienne coupée au lubrifiant pour moteur qui ont été distribuées en Europe. D’ après le Canard enchaîné, des produits alimentaires fabriqués à partir de cette huile n’auraient pas été retirées du marché, officiellement «en l’absence de toxicité aiguë».  L’histoire commence le 21 avril quand le groupe Saipol, maison mère des mayonnaises Lesieur, informe la Répression des fraudes que des escrocs leur ont livrés une cargaison de 40.000 tonnes d’huile de tournesol ukrainienne coupées avec 280 tonnes d’huile de moteur.  Blocage des ventes levé  Dès le 26 avril, des produits sont enlevés des rayons, l’enseigne Carrefour admet par exemple en avoir retiré pas moins de 200. Mais la Répression des fraudes a publié le 7 mai une note : «Le blocage des produits ayant moins de 10% d’huile de tournesol contaminées est levé depuis le 2 mai, ceux contenants plus de 10% sont soumis au blocage et retrait». Magnifique ! Donc les empoisonneurs, pardons les industriels et les distributeurs peuvent continuer à vendre les produits contaminés, tant qu’ils contiennent moins de 10% d’huile contaminée. Motif invoqué par la Répression des fraudes: «l’absence de toxicité aiguë». La Commission européenne, qui est à l’origine de la décision, explique que l’huile de moteur incriminée n’est pas si dangereuse que ça : un homme de 60 kg peut en ingurgiter jusqu’à 1,2 gramme par jour sans risque. Ah ils sont fort ces lobby tout de même. En même temps l’industrie agro-alimentaire n’en est pas un scandale près. Tiens petits flashback sur nos années malbouffe :

– 1986-1996 : la crise de la « vache folle », le secrétariat d’État britannique de l’Agriculture signale l’apparition d’une maladie nouvelle affectant des bovins britanniques. Plus d’un an plus tard, l’ESB est identifiée et en 1987, on découvre que la maladie provient de l’incorporation de farines animales dans l’alimentation des ruminants. L’ESB peut se transmettre par voie digestive à l’homme sous la forme de Creutzfeldt-Jakob. De quoi ruminer notre rancœur !

– 1999 : le scandale du poulet à la dioxine, la crise débute en Belgique et s’étend à la France. De la dioxine, une molécule toxique qui peut être à l’origine de cancers et de troubles hormonaux, est découverte dans des farines pour la volaille et le bétail. Que du bonheur !

– 2001 : épizotie de fièvre aphteuse, un épisode épidémique de fièvre aphteuse touche le Royaume-Uni. La souche serait issue de déchets de repas non consommés à bord d’un avion provenant d’Afrique du Sud, et distribués à un élevage de porcs, qui contamine un élevage ovin. Environ 1 million d’animaux devront être abattus… un détail ?

– 2002 et 2003 : viande interdite chez Buffalo Grill, plusieurs salariés de la chaîne de restaurants Buffalo Grill affirment avoir vu de la viande britannique – sous embargo à l’époque – dans une usine de découpe de l’entreprise. En 2003, Buffalo Grill se retrouve au cœur d’un nouveau scandale, avec la découverte de 60 kilos de viande avariée dans les cuisines d’un de ses restaurants, situé près d’Opéra à Paris. Dans les plaines du Far west quand vient la nuit …

– 2003-2006 : épidémie de grippe aviaire, cette grippe du poulet est apparue en 2003 en Asie, puis s’est répandue au Moyen-Orient, en Europe et en Afrique. Elle a fait 240 morts. Au plus fort de la crise, entre 2005 et 2006, quatorze pays de l’Union européenne sont touchés. Encore une fois, des millions de bêtes ont été abattues. Bah, les animaux ne portent pas plainte.
– 2006 : alerte sur les produits importés, essentiellement la la listeria avec la panga du Vietnam, alerte à l’E.coli avec les palourdes de Turquie, alertes diverses sur les produits alimentaires provenant de Chine… Ah mince c’est ballot !

– 2008 : du lait chinois à la mélamine, 53.000 enfants sont  contaminés (une centaine sont dans un état grave et 4 bébés décèdent), après avoir bu du lait « supplémenté » en mélamine pour accroître de façon artificielle sa teneur en protéines. Deux des compagnies laitières incriminées exportaient leurs produits en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient… En Belgique, du lait mélaminé est détecté dans des friandises vendues dans des magasins asiatiques. Ah le pays de Candy !

– 2011 : de l’E.coli dans les concombres, après des soupçons portés sur le concombre espagnol, puis les tomates et la salade verte, le verdict tombe : des graines germées issues d’une ferme biologique du Nord-ouest de l’Allemagne sont responsables de l’épidémie de E.coli à l’origine de 40 décès et 4.000 hospitalisations en Europe. Il faut en prendre de la graine !

– 2012 : des steaks hachés contaminés par la bactérie E.coli font une quarantaine de morts en Europe. En France, une dizaine d’enfants sont hospitalisés. Les steaks surgelés commercialisés sous les marques Steaks Country, Maison Spanghero et Bien Vu sont immédiatement retirés de la vente. Rien ne sert de courir…

– 2013 : du cheval dans les lasagnes, la découverte au Royaume-Uni de viande de cheval dans des hamburgers puis des lasagnes Findus censés contenir du boeuf provoque un scandale qui prend une dimension européenne. A l’image de leurs homologues britanniques, les distributeurs français  retirent de leurs rayons lasagnes, cannelloni ou spaghetti bolognaise, moussaka, ou encore hachis Parmentier à base de boeuf. L’enquête menée par la Répression des fraudes met en lumière un circuit complexe de commercialisation de cette viande et révèle des failles dans le système de contrôle alimentaire. On est à cheval sur des détails là.

Non mais sérieux ! Il ne se reposent jamais ? C’est impressionnant tout de même mis bout à bout… Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter de bonnes fêtes et un excellent appétit !

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s