Archives mensuelles : juillet 2014

Langue corse et France Télévision, le mariage de raison

langue corse - via stella (Magà Ettori - blog) Grace au financement de la Collectivité Territoriale de Corse (667.000 €/an + aide à la production) on peut dire que la langue corse se porte bien sur les chaînes nationales éditées par le groupe France Télévisions. Mieux que les autres régions en tous cas. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) publie son « Rapport 2013 sur les chaînes nationales éditées par le groupe France Télévisions ». Outre de nombreuses informations sur l’offre de programmes, la protection des publics, les enjeux de société et le financement de la création, ce document comporte également un chapitre sur la contribution des chaînes du groupe France Télévisions à « l’expression des langues régionales ». Cette obligation, qui incombe à France 3 en sa qualité de chaîne des régions, présente de très fortes disparités selon les langues concernées. Ainsi, le rapport du CSA relève qu' »en 2013, France 3 a contribué à l’expression des principales langues régionales parlées sur le territoire métropolitain en diffusant un volume total de 378 heures et 32 minutes d’émissions sur les huit antennes régionales concernées (Alsace, Aquitaine, Bretagne, Corse, Côte d’Azur, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Provence-Alpes). Mais s’ajoute à ce premier chiffre… 582 heures et 23 minutes en langue corse sur France 3 Corse Via Stella. Le total se trouve ainsi porté à 960 heures et 56 minutes, d’où une augmentation globale de 8,6% par rapport à 2012. Si l’on ajoute aux 582 heures et 23 minutes de Via Stella les 62 heures et 28 minutes de France 3 Corse, on obtient un total de 644 heures et 51 minutes en langue corse, ce qui représente 67% du total des émissions en langues régionales… auquel il convient de rajouter 539 heures et 35 minutes de programmes bilingues français-corse (+15% par rapport à 2012). Même si le CSA réfute une  »concurrence » entre régions, les autres langues se trouvent réduites à la portion congrue avec, en outre, des écarts importants selon les chaînes régionales : 112 heures et 29 minutes d’émissions en alsacien en 2013 (-2,4% par rapport à 2012), 69 heures et 8 minutes en langue bretonne (+1,4%), 58 heures et 45 minutes en langue provençale (-4,5%), 48 heures et 13 minutes en langue occitane (+9,4%), 19 heures et 6 minutes en langue catalane (+10,8%) et 8 heures et 20 minutes en langue basque (+245%), les basques captant il est vrai des chaînes basques espagnoles. Cette situation très spécifique de la langue corse tient au modèle particulier de Via Stella. Il s’agit en effet d’une chaîne de plein exercice, dont l’origine remonte au début des années 2000. Avec le développement de la TNT (télévision numérique terrestre), il était alors prévu de créer neuf chaînes régionales de ce type. Mais seule Via Stella a finalement vu le jour et a commencé à émettre en 2006. Avec une santé éclatante de la langue corse, on se demande vraiment pourquoi le Conseil Economique Social et Culturel de Corse refuse de remplir ses obligations légales (depuis 2005), à savoir publier un rapport de la présence de la langue corse dans les médias publiques ? Mystère…

Le bal de village

BAL DE VILLAGE (Magà Ettori) L’attachement à ses racines est un parcours initiatique, que l’on partage avec d’autres voyageurs. Je pourrais vous expliquer ma terre pendant des heures, vous la décrire par le menu détail, vous mimer chaque geste, reproduire chaque son, vous raconter des anecdotes et des histoires merveilleuses, tragiques, magiques, surprenantes, pittoresques, épiques, que vous n’en comprendriez pas vraiment le sens. Comme je ne saisirai pas les subtilités d’autres régions, ni d’autres cultures avant de les avoir vécu par moi même, avant de les avoir partagé avec cet enfant qui est l’héritier de cet endroit. Le village ne serait pas le village sans le fameux bal. Loin de la musique tonitruante des discothèques, le bal de village ne partage avec  »les boîtes » que cette passion pour la danse et disons le pour les boissons alcoolisées. Le bal de village c’est un mélange de kitch, de désuet, d’NRJ animation, et d’incroyablement humaniste. Ici le temps et l’espace se partagent sur les platines entre toutes les générations, la musique de guinguette fait bon ménage avec les slows (si, si), eux-même suivis par des rocks endiablés, puis par une bonne paghjella. Rien de subtile dans la programmation des bals de village, mais du partage et de l’amour ; l’important est de faire plaisir à tout le monde. A Moca-Croce, le centre du monde, la tradition du bal de village vient d’être réanimé de sa longue léthargie par mon neveu Laurent et ses amis. Cette histoire ne pouvait se passer que dans le Taravu (where else ?). Imaginez des jeunes adultes, qui prennent sur leur temps, sur leurs vacances et leur travail pour organiser une fête trans-générationnelle. Moi je dis juste bravo, et je vous donne rendez-vous à Moca-Croce le 3 août pour un renouveau, le bal de village. Avant de danser, vous pourrez faire avant un tour au col de Saint-Eustache, non loin de là et partager un instant avec un personnage très particulier, un conteur de première main, une sentinelle du maquis, un seigneur des montagnes, mon père.

 

l’Institut Régional du Cinéma et de l’Audiovisuel rend hommage à Andrée Davanture Taleghani-Vincensini

ANDREE DAVANTURE (Magà Ettori - blog)C’est avec affliction et une tristesse certaine que nous avons appris le décès de Mme Andrée Davanture Taleghani née Vincesini, éminente chef-monteuse et militante sincère du cinéma africain. Andrée Davanture avait travaillé sur de nombreux projets d’artistes corses dont le film musical de Magà Ettori  »Maquisardes » (montage avec Claire Davanture) interprété par Yves Duteil sur une musique de Patrice Bernardini. Andrée Davanture a soutenu activement les activités de l’Institut Régional du Cinéma et de l’Audiovisuel et à collaboré à l’organisation du colloque  »La Corse dans les médias et le cinéma » organisé en 2007 au Sénat par l’IRCA. D’origine corse, née à Poggio-di-Nazza en 1933, Andrée Davanture Taleghani‏ s’est formée au cinéma par le biais d’un stage en laboratoire. De 1953 à 1960, celle qu’on surnomme Dédée a travaillé comme assistante sur des longs-métrages de fiction et des documentaires, avant de s’orienter vers le montage. Elle est devenue rapidement chef monteuse pour des émissions de télévision comme  »L’Europe oubliée »,  »Cinq colonnes à la une »,  »Les femmes aussi ». Par la suite, Andrée monte de nombreux films français dont  »Un homme qui dort » en 1974 de Bernard Queysanne,  »Bako l’autre rive » en 1977 de Jacques Champreux,  »Embrasse-moi » en 1989 de Michèle Rosier, mais aussi des films étrangers. De 1974 à 1978, Andrée a travaillé pour la section technique du Ministère de la Coopération, et monte son premier film africain,  »Sous le signe de Vaudoun » en 1974 de Pascal Abikanio. Elle travaille ensuite sur  »Muna Moto » en 1975 de Jean-Pierre Dikongue Pipa, sur  »L’Exilé » en 1980 de Oumarou Ganda, … Lorsque la section ferme en 1980, Andrée Davanture fonde l’association  »Atria » (producteur exécutif et distributeur), pour établir un relais entre l’action engagée auprès des cinéastes africains et des professionnels français. Le siège d’Atria était le lieu de rencontres du cinéma africain à Paris. C’est là qu’André Davanture a réalisé le montage de tous les films de Souleymane Cissé, et de nombreux cinéastes africains comme Gaston Kaboré, Safi Faye, Adama Drabo, Khaled Ghorbal, Hassan Kouyaté, Fanta Regina Nacro, Tariq Teguia, Rithy Panh, … Quand en 2000 Atria cessa ses activités, Andrée Davanture poursuivi son activité et travailla avec de nombreux cinéastes dont Richard Bean, Teresa Villaverde, Philippe Van Leeuw, Mehran Tamadon, Mohamed Zran, Tariq Teguia, et bien d’autres encore. Décédée à Paris le 1er juillet 2014, à l’âge de 81 ans, Andrée Davanture aura gardé jusqu’à son  »dernier montage » son amour pour le septième art et sa passion pour les porteurs de projets, sa vivacité et son humour. Elle fut une véritable passerelle entre l’Afrique et la Corse, une véritable citoyenne du monde. A l’occasion de cette douloureuse nouvelle, l’ensemble de l’équipe de l’Institut Régional du Cinéma et de l’Audiovisuel présente ses sincères condoléances à nos amies Noëlle Vincesini (sa soeur), Mireille Chabrol (sa nièce), ainsi qu’à l’ensemble de la famille et aux proches du défunt.