L’Epiphanie du 7e art

MARKETING & CINEMA (Magà Ettori - blog)Nous savons tous, que le cinéma est l’enfant hybride, prodigue et parfois rentable de l’art et de l’industrie. Donc trouver des films dans des hypermarchés ne devrait surprendre personne en 2014. Et bien moi si voyez vous, je suis surpris. Surpris par la stratégie qui consiste à offrir un film (à moitié prix) si on achète une galette des rois alors qu’il me semblerait plus à propos d’offrir une galette des rois pour l’achat d’un film. Ce sont deux consommables vous me direz, et certains films sont sans doute moins digestes que des galettes des rois. Pour éclairer la lanterne des naïfs que nous sommes je vous propose de lire ci-dessous l’enquête de BFM Business qui concerne la rentabilité du cinéma français. Je ne suis pas certain qu’il y ai un lien avec l’Epiphanie… quoi que !

 

Exclu BFM Business : seulement un film français sur dix rentable en 2013 Selon notre étude, les recettes seront bien inférieures au budget pour l’immense majorité des films français sortis en salles en 2013. « La vie d’Adèle » décroche la palme du film le plus rentable de l’année.

Ce mercredi 8 janvier, le Centre national du cinéma (CNC) organise des « assises de la diversité du cinéma ». A cette occasion, l’établissement public publiera une étude sur la rentabilité des films français.  Une étude très attendue: en effet, très peu de travaux existent sur le sujet. Il n’y en a eu que deux récemment: en 2004, une étude menée par le cabinet Bipe pour le CNC, puis en 2008, une autre des chercheurs Olivier Bomsel et Cécile Chamaret.  Il faut dire que le sujet ne plaît pas « aux professionnels de la profession ». Car ces études montrent qu’une infime poignée de films est rentable: 12% à 17% selon la première, 12% selon la seconde.  L’étude menée par BFM Business pour la seconde année donne un résultat similaire: seuls 10% des films français sortis en salles en 2013 seraient rentables -essentiellement des comédies.  A l’inverse, sur les 20 plus gros budgets de l’année (L’Ecume des jours, Jappeloup, Boule et Bill, En solitaire, Mobius…), aucun n’atteint le seuil de rentabilité.  Pire, parmi eux, des films comme Turf, Au bonheur des ogres, ou Gibraltar ont été de véritables échecs: ils ont rapporté moins de 10% des sommes investies. Revue de détail (le classement est disponible ici en téléchargement).

Le film le plus rentable de l’année est La vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche. Le film (produit par Abdellatif Kechiche, Wild Bunch et France 2) n’a coûté que 4 millions d’euros, mais attiré près d’un million de spectateurs, soit une rentabilité estimée de 219%. L’adaptation de la bande dessinée Le bleu est une couleur chaude a été portée par une critique unanime, et surtout sa Palme d’Or au festival de Cannes. Ce qui a permis de surmonter deux lourds handicaps: une durée de 3 heures, et les critiques acerbes de l’actrice principale Léa Seydoux contre le réalisateur.

Profs  > la médaille d’argent revient aux Profs, de Pierre-François Martin-Laval. Avec quelques stars à l’affiche comme Christian Clavier ou Kev Adams, le film a bien coûté 11,8 millions d’euros à UGC et TF1. Mais il a fait rire près de 4 millions d’heureux, soit une rentabilité de 196%. C’est le film français qui a réalisé le plus d’entrées l’an dernier.

> la médaille de bronze est décernée à Neuf mois ferme, d’Albert Dupontel. Un budget moyen (7 millions d’euros, apportés par Wild Bunch et France 2) mais à l’arrivée, 2 millions d’éclats de rires, soit une rentabilité de 164%.  > autre comédie: Les garçons et Guillaume, à table! de Guillaume Gallienne, qui n’a coûté que 8 millions d’euros à Gaumont, mais a fait rire plus de 2 millions de Français. Et ce n’est pas fini car, sorti le 20 novembre, il est toujours en salles.

> arrive ensuite Amitiés sincères, de Stéphan Archinard et François Prévot-Leygonie. Malgré la présence de Gérard Lanvin et Jean-Hughes Anglade, le budget est modeste: seulement 5,25 millions d’euros apportés par M6 et Wy Production, la société de Yannick Bolloré et Wassim Béji. Et au final presqu’un million d’amateurs, soit une rentabilité de 146%.

> même recette pour une autre comédie, Paulette, de Jérôme Enrico. Un budget raisonnable (6,45 millions d’euros), apporté par Gaumont et France 2. Des acteurs populaires sans être gourmands: Carmen Maura, Dominique Lavanant et la regrettée Bernadette Laffont. Et au final un million d’afficionados, soit 141% de rentabilité.

> succès inattendu pour Paris à tout prix, l’histoire d’une fashionista d’origine marocaine obligée de retourner au bled. Interprété et réalisé par Reem Kherici, le film a déridé près de 600.000 heureux. Il n’a coûté à Gaumont et Mandarin que 4 millions d’euros, soit une rentabilité de 128%. Pierre Rabhi, au nom de la terre  > dans la catégorie documentaire (dont le classement est disponible ici), relevons l’exceptionnel succès de Pierre Rabhi, au nom de la terre. Le portrait de cet écologiste n’a coûté que 150.000 euros, mais attiré 100.000 militants, soit 800% de rentabilité !

Joli succès aussi pour Sur le chemin de l’école, qui suit quatre écoliers aux quatre coins de la planète. Financé notamment par France 5 et OCS, et distribué par Disney, ce documentaire a coûté 2,3 millions d’euros, mais attiré près d’un million d’écoliers éternels, soit une rentabilité de 521%.

Les films les moins rentables

Le bonnet d’âne est attribué au Premier homme, adaptation par l’italien Gianni Amelio du roman d’Albert Camus, avec Jacques Gamblin et Denis Podalydès. Le film a englouti 10,3 millions d’euros provenant de France 3 et Philippe Carcassonne, mais n’a attiré que 36.000 égarés, soit une rentabilité estimée de seulement… 2%.

> l’avant-dernière place revient à Attila Marcel, de Sylvain Chomet. Le décès de l’actrice principale Bernadette Laffont trois mois avant la sortie du film n’aura hélas pas déplacé les foules (44.000 spectateurs). Le long métrage a coûté 7,2 millions d’euros à Pathé et France 3, soit une rentabilité de 3,6%.

> Angélique d’Ariel Zeitoun n’est sorti en salles que le 18 décembre, mais sa carrière s’annonce mal. Au 31 décembre, Gérard Lanvin et Nora Arnezeder n’ont attiré que 104.000 romantiques, pas de quoi rentabiliser le gros budget (15,75 millions d’euros) avancé par EuropaCorp et France 3. Passion

> film en anglais à capitaux à 75% français: Passion, de Brian de Palma, qui a fait un bide avec 132.000 curieux. Idem aux Etats-Unis, où, sorti à la sauvette, il n’a engrangé que 40.000 dollars de recettes. Bref, pas de quoi amortir les 18 millions d’euros de budget apportés par France 2 et Saïd Ben Saïd, soit 4,3% de rentabilité.

> suit Intersections, un thriller avec Roschdy Zem tourné en anglais et réalisé par l’américain David Marconi. EuropaCorp a dépensé 8  millions d’euros dans ce projet, qui n’a rameuté que 64.500 spectateurs en France. Aux Etats-Unis, le film n’est même pas sorti en salles, mais directement en vidéo. Rentabilité estimée: 4,7%.

> gros flop pour Des gens qui s’embrassent, de Danièle Thompson, avec Kad Mérad et Monica Belluci, qui n’a décroché que 160.000 sourires. Mais les producteurs Pathé et TF1, qui ont mis dans l’affaire la coquette somme de 17 millions d’euros, font la grimace, face à une rentabilité de 5%.  > Gérard Depardieu menace d’arrêter le cinéma? On peut le comprendre après le bide de La marque des anges, thriller de Sylvain White, qui a coûté 15,4 millions d’euros à TF1 et Pathé, mais n’a déplacé que 156.000 groupies. Rentabilité: 5,9%. Son autre film, Les invincibles, de Frédéric Berthe, fait à peine mieux (11%) avec 136.000 cinéphiles pour un budget de 7 millions d’euros, apportés par EuropaCorp et Orange. Malgré ces bides à répétition, notre Gégé national reste le second acteur français le mieux payé, selon le Figaro…

La méthodologie de l’enquête

Notre enquête prend en compte toutes les recettes d’un film, qui sont multiples: entrées en salles, distribution à l’étranger, ventes de DVD et en vidéo-à-la-demande, diffusion sur les chaînes de télévision…  A l’heure où cette enquête est réalisée, seules les entrées en salles sont connues. Nous avons donc calculé les recettes provenant des salles en nous basant sur le nombre d’entrées réalisées au 31 décembre (fournies par CBO Box Office), sur le prix moyen d’un ticket de cinéma (6,42 euros en 2012 selon le CNC), et sur la part reversée à la filière sur ce ticket (40,1% en 2012, toujours selon le CNC).  Les autres recettes (DVD, télévision, étranger…) n’étant pas encore connues, nous les avons estimées, en nous basant sur ce qui a été constaté dans le passé. Précisément, nous nous sommes basés sur l’étude d’Olivier Bomsel et Cécile Chamaret. Cette étude avait conclu que les entrées en salles représentaient 44% des recettes des films au budget supérieur à 7 millions d’euros; 29% entre 3 et 7 millions d’euros; et 22% en dessous de 3 millions d’euros.  Enfin, le pourcentage de rendement a été calculé en prenant le ratio entre les recettes estimées et le budget. Un rendement de 16% signifie que, pour 100 euros investis, 16 euros de recettes sont prévues. Inversement, un rendement de 140% signifie qu’on peut tabler sur 140 euros de recettes.  Par ailleurs, nous avons séparé les films de fiction des documentaires. Enfin, nous n’avons pas pris en compte les films où les capitaux français sont minoritaires, ceux dont les budgets sont inconnus, et ceux dont les budgets sont très petits.

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