Dessine moi un climax !

Le Petit Prince (Magà Ettori - Blog)Le premier soir je me suis donc endormi sur le sable à mille milles de toutes les terres habitées. J’étais plus isolé qu’un naufragé sur un radeau au milieu de l’océan. Alors vous imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une drôle de petite voix m’a réveillé. Elle disait :  »S’il te plaît… dessine-moi un climax ! », hein quoi, pardon un clim… mais de quoi tu parles mon petit ? » J’ai sauté sur mes pieds comme si j’avais été frappé par la foudre. J’ai bien frotté les yeux. J’ai bien regardé et j’ai vu un petit bonhomme tout à fait extraordinaire qui me considérait gravement et…  »tu sais petit homme la première chose que l’on enseigne dans les écoles de cinéma c’est qu’une œuvre dramatique est généralement ordonnée en 3 actes : le premier acte sert la présentation (avant que l’objectif ne soit perçu par le spectateur), le deuxième acte met en valeur l’action (pendant l’objectif), et le troisième acte est la conclusion (après l’objectif). Le génialissime John Truby (qui a formé une génération de scénaristes) dirait : et le thème ? Ok John, ne compliquons pas ! »

A partir du moment ou le spectateur connait l’objectif du protagoniste, il comprend et partage les conflits vécus par lui,  »le drama »(action, en grec). Bien entendu le récit doit s’appuyer sur ses références et son rapport au monde. Le spectateur veut vivre les conflit du héros et surmonter les difficultés avec lui. Ces obstacles peuvent être d’origine externes (qui sont imposés par les circonstances), internes (qui confrontent au réel des antagonismes propres à la psyché du personnage), externes d’origine interne (qui paraissent liés aux circonstances mais qui résultent en fait d’une action liée à la faiblesse du personnage). Certains obstacles fonctionnent sur la plus grande partie d’un récit, d’autres seulement sur une ou plusieurs scènes. Un obstacle peut aussi être dépassé provisoirement et réapparaître plus tard dans le récit. Parfois, un obstacle interne peut à lui seul générer une multitude de conflits, dont la véritable résolution demande une remise en question et une évolution profonde du personnage. Ce qui justifie la question :  »le personnage doit-il changer avant le climax, ou seulement quand il a atteint le climax ? »

En ce qui concerne la transformation du protagoniste, le coup de théâtre (peripeteia) est un élément essentiel (mais non indispensable, et oui nous sommes dans une science douce). Il peut s’agir d’un brusque revirement de situation qui modifie l’intrigue et la fait rebondir de façon imprévue, par l’intrusion d’un élément ou d’un personnage nouveau, par un changement de fortune, par la révélation d’un secret ou d’une action qui tourne de manière inattendue. Ce coup de théâtre entraîne souvent, pour le héros une redéfinition de son statut. Il précède généralement l’action du climax, dans laquelle le héros prend conscience de son nécessaire changement pour atteindre son objectif. Cette révélation ne suffit pas à terminer l’histoire, car il ne peut pas se contenter de penser mais il se doit d’agir en fonction de son nouveau statut. L’intérêt de la révélation pour le personnage principal dépend de sa capacité à la mettre en pratique. A ce stade, les obstacles s’enchaînent pour atteindre le climax, passage culminant d’un film – que ce soit par l’émotion, le drame et/ou l’intensité. C’est le moment du récit où le conflit entre le désir du personnage et les dangers qu’il court atteint son apogée. Il donne une issue à l’histoire en menant le protagoniste vers la fin d’un épisode particulier de son existence. Il peut aussi ne pas déboucher sur une résolution complète du problème.

En conclusion, le personnage principal, pour évoluer, doit avoir une faiblesse à combler, faute de quoi il ne peut strictement rien lui arriver qui justifie un récit. Cette faiblesse, généralement présentée dans l’exposition au début du récit, détermine l’intégralité de ce qui va suivre. Non seulement elle gouverne les événements de l’intrigue mais également les causes des actions du personnage principal. La transformation du personnage peut intervenir à partir du moment ou le héros comble cette faiblesse. Le deuxième acte demeure un passage privilégié puisqu’il représente la partie majeure du récit. Il arrive aussi qu’un nœud dramatique, dit climax médian, scinde le deuxième acte en deux afin de relancer l’histoire et l’intérêt du spectateur.

Après le climax on se dirige vers  »l’excipit », la fin d’un récit. A ce stade, le héros a atteint son objectif ou il a échoué. C’est ce que l’on appelle la réponse dramatique, soit les résultats et les conséquences de l’histoire. c’est ce qui fait dire au frère Antoine à propos du Principellu  :  »Ça c’est, pour moi, le plus beau et le plus triste paysage du monde. C’est le même paysage que celui de la page précédente, mais je l’ai dessiné une fois encore pour bien vous le montrer. C’est ici que le petit prince a apparu sur terre, puis disparu. Regardez attentivement ce paysage afin d’être sûrs de le reconnaître, si vous voyagez un jour en Afrique, dans le désert. Et, s’il vous arrive de passer par là, je vous en supplie, ne vous pressez pas, attendez un peu juste sous l’étoile ! Si alors un enfant vient à vous, s’il rit, s’il a des cheveux d’or, s’il ne répond pas quand on l’interroge, vous devinerez bien qui il est. Alors soyez gentils ! Ne me laissez pas tellement triste : écrivez-moi vite qu’il est revenu… »

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