Archives mensuelles : novembre 2013

La culture corse boit la tasse

chat mendiantQuand sous les huées et les applaudissements, Maurice Pialat reçoit la Palme d’or pour son sulfureux « Sous le soleil de Satan », le cinéaste se tourne vers la salle, lève le poing, et lance : « Sachez que si vous ne m’aimez pas, je ne vous aime pas non plus ! » Loin de faire l’unanimité, ce film obtiendra par la suite sept nominations aux Césars en 1988, comme quoi. Cette petite phrase d’un des maîtres du 7eme art me revient alors que l’on me remet le communiqué d’un Collectif d’associations corses (Satan reconnaîtra les siens). Lors des dernières Assises de la Culture (http://assisesdelaculturecorse.wordpress.com ) organisées par nos soins, aucun des organismes adhérents de ce Collectif n’étaient là, je dis bien PAS UN. Tous les médias ont répondu présents ainsi que l’essentiel du monde culturel, mais pas ce Collectif. Les matous de ces associations, hier hyper-super-méga-subventionnés, souhaitent aujourd’hui entamer un dialogue avec le Collectivité Territoriale de Corse  »pour être pleinement acteurs de la politique culturelle dans l’île et pour que les acteurs puissent apporter au décideur un point de vue ancré dans la réalité afin que les décisions amènent réellement des résultats et pas seulement des manifestations médiatisées de quelques jours qui serviraient de façade pour assurer la persistance de la culture au sens large sur notre île ». Allons soyons sérieux et appelons un chat, un chat. Si vous tombez de votre gouttière aujourd’hui, c’est seulement dû au fait qu’on vous a retiré votre gamelle, et ça vous ne l’aviez pas prévu. Nous vous avions prévenu, vous nous avez boudé quand vous étiez repu. Maintenant vous voilà à sec, pire à découvert, en faillite, en ruine. Franchement tout le monde s’en fiche de vos petits problèmes de trésorerie, c’est la crise et l’exception culturelle corse ne vous servira pas de bouclier (fiscal). Si au moins les centaines de milliers d’euros dont vous avez bénéficié pendant toutes ces années avaient apporté une plus-value à la culture nustrale, j’aurai eu la dent moins dure. Si vous aviez la décence de participer à nos travaux, considérant les autres acteurs culturels comme vos égaux, je me serais montré plus discret, et pourquoi pas bienveillant ? Mais ici c’est juste drôle. Bah il vous reste la sébile (je sais ce n’est pas sympa pour les mendiants). Vous aviez la force, vous aviez l’argent, vous aviez les infrastructures, il ne vous manquait que l’intelligence de l’anticipation. Alors sachez que si vous ne nous aimez pas, nous ne vous aimons pas non plus et que… mmm très savoureux ce lait, vous en prendrez bien une petite tasse ?

Publicités

Dessine moi un climax !

Le Petit Prince (Magà Ettori - Blog)Le premier soir je me suis donc endormi sur le sable à mille milles de toutes les terres habitées. J’étais plus isolé qu’un naufragé sur un radeau au milieu de l’océan. Alors vous imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une drôle de petite voix m’a réveillé. Elle disait :  »S’il te plaît… dessine-moi un climax ! », hein quoi, pardon un clim… mais de quoi tu parles mon petit ? » J’ai sauté sur mes pieds comme si j’avais été frappé par la foudre. J’ai bien frotté les yeux. J’ai bien regardé et j’ai vu un petit bonhomme tout à fait extraordinaire qui me considérait gravement et…  »tu sais petit homme la première chose que l’on enseigne dans les écoles de cinéma c’est qu’une œuvre dramatique est généralement ordonnée en 3 actes : le premier acte sert la présentation (avant que l’objectif ne soit perçu par le spectateur), le deuxième acte met en valeur l’action (pendant l’objectif), et le troisième acte est la conclusion (après l’objectif). Le génialissime John Truby (qui a formé une génération de scénaristes) dirait : et le thème ? Ok John, ne compliquons pas ! »

A partir du moment ou le spectateur connait l’objectif du protagoniste, il comprend et partage les conflits vécus par lui,  »le drama »(action, en grec). Bien entendu le récit doit s’appuyer sur ses références et son rapport au monde. Le spectateur veut vivre les conflit du héros et surmonter les difficultés avec lui. Ces obstacles peuvent être d’origine externes (qui sont imposés par les circonstances), internes (qui confrontent au réel des antagonismes propres à la psyché du personnage), externes d’origine interne (qui paraissent liés aux circonstances mais qui résultent en fait d’une action liée à la faiblesse du personnage). Certains obstacles fonctionnent sur la plus grande partie d’un récit, d’autres seulement sur une ou plusieurs scènes. Un obstacle peut aussi être dépassé provisoirement et réapparaître plus tard dans le récit. Parfois, un obstacle interne peut à lui seul générer une multitude de conflits, dont la véritable résolution demande une remise en question et une évolution profonde du personnage. Ce qui justifie la question :  »le personnage doit-il changer avant le climax, ou seulement quand il a atteint le climax ? »

En ce qui concerne la transformation du protagoniste, le coup de théâtre (peripeteia) est un élément essentiel (mais non indispensable, et oui nous sommes dans une science douce). Il peut s’agir d’un brusque revirement de situation qui modifie l’intrigue et la fait rebondir de façon imprévue, par l’intrusion d’un élément ou d’un personnage nouveau, par un changement de fortune, par la révélation d’un secret ou d’une action qui tourne de manière inattendue. Ce coup de théâtre entraîne souvent, pour le héros une redéfinition de son statut. Il précède généralement l’action du climax, dans laquelle le héros prend conscience de son nécessaire changement pour atteindre son objectif. Cette révélation ne suffit pas à terminer l’histoire, car il ne peut pas se contenter de penser mais il se doit d’agir en fonction de son nouveau statut. L’intérêt de la révélation pour le personnage principal dépend de sa capacité à la mettre en pratique. A ce stade, les obstacles s’enchaînent pour atteindre le climax, passage culminant d’un film – que ce soit par l’émotion, le drame et/ou l’intensité. C’est le moment du récit où le conflit entre le désir du personnage et les dangers qu’il court atteint son apogée. Il donne une issue à l’histoire en menant le protagoniste vers la fin d’un épisode particulier de son existence. Il peut aussi ne pas déboucher sur une résolution complète du problème.

En conclusion, le personnage principal, pour évoluer, doit avoir une faiblesse à combler, faute de quoi il ne peut strictement rien lui arriver qui justifie un récit. Cette faiblesse, généralement présentée dans l’exposition au début du récit, détermine l’intégralité de ce qui va suivre. Non seulement elle gouverne les événements de l’intrigue mais également les causes des actions du personnage principal. La transformation du personnage peut intervenir à partir du moment ou le héros comble cette faiblesse. Le deuxième acte demeure un passage privilégié puisqu’il représente la partie majeure du récit. Il arrive aussi qu’un nœud dramatique, dit climax médian, scinde le deuxième acte en deux afin de relancer l’histoire et l’intérêt du spectateur.

Après le climax on se dirige vers  »l’excipit », la fin d’un récit. A ce stade, le héros a atteint son objectif ou il a échoué. C’est ce que l’on appelle la réponse dramatique, soit les résultats et les conséquences de l’histoire. c’est ce qui fait dire au frère Antoine à propos du Principellu  :  »Ça c’est, pour moi, le plus beau et le plus triste paysage du monde. C’est le même paysage que celui de la page précédente, mais je l’ai dessiné une fois encore pour bien vous le montrer. C’est ici que le petit prince a apparu sur terre, puis disparu. Regardez attentivement ce paysage afin d’être sûrs de le reconnaître, si vous voyagez un jour en Afrique, dans le désert. Et, s’il vous arrive de passer par là, je vous en supplie, ne vous pressez pas, attendez un peu juste sous l’étoile ! Si alors un enfant vient à vous, s’il rit, s’il a des cheveux d’or, s’il ne répond pas quand on l’interroge, vous devinerez bien qui il est. Alors soyez gentils ! Ne me laissez pas tellement triste : écrivez-moi vite qu’il est revenu… »

Quai des brunes

C’est quoi la beauté ? La société est conditionnée par un matraquage publicitaire qui laisse à croire que ce qui appartient au monde de la mode est beauté, et exclusivement. Un couturier célèbre disait que l’on peut habiller les femmes comme des prostituées, elles ne s’en rendront pas compte, du moment que c’est la mode, et pourquoi pas avec des sacs poubelles ? La publicité décrète ce qui est beau et le consommateur aux ordres du diktat publicitaire obéit. Il suffit de changer la norme à chaque saison pour recréer la norme et remettre le compteur à zéro. L’art du conditionnement massif par l’image publicitaire. La beauté, cela s’apprend dans les pages des magazines féminins, au cinéma, à la télévision et dans les clips vidéo, et exclusivement ? La petite vidéo qui suit apporte une réponse définitive.  »T’as d’beaux yeux, tu sais ! » et tu sais pourquoi ? Simplement parce que la beauté est dans le regard et non dans la personne ou la chose regardée. Un poncif et pourtant.

Beli Blanco, la tournée

Beli Blanco, la tournée (Blog Magà)Dans un bar corse de Champigny sur Marne, un homme, tenant à peine sur ses jambes, s’affale sur le comptoir. Le seul autre client du bar, ivre mort, lui tape sur l’épaule :

– Oh t’es pas frais toi…  d’où es-tu ? Le premier répond :

– Du centre du monde !!! Je suis de Vezzani ! je suis un vrai made in Corsica !

L’interlocuteur sursaute :

– Non ! Le village de Beli Blanco ?

L’autre le regarde et grimace :

– Tu connais Beli Blanco ?

– Ben oui tous le monde connais Beli Blanco !

– c’est vrai… Tu sais moi aussi je suis de Vezzani. Et quel âge as-tu?

– J’ai 33 ans et mon anniversaire c’est dans 3 jours !

– Pas possible… Moi aussi, mon anniversaire c’est dans 3 jours ! A quelle école as-tu été ?

Le premier prend une très longue inspiration puis répond :

– Ben à l’école du village. Ne me dis pas que toi aussi…

– Eh ben si, figure-toi ! Précise l’autre avant de lancer au barman :

– Tavernier ayez l’obligeance de servir une tournée générale en l’honneur de mon nouveau pote…

A ce moment-là, Beli Blanco entre dans le bar et dit au barman :

– Alora o amicu, quoi de neuf ? L’homme derrière le comptoir  secoue la tête doucement :

– Pas grand chose, la routine : tes cousins,… les jumeaux,… sont bourrés,… comme d’habitude.

Convention de développement cinématographique et audiovisuel 2011/2013

Collectivité Territoriale de Corse - L'HOMME LE PLUS MAFIEUX DE CORSE EST UN HOMMEL’intervention à la dernière session de l’Assemblée de Corse de Fabiana Giovannini (Femu a Corsica) concernant le Rapport n°193 (le petit frère du rapport n°116 : http://corsica-cinema.over-blog.com/pages/LA_FILIERE_CINEMA_EN_CORSE-3317900.html) qui fait état de la convention d’application financière 2013 relative à la convention de développement cinématographique et audiovisuel 2011/2013 entre l’Etat, la Collectivité Territoriale de Corse et le Centre National du Cinéma et de l’Image Animée), nous semble d’une grande cohérence, et d’une vraie lucidité. Sauf pour les bilans clairs remis l’Exécutif et ses services qui donnent  »une bonne idée de la santé de la filière, de ses projets, de ses réalisations ». Ou alors c’est de l’humour au 33e degrés. Nous vous en donnons lecture : « Nous remercions l’Exécutif et les services pour ce rapport, les bilans clairs qui nous donnent une bonne idée de la santé de la filière, de ses projets, de ses réalisations. C’est un secteur bouillonnant de créativité qui confirme ce que nous ne cessons de rabâcher depuis le début de la mandature chaque fois que possible, à savoir qu’au lieu de se cantonner à la marge de l’économie corse il peut en devenir  un pilier, en tous les cas un secteur d’avenir que notre groupe juge pour l’heure insuffisamment accompagné. Et par accompagnement je ne parle pas seulement des aides financières qui peuvent être parfois conséquentes, mais aussi d’une réflexion générale qui permette de mieux structurer le secteur  afin de faire de notre île une « île référence ». Nous disposons d’un plateau de cinéma exceptionnel qu’est notre environnement et qu’offre notre climat. Cela n’est pas suffisamment perçu. C’est à nous d’en faire la campagne, d’agir pour mieux structurer les outils de productions, pour former, pour donner ce premier coup de pédale qui va lancer une dynamique générale pourvoyeuse d’emplois qualifiés, mais aussi porteuse d’images positives pour la Corse. C’est à nous aussi d’agir sur la création en orientant les choix des producteurs par des aides incitatives et par un échange continu avec la profession, sur ses problèmes, ses attentes, ses besoins. Toute cette réflexion et l’action qui s’en suit n’est possible que s’il existe un espace pour débattre des problèmes, élaborer un projet d’ensemble, anticiper aussi sur des choix qui pourraient être négatifs ou positifs pour l’image de notre île, prendre le pouls régulier de la filière. Or, à ce sujet, nous avons un peu le sentiment de parler dans le vide depuis le début de la mandature. Parce que cet espace existe pour élaborer cette réflexion en commun avec tous les acteurs de la profession d’une part, et les élus d’autre part ; il s’agit du Comité de suivi de la filière, mis en place en début de mandature puisque notre groupe a désigné ses propres représentants, mais qui ne s’est jamais réuni. Nous vous avons relancé à plusieurs reprises à cet effet, vous nous avez approuvé, sans pour autant donner suite. Pourquoi ? Quel est votre sentiment à ce sujet ? Il y a peut être un problème que nous n’avons pas perçu. Eclairez-nous ! L’Exécutif ne perdrait aucune prérogative, la filière y gagnerait en coordination et cohérence et en sentiment d’être consultée, et notre région disposerait de cet espace à même de donner davantage de sens aux orientations du secteur et davantage de dynamique économique aussi. Un exemple illustre parfaitement mon propos. Le changement de procédé dans l’attribution des subventions qui apparaissait dans le rapport initial. À ce sujet, nous avons interrogé en commission les services qui nous ont dit :

– qu’il n’y avait pas d’abus constatés de la part des projets aidés qui ont bien été conduits à leur terme.

– Que les contrôles effectués avant et après étaient bien faits par un « Comité technique indépendant ».

– Que nos attributions (et c’est précisé en clair dans votre rapport) sont conformes au droit européen.

Alors pourquoi dans un premier temps avoir voulu modifier ces règles ? Heureusement, nos remarques et celles de la profession qui ont du vous remonter depuis je susppose, vous ont fait revoir les choses au travers des amendements proposés aujourd’hui. Ouf ! Car cette décision d’inverser la logique de versement des aides entre le premier acompte et le règlement du solde, aurait pu se révéler en effet néfaste en mettant à mal les trésoreries des sociétés de production et donc en freinant leur capacité créative. C’est à dire que c’est la dynamique économique et culturelle de la filière toute entière qui aurait été mise à mal. Donc nous accueillons favorablement vos amendements, quoique nous aurions préféré maintenir les conditions du précédent exercice pour ces mêmes raisons. Je rappelle que le premier acompte s’élevait précédemment à 75%. Ceci dit, notre groupe juge vos amendements insuffisants sur un poste. C’est pourquoi nous proposons nous aussi un sous-amendement concernant l’aide à l’écriture et au développement. En effet on est là dans un domaine technique. L’aide au développement nécessite une grosse impulsion dès le départ car les frais qu’ils requièrent sont importants. Il faut des avances fortes. Et l’on retrouve les difficultés de trésorerie dont je vous parlais tout à l’heure. Nous vous demandons donc, afin de ne pas fragiliser la filière sur ce point particulièrement délicat de l’aide au développement où les besoins sont grands, de fixer le pourcentage de premier acompte à 60% avec un solde en fin de travaux, sur justificatifs bien sûr (encore une fois le premier acompte était de 75% précédemment). Nous voudrions aussi attirer votre attention sur ce solde des aides versées en fin de travaux. Nos procédures sont longues, très longues, et il ne faudrait pas constater les mêmes difficultés rencontrées par les associations aujourd’hui. Vous le savez, certaines associations voient leurs aides honoré un an, parfois un an et demi après l’événement réalisé ! Ce qui les met dans des difficultés inextricables, les structures s’endettent et finissent par licencier et donc renoncer l’année suivante aux évènements qu’elles avaient réussi à pérenniser ! Nous vous demandons de veiller à ne pas rentrer dans ce travers avec les sociétés de production audiovisuelle. Le résultat immédiat serait un affaiblissement de leurs trésorerie, donc une remise en cause des projets. Tout le contraire de ce que notre groupe vous demande depuis le début de notre mandature à savoir mener une action offensive pour dynamiser la filière. Alors, merci de veiller à ce type de dérives, merci pour les amendements proposés et s’il vous plaît, Monsieur le président, acceptez notre amendement afin de ne pas trop affaiblir cette filière qui plus est dans une période de crise qui ne peut qu’aggraver leur fragilité. Nous vous remercions. »