Archives mensuelles : mai 2013

Meurtre sauvage à Bastia, la Corse sous le choc

La Corse est sous le choc après le meurtre sauvage à Bastia de Tony Thyber (LE DERNIER CLAN - Magà Ettori)

La Corse est sous le choc après le meurtre sauvage à Bastia de Tony Thyber (photo : LE DERNIER CLAN)

Tony Thyber a été assassiné ce matin à Bastia. Elu et chef d’entreprise respecté, Tony Thyber était connu pour sa gentillesse et son dévouement à la cause féministe. Ce meurtre est le 666ème en Corse en 4 ans. L’image de la Corse au cinéma va encore souffrir de cette terrible affaire. L’image de la Corse, c’est vraiment toute une histoire. Chaque fois qu’un politique évoque la Corse et le cinéma il est question de son image et des retours financiers de l’accueil des tournages. Le 24 mai 2001, le discours de Frédéric Mitterrand devant les élus de la Collectivité Territoriale de Corse, n’a pas fait exception à la règle :

 »Pour conclure, je tiens particulièrement à remercier la Collectivité territoriale de Corse et son président Paul Giaccobi pour la qualité de la collaboration engagée avec le Centre national du Cinéma et de l’image animée (CNC), avec le groupe France Télévisions, avec la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC). Et je tiens à saluer l’action de son directeur Laurent Ghilini et l’attention constante qu’il a manifesté pour le développement du cinéma et de l’audiovisuel dans l’île. Le niveau d’engagement de la Collectivité territoriale de Corse (CTC) nous oblige : il nous oblige à l’action, il nous oblige aussi au dialogue constant avec les collectivités territoriales, avec les acteurs culturels, avec les professionnels de l’image, cet impératif du siècle à l’heure des simulacres, des avatars et du « bombardement visuel » sans ordre ni hiérarchie. Le fait que la première signature d’une convention du CNC ait lieu ici, en Corse, est un signal fort. Le fait qu’une Convention donnant à une chaîne régionale les moyens d’une ambition européenne soit signée aujourd’hui. Tout cela traduit attention qui est la mienne à l’égard des richesses et les ressources des territoires. J’en prends la mesure à chacun de mes déplacements, dans ce « tour de France » que j’ai engagé depuis mon arrivée rue de Valois. Les territoires sont riches d’expériences, de savoir-faire, mais aussi d’expertises nouvelles : c’est dans cette ambition en faveur d’un dialogue approfondi et renouvelé entre l’Etat et les territoires – dans l’esprit du rapport qui m’a été transmis par Jérôme Bouët – que je souhaite inscrire mon action. Je suis certain que ces deux Conventions sauront traduire cette ambition pour que la Corse soit encore davantage une terre d’images et de cinéma, une terre où la culture de l’image soit à l’image de la culture : une culture forte de sa singularité, une culture vivante, une culture généreuse. Je vous remercie. »

Bien entendu, comme nous ne travaillons ni à la rue de Valois, ni à l’Agence du Tourisme, ni pour la mafia, nous nous  contenterons, avec notre groupe de simples saltimbanques, de faire du cinéma non subventionné et indépendant et à faire des images d’une violence inouïe juste pour des raisons artistiques. Nous présentons tout de même nos sincères condoléances à la famille Thyber, aux proches, amis et alliés. Risposa In Pace.

Infos complètes sur l’affaire Thyber

Le tout en images – affaire Thyber

 

The Kissingers of the world

Portrait de Nicolas Machiavel, homme politique et écrivain italien, par Stefano Ussi. Peinture à l'huile.

Portrait de Nicolas Machiavel, par Stefano Ussi.

Il y a deux manières de combattre, l’une avec les lois, l’autre avec la force. La première est propre aux hommes, l’autre nous est commune avec les bêtes. (De Principatibus) – Théoricien majeur de l’action politique, Nicolas Machiavel entre en 1498 au service de la République florentine pour laquelle il exerce la fonction de secrétaire de la Chancellerie des Dix. Ce poste le conduit à mener de nombreuses missions diplomatiques rendues délicates par d’incessants renversements d’alliances. Il se rend ainsi en France, auprès du Saint-Siège, ou encore auprès de César Borgia, dont il mesure toute la fourberie. Mais la République s’effondre bientôt, et le retour des Médicis au pouvoir sonne aussi le glas de sa carrière de diplomate. Torturé, jeté en prison, il est contraint à l’exil. C’est alors qu’il écrit  »Le Prince », son ouvrage majeur, dans l’espoir, confirmé, d’un retour en grâce dans sa ville natale. Son but est de dévoiler le pouvoir dans sa nudité, et de s’interroger, non pas sur ce qu’un Etat devrait être, mais sur la nécessité d’une adaptation pragmatique aux événements. Pour lui, la politique n’est pas un savoir mais un art. Comment s’emparer du pouvoir, et surtout comment le conserver ? Une série de conseils stratégiques, basés sur une fine étude historique, que Machiavel dédie à Laurent de Médicis, le nouveau maître de Florence. Cet ouvrage marque fortement la philosophie politique puisqu’il est moins axé sur la théorie que la pratique, moins sur les bons sentiments que sur les nécessités de la raison d’Etat. Une pensée réaliste – un brin cynique – ayant inspiré les philosophes des Lumières.

Noam Chomsky

Noam Chomsky

Noam Chomsky, né le 7 décembre 1928 à Philadelphie en Pennsylvanie, est un linguiste et philosophe américain. Professeur émérite de linguistique au Massachusetts Institute of Technology où il a enseigné toute sa carrière, il a fondé la linguistique générative. Il s’est fait connaître du grand public, à la fois dans son pays et à l’étranger, par son parcours d’intellectuel engagé de sensibilité anarchiste. Noam Chomsky a commencé à développer sa théorie de la grammaire générative et transformationnelle dans les années 1950 en cherchant à dépasser aussi bien l’approche structuraliste, distributionnaliste que comportementaliste dans l’étude du langage naturel. Visant à rendre compte des structures innées de la  »faculté de langage », cette théorie est souvent décrite comme la contribution la plus importante dans le domaine de la linguistique théorique du XXe siècle et on a parfois parlé de  »révolution chomskienne ». Pour répondre aux critiques développées dans les années 1970 envers son premier modèle, Chomsky a proposé au début des années 1980 une nouvelle version de sa théorie fondée sur une approche modulaire. Il a ensuite jeté les bases, au cours des années 1990, de ce qu’il a appelé le  »programme minimaliste ». Les recherches de Chomsky ont joué un rôle crucial dans ce que l’on appelle la  »révolution cognitive ». Sa critique du Verbal Behavior (comportement verbal) de Skinner en 1959, a remis en question l’approche comportementale de l’étude de l’esprit et du langage, qui dominait dans les années 1950. Son approche naturaliste de l’étude du langage a également eu un grand impact en philosophie du langage et de l’esprit. Il a également établi la hiérarchie de Chomsky, moyen de classification des langages formels en fonction de leur pouvoir de génération. En parallèle de sa carrière scientifique, Noam Chomsky mène une intense activité militante depuis le milieu des années 1960 lorsqu’il prend publiquement position contre la guerre du Viêt Nam. Sympathisant du mouvement anarcho-syndicaliste et membre du syndicat IWW, il donne une multitude de conférences un peu partout dans le monde et publie de nombreux livres et articles dans lesquels il fait part de ses analyses historiques, sociales et politiques. Ses critiques portent tout particulièrement sur la politique étrangère des États-Unis et le fonctionnement des mass médias. Il détaille ici l’éventail, depuis la stratégie de la distraction, en passant par la stratégie de la dégradation jusqu’à maintenir le public dans l’ignorance et la médiocrité :

1/ La stratégie de la distraction : Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser ; de retour à la ferme avec les autres animaux. » Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions : Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple : laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.

3/ La stratégie de la dégradation : Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.

4/ La stratégie du différé : Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.

5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge : La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-age ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans ». Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion : Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…

7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise : Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. Extrait de  »Armes silencieuses pour guerres tranquilles ».

8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité : Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…

9/ Remplacer la révolte par la culpabilité : Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution !…

10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes : Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.

Si le terme « machiavélique » fait perdurer l’idée d’un homme pervers, cynique, au service des tyrans, Nicolas Machiavel est pourtant un grand philosophe républicain, défenseur d’une approche moderne de la politique. Noam Chomsky, lui, ne cherche pas à s’adresser aux puissants –  »the Kissingers of the world » – qui savent très bien ce qu’il en est, mais aux gens ordinaires qui ont besoin d’être mieux informés pour agir. Il considère que  »les intellectuels qui gardent le silence à propos de ce qu’ils savent, qui se désintéressent des crimes qui bafouent la morale commune, sont encore plus coupables quand la société dans laquelle ils vivent est libre et ouverte. Ils peuvent parler librement, mais choisissent de ne rien en faire ». Dont acte !

Co-officialité de la langue corse : la panthère nébuleuse

le français et le corse (Magà Ettori - blog)

le corse et le français en voie de disparition

L’instauration de la co-officialité de la langue corse et du français, c’est fait. Au terme de deux jours de débats et sous les applaudissements d’une Assemblée de Corse debout s’est terminé le débat sur le nouveau statut de la langue corse. Les propositions pour un statut de co-officialité et la revitalisation de la langue corse présentées par le Conseil exécutif de la Collectivité territoriale ont été approuvées par 36 des 51 voix de l’assemblée. Onze Conseillers Territoriaux, de droite comme de gauche, n’ont pas participé au vote et quatre se sont abstenus. Alors que 112 amendements avaient été présentés pour modifier le texte original, celui-ci a finalement été adopté à peu près dans son état initial, à l’usure. Ce dispositif prévoit l’utilisation de la langue corse dans tous les domaines de la vie publique, économique et sociale (éducation, services publics, médias). Visant à protéger, encourager et normaliser l’usage du corse dans tous les domaines et garantir l’emploi officiel du français et du corse à parité, il prévoit aussi un vaste plan de formation, notamment des personnels de la fonction publique.

corse matin langue corseCréée en 1990, l’Association pour la Sauvegarde et l’Expansion de la Langue Française (Asselaf) composée de Prix Nobel, membres de l’Académie Française et des Instituts et d’autres personnalités voir la liste ci-après *), s’est fixé pour but de promouvoir toutes les réflexions et actions permettant d’améliorer l’enseignement de la langue française, d’assurer l’expansion et le rayonnement de cette langue dans les pays francophones et dans le reste du monde. La très sérieuse Asselaf dresse un constat angoissant du sort politique fait à la langue française en France :  »Langue de la République » (art. II de la Constitution), le français est une condition du vivre ensemble national et républicain, et, selon les sondages récents, il est pour 80 % de nos concitoyens un des principaux piliers de l’ » identité nationale ». Or, le français est aussi gravement menacé chez nous qu’au Québec, en Afrique francophone, en Wallonie ou en Suisse romande. Il l’est moins par l’air du temps, contre lequel il pourrait se défendre seul, que par une politique linguistique menée surtout par de grandes entreprises françaises avec l’appui de milieux politiques, certes européens et transatlantiques, mais d’abord hexagonaux. Après Michel Serres, observant qu’  »il y a plus de mots anglais sur les murs de Paris qu’il n’y avait de mots allemands sous l’Occupation », le linguiste Claude Hagège classe le français parmi les langues menacées dans son Dictionnaire amoureux des langues. L’heure est donc venue pour l’Asselaf d’appeler tous les citoyens à la résistance linguistique. (SIC) »

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Dans la famille des espèces menacées il y avait la panthère nébuleuse. Malheureusement, après des années de recherches, le bilan de ces chercheurs est formel : la panthère nébuleuse s’est éteinte des îles de Taïwan, un animal jugé comme l’un des plus beaux vivant encore sur notre planète. Il aura fallu 13 ans à cette équipe de chercheurs internationaux pour en venir à cette conclusion. La panthère nébuleuse, animal vivant dans les forêts d’Asie du Sud-Est, s’est éteinte des îles de Taïwan. Malgré les heures passées à attendre un signe de vie grâce aux caméras infrarouge installées dans les forêts, la bête ne s’est jamais montrée. Bien qu’elle soit protégée, la panthère nébuleuse est une espèce très prisée des braconniers notamment pour sa fourrure bien particulière et ses os utilisés dans la médecine chinoise. La difficulté à capturer cet animal ne faisait pas penser aux biologistes que l’espèce soit un jour capable de disparaître. Seulement voilà, aucune empreinte n’a été retrouvée et rien n’indique qu’il puisse encore y en avoir dans cette région du monde. On estime qu’il reste 10 000 félins de cette espèce sur Terre. Célèbre pour être le félin à avoir les canines les plus longues proportionnellement à sa taille, la panthère nébuleuse n’aura donc pas su échapper aux braconniers et à la déforestation.

L’instauration de la co-officialité de la langue corse et du français, c’est fait… mais pour combien de temps ? Quand les embrassades, les félicitations et les effets d’annonces auront fini de choquer l’hémicycle de la Collectivité Territoriale de Corse, il faudra que quelqu’un se rappelle que contrairement à l’engagement de campagne pour l’élection présidentielle du candidat François Hollande, la France a récemment refusé de ratifier la charte européenne des langues minoritaires, et que l’instauration de la co-officialité de la langue corse et du français a de forte chances d’être invalidée par le Conseil Constitutionnel. Il sera toujours temps de créer des réserves linguistiques, quand certaines langues, telles des panthères nébuleuses, auront décidé de se montrer définitivement discrètes.

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(*) comité d’honneur de l’Asselaf :

Prix Nobel

•Maurice ALLAIS, Prix Nobel d’Économie.

•Jean DAUSSET, Prix Nobel de Médecine et de Physiologie.

•Professeur-Vicomte Christian de DUVE, Prix Nobel de Médecine (Belgique).

•Francois JACOB, Prix Nobel de Médecine.

•Andre LWOFF, Prix Nobel de Médecine.

•Louis NEEL, Prix Nobel de Physique.

•Claude SIMON, Prix Nobel de Littérature.

Membres de l’Académie Française

•HECTOR BIANCIOTTI

•Jean DUTOURD

•Marc FUMAROLI

•Rene HUYGHE

•Jacques LAURENT

•Maurice RHEIMS

•Angelo RINALDI

•Jacqueline De ROMILLY

•Maurice SCHUMANN

Membres des Instituts

•Henri AMOUROUX, de l’Académie des sciences morales et politiques.

•Reynold BARBIER, de l’Académie des sciences.

•Pierre DE CALAN, de l’Académie des sciences morales et politiques.

•Henri CARTAN, de l’Académie des sciences.

•Gaston DÉFOSSÉ, de l’Académie des sciences morales et politiques.

•Jean DORST, de l’Académie des sciences, de l’Académie des sciences d’outre-mer, de l’Académie des sciences, de l’Académie des sciences d’outre-mer, professeur au Muséum national d’histoire naturelle.

•Jean FOYER, de l’Académie des sciences morales et politiques, de l’Académie des sciences morales et politiques, ancien garde des Sceaux.

•Yvon GATTAZ, de l’Académie des sciences morales et politiques.

•Pierre GEORGE, de l’Académie des sciences morales et politiques.

•Pierre GRIMAL, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.

•Jean IMBERT, de l’Académie des sciences morales et politiques.

•Émile JAMES, de l’Académie des sciences morales et politiques.

•Christian LANGLOIS, de l’Académie des beaux-arts.

•Raymond LATARJET, de l’Académie des sciences.

•Jean LECLANT, secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.

•Jérôme LEJEUNE, de l’Académie des sciences morales et politiques.

•Paul MALLIAVIN, de l’Académie des sciences.

•Pierre MESSMER, de l’Académie des sciences morales et politiques, de l’Académie des sciences morales et politiques, ancien Premier ministre.

•André PIETTRE, de l’Académie des sciences morales et politiques.

•Raymond POLIN, de l’Académie des sciences morales et politiques.

•René POMEAU, de l’Académie des sciences morales et politiques.

•François PUAUX, de l’Académie des sciences morales et politiques.

•Raymond TRIBOULET, de l’Académie des sciences morales et politiques.

•Bernard ZEHRFUSS, de l’Académie des beaux-arts.

Autres personnalités

•Hervé BAZIN, écrivain, membre de l’Académie Goncourt.

•Pierre de BOISDEFFRE, écrivain et diplomate (ancien ambassadeur).

•Henry BONNIER, écrivain, éditeur, grand prix de la Critique de l’Académie française.

•Alphonse BOUDARD, écrivain.

•Christine BOUTIN, parlementaire.

•François BROCHE, journaliste, écrivain.

•Georges BUIS (général C.R.), écrivain, ancien directeur de l’Institut des Hautes Études de la Défense nationale.

•Jacques CALVET, industriel.

•Jean-Claude CASANOVA, journaliste, écrivain.

•François CAVANNA, journaliste, écrivain.

•Michel CAZENAVE, écrivain, producteur.

•Rémy CHAUVIN, professeur honoraire à la Sorbonne.

•Jean-Pierre CHEVÈNEMENT, parlementaire, ancien ministre.

•Jacques CHESSEX, écrivain, Prix Goncourt.

•Christine CLERC, journaliste.

•Régis DEBRAY, écrivain.

•Christian DEDET, écrivain, médecin, Prix des Libraires.

•Pierre DELAVEAU, membre de l’Académie de médecine et de l’Académie de pharmacie.

•Sylvie DERVIN, romancière.

•Robert DESPRECHINS de GAESEBEKE, président des Amitiés françaises de Gand.

•Raymond DEVOS, artiste.

•Michel DIARD, secrétaire général du S.N.J. (Syndicat national des journalistes) C.G.T..

•François DREYFUS, professeur à la Sorbonne.

•Jean DUCHÉ, écrivain.

•Olivier DUMAS, écrivain, médecin, président de la société Jules-Verne.

•Bernard DUMON, dirigeant de sociétés.

•Jacques-Michel DURAND, président de l’Académie européenne des sciences, inscriptions et belles-lettres.

•Pascal DE DUVE, écrivain.

•Jean-Sébastien EECKHOUT, linguiste.

•Jacques FAIZANT, journaliste, dessinateur.

•Dominique FERNANDEZ, écrivain, Prix Médicis et Prix Goncourt.

•Alain FINKIELKRAUT, philosophe.

•Marc FUMAROLI, professeur au Collège de France.

•Bernard GAGNEPAIN, professeur au Conservatoire national supérieur de musique de Paris.

•Max GALLO, écrivain, ancien ministre, député européen.

•Gérard GATINOT, secrétaire général de l’Organisation internationale des journalistes.

•Virgil GHEORGHIU, écrivain.

•Franz-Olivier GIESBERT, journaliste, écrivain.

•Frédéric GRENDEL, écrivain.

•Georges GROS, sécrétaire général de l’U.I.J.P.L.F. (Union internationale des journalistes et de la presse de langue française).

•Benoîte GROULT, écrivain.

•Pierre GUIDONI, ambassadeur de France.

•Alain GUILLERMOU, président des Biennales de la langue française.

•Frédéric GUIRMA,

•Paul GUTH, écrivain, président de l’Académie des provinces françaises.

•Gisèle HALIMI, avocate, ancien ambassadeur à l’Unesco.

•Claude IMBERT, journaliste, écrivain.

•Dominique JAMET, écrivain, président de la Grande Bibliothèque de France.

•Roger JUDRIN, professeur émérite, écrivain.

•Jacques KOSCIUSKO-MORIZET, ambassadeur de France.

•Serge KOSTER, écrivain.

•Paul-Marie de LA GORCE, écrivain.

•Marc LAURIOL, parlementaire.

•Bernard-Henri LÉVY, philosophe.

•Jacques LE GROIGNEC général C.R.), ancien directeur des études du Centre des Hautes Études militaires.

•Georges LOCHAK, physicien, directeur de la Fondation Louis-de-Broglie.

•Georges LUBIN, homme de lettres.

•Robert MANUEL, sociétaire honoraire de la Comédie-Française, professeur-doyen du Conservatoire de Paris.

•Jacques MARTIN, producteur-animateur.

•Gabriel MATZNEFF, écrivain.

écrivain. •Jean MAURIAC, journaliste.

•Philippe MESTRE,

•parlementaire,

•Roger MINNE, journaliste, écrivain.

•André-François MONTEIL, ancien élève de l’École normale supérieure, agrégé de l’Université, ancien ministre.

•Henri MORIER, lexicographe, professeur honoraire de l’Université de Genève.

•Michel MULLER, secrétaire général de la Fédération des travailleurs des industries du livre, du papier et de la communication.

•François NOURISSIER, écrivain.

•Louis NUCÉRA, écrivain.

•Gilbert PÉROL, amabassadeur de France.

•Hughette PÉROL, écrivain.

•Roger PEYREFITTE, écrivain.

•Patrice de PLUNKETT, journaliste.

•Edmond POGNON, historien.

•Frédéric POTTECHER, journaliste, chroniqueur judiciaire.

•Jacques RABEMANANJARA, ancien vice-président du gouvernement malgache, ancien ministre d’État aux Affaires étrangères de Madagascar, lauréat de l’Académie française.

•Jean RASPAIL, écrivain.

•Alain RAVENNES, écrivain.

•Jean-François REVEL, journaliste, écrivain.

•Jacques de RICAUMONT, homme de lettres, président du Cercle Montherlant.

•Alain RIVIÈRE,

•Philippe ROSSILLON, secrétaire général de l’Union latine.

•Jacques ROUGEOT, professeur de littérature française à la Sorbonne.

•Fernand ROUILLON, ancien ambassadeur.

•Jacques RUFFIÉ, professeur au Collège de France.

•Robert SABATIER, écrivain, membre de l’Académie Goncourt ;.

•Danièle SALLENAVE, écrivain.

•Nicolas SAUDRAY, écrivain.

•André SÉAILLES, président de l’Association internationale des amis de François Mauriac.

•Philippe SÉGUIN, parlementaire.

•Philippe SÉNART, magistrat, écrivain.

•Philippe SOLLERS, écrivain, conseiller littéraire.

•Georges STRAKA, professeur émérite des Universités, membre associé de l’Académie royale de Belgique et de l’Académie de Finlande, correspondant de l’Institut.

•Jacqueline THOME-PATENÔTRE, ancien ministre.

•Henri TISOT, évangéliste.

•Michel TOURNIER, écrivain, membre de l’Académie Goncourt.

•Alain TREZ, journaliste, dessinateur.

•Bernard TRICOT, membre du Conseil d’État (e.r.).

•Frédérick TRISTAN, écrivain, Prix Goncourt.

•Jean TULARD, historien, professeur à la Sorbonne.

•Robert VALLÉE, professeur émérite à l’université Paris-Nord, directeur général de la World Organisation of Systems and Cybernetics.

•Violaine VANOYEKE, écrivain.

•Yves de VERILHAC (Serge Dalens), magistrat honoraire et écrivain.

•Jacques VERGÈS, avocat à la Cour.

•Pierre de VERNEJOUL, professeur des Universités.

•Bernard VOLKER, journaliste, chargé des affaires européennes à T.F.1.

•Vladimir VOLKOFF, écrivain.

•Abbé André WARTELLE, professeur de grec à l’Institut catholique de Paris.

•Pierre-André WILTZER, parlementaire, président de la section française de l’Assemblée internationale des parlementaires de langue française.

•Georges WOLINSKI, journaliste, dessinateur.

La puissance des réseaux sociaux

Judy Davis et Magà Ettori lors du tournage de Marie-Antoinette de Sofia Coppola

Judy Davis et Magà Ettori – Marie-Antoinette de Sofia Coppola

Depuis hier soir, la  nouvelle de la mort de l’actrice australienne Judy Davis, enflamme les réseaux sociaux. En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, les RIP fleurissent sur twitter comme autant d’amanites phalloïde après une bonne pluie d’automne. La multi détentrice du Golden Globe, avec qui j’ai personnellement eu l’honneur de pratiquer une génuflexion intensive (Lien : Je vous trouve très beau, Versailles sauce Hollywood) a donc rejoint la voie lactée des Dieux du 7e art. Pas du tout, précise ses proches. La preuve, le film  »Les pleins pouvoirs » du génialissime Clint Eastwood avec Judy Davis était en programmation hier soir sur France 3. Hum ce n’est pas une preuve ça ! Mais si regardez dans Nécropedia, ils disent qu’elle est vivante. Alors là, si c’est Nécropédia qui le dit. Les réseaux sociaux colportent toutes sortes d’informations, les vraies comme les fausses, les plus anodines comme les plus terribles. Ainsi nombres personnalités ont déjà été l’objet de fausses rumeurs de mort se propageant sur Internet comme une traînée de poudre dans une soirée junky. Hier, ce fut au tour de Judy Davis, actrice australienne, d’être enterrée en première classe par un tweet funèbre. Tout est parti du message : « Judy Davis vient de nous quitter. RIP (Risposa In Pace). », publié sur le site de microblogging le 9 mai vers 14h. La rumeur enflamme immédiatement la toile. Nouveau tweet une heure plus tard : « Décès de Judy Davis, les proches de l’actrice confirment ». Pour amplifier l’effet d’annonce, ce dernier tweet est accompagné d’un lien vers le site Nécropédia (qui précise pourtant que Judy Davis n’est pas morte). La fausse information est ensuite reprise par quelques radios australiennes puis par des médias du monde entier. Ce n’est que tard dans la soirée de jeudi que le porte-parole de l’actrice se serait fendu d’un communiqué laconique qui « dément formellement le décès de Judy Davis ». En fait, internet, c’est comme dans la vraie vie mais en pire et en plus rapide. Je me souviens, d’un ami qui, un matin, sur une plage près d’Ajaccio, s’était fait une entorse à un doigt. Un petit passage à l’hôpital pour la forme, mais rien de grave. Le soir une personne de nos connaissances me raconte le plus sérieusement du monde que cet ami a eu une amputation de la main suite à un grave accident. Heureusement qu’il n’y avait pas twitter à l’époque, sinon la victime aurait été un homme tronc dans les 10 minutes. Ahhhhh c’est le moment d’écouter et de lire, un texte de circonstance de notre ami Yves :

La rumeur – Yves Duteil

La rumeur ouvre ses ailes
Elle s´envole à travers nous
C´est une fausse nouvelle
Mais si belle, après tout

Elle se propage à voix basse
À la messe et à midi
Entre l´église et les glaces
Entre confesse et confit

La rumeur a des antennes
Elle se nourrit de cancans
Elle est bavarde et hautaine
Et grandit avec le tempsCorse Rumeur - Magà Ettori (blog)

C´est un arbre sans racines
À la sève de venin
Avec des feuilles d´épines
Et des pommes à pépins

Ça occupe, ça converse
Ça nourrit la controverse
Ça pimente les passions
Le sel des conversations…

La rumeur est un microbe
Qui se transmet par la voix
Se déguise sous la robe
De la vertu d´autrefois

La parole était d´argent
Mais la rumeur est de plomb
Elle s´écoule, elle s´étend
Elle s´étale, elle se répand

C´est du miel, c´est du fiel
On la croit tombée du ciel
Jamais nul ne saura
Qui la lance et qui la croit…

C´est bien plus fort qu´un mensonge
Ça grossit comme une éponge
Plus c´est faux, plus c´est vrai
Plus c´est gros et plus ça plaît

Calomnie, plus on nie
Plus elle enfle se réjouit
Démentir, protester,
C´est encore la propager
Elle peut tuer sans raison
Sans coupable et sans prison
Sans procès ni procession
Sans fusil ni munitions…

C´est une arme redoutable
Implacable, impalpable
Adversaire invulnérable
C´est du vent, c´est du sable

Elle rôde autour de la table
Nous amuse ou nous accable
C´est selon qu´il s´agit
De quiconque ou d´un ami

Un jour elle a disparu
Tout d´un coup, dans les rues
Comme elle était apparue
À tous ceux qui l´avaient crue…

La rumeur qui s´est tue
Ne reviendra jamais plus
Dans un cœur, la rancœur
Ne s´en ira pas non plus.

ECOUTE SUR YOUTUBE : LA RUMEUR – YVES DUTEIL

La violence est culturellement enracinée en Corse

JUSTICE AVEUGLE ET SOURDE EN CORSE (Magà Ettori - blog)La Justice n’est pas qu’aveugle, elle est également sourde. Enfin, il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre. Au lendemain de l’assassinat de Jean-Luc Chiappini, Manuel Valls avait tenu des propos disons, un peu légers, sur des plateaux télévisés. Ce matin sur les ondes de France Inter, invité du 7/9 de Patrick Cohen, le ministre de l’Intérieur a tout simplement affirmé que la violence était endogène à la Corse. Une dame, fonctionnaire du Parc Naturel Régional de Corse, n’a pas hésité à décrocher son téléphone pour indiquer au ministre qu’elle avait été choquée par ces propos :  »Je suis Corse, je travaille pour la Corse. Pour moi, la violence ne fait pas partie de la culture, mais elle est un élément d’un contexte économique et politique que l’on a du mal à maîtriser. C’est un peu désespérant d’entendre qu’elle fait partie de notre culture et que vous ne pouvez rien y faire »  ce à quoi Manuel Valls a répondu :  »Les premières victimes de cette violence sont les Corses, les Français qui sont sur cette île, une île qui est soutenue depuis plus de 10 ans par l’État. Depuis des dizaines d’années, la violence est profondément enracinée. C’est la région de France où il y a le plus d’assassinats et de violence, et vous voudriez que le ministre de l’Intérieur nie cette réalité qui est enracinée dans la culture corse ? » C’est vrai que la violence est culturellement enracinée en Corse, et que Manuel Valls ne sait pas. Pour savoir, il aurait peut-être du prendre 5 minutes et lire le rapport Glavany en date du 3 septembre 1998 (hier) :

N° 1077

ASSEMBLÉE NATIONALE

CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958
ONZIÈME LÉGISLATURE

Enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 3 septembre 1998

RAPPORT

FAIT

AU NOM DE LA COMMISSION D’ENQUÊTE (1)
sur L’UTILISATION DES FONDS PUBLICS
ET LA GESTION DES SERVICES PUBLICS EN CORSE,

Président
M. Jean GLAVANY,

Rapporteur
M. Christian PAUL,

Députés.

La commission d’enquête sur l’utilisation des fonds publics et la gestion des services publics en Corse est composée de : M. Jean Glavany, président ; MM. François d’Aubert, Henri Cuq, vice-présidents ; MM. Bernard Charles, Michel Vaxès, secrétaires ; M. Christian Paul, rapporteur ; MM. Christian Bergelin, Jean Besson, Jean-Marie Bockel, Pierre Bourguignon, Mme Frédérique Bredin, MM. Marcel Cabiddu, Christophe Caresche, Gilles Carrez, Charles de Courson, Jean-Jacques Denis, Renaud Dutreil, Yves Fromion, Yann Galut, Jean-Yves Gateaud, Jean Gaubert, François Goulard, Guy Hascoët, Pierre Hériaud, Jean-Jacques Jegou, Jérôme Lambert, Jean Michel, Patrick Ollier, Didier Quentin.

 

iii.  à la recherche des causes : l’inconstance des gouvernements, les défaillances des pouvoirs locaux, la puissance des réseaux d’intérêt (suite et fin)

D.– L’émergence d’un  » système «  *

1.  Des réseaux d’intérêts et d’influence *

a) Des réseaux ont mis la main sur des organisations consulaires et professionnelles *

b) Les milieux particulièrement intégrés du banditisme en Corse *

c) Les groupes nationalistes et la tentation affairiste *

2.  Des liaisons dangereuses *

3.  Des méthodes inacceptables *

 

D.– L’Émergence d’un  » systÈme « 

En Corse, des réseaux d’intérêt existent comme partout ailleurs. Plus qu’ailleurs cependant, dans plusieurs secteurs de la société insulaire, ces réseaux ont dépassé les formes traditionnelles d’influence pour pénétrer dans l’illégalité organisée. Le détournement de prêts de la caisse régionale de Crédit agricole et des aides publiques en est une illustration, qui témoigne de la complexité des méthodes employées et des liens multiples qui sont en jeu.

La commission d’enquête s’est inévitablement intéressée à cet aspect du dossier corse, qui constitue un élément d’environnement déterminant pour le fonctionnement des services de l’État et des collectivités locales, y compris au regard de l’emploi des fonds publics.

De nombreuses enquêtes et de multiples observations concluent que la Corse abrite des  » pouvoirs ou intérêts occultes  » et connaît une  » dérive mafieuse « .

Mais au-delà, la commission est conduite à considérer, au terme de ses travaux, que tous les éléments d’un système  » pré-mafieux  » se sont progressivement rassemblés en Corse.

Les désordres des quinze dernières années, liés à la violence terroriste, n’ont pas été indifférents au développement de ce phénomène. Plus profondément, ce sont des alliances paradoxales qui se sont nouées dans un climat d’impunité.

1.  Des réseaux d’intérêts et d’influence

Ces réseaux prospèrent dans différents secteurs de l’île. A l’investissement par quelques-uns des structures consulaires ou professionnelles, s’ajoute l’implication dans certaines activités de l’île de bandits pas tous  » rangés des voitures  » ou de militants nationalistes reconvertis dans les affaires.

En listant, dans une note en date du 15 octobre 1997 qui aurait dû rester confidentielle, divers  » objectifs sur lesquels des investigations approfondies pourraient être opérées par les services spécialisées du ministère des finances « , M. Gérard Bougrier, alors préfet adjoint à la sécurité, laissait soupçonner l’étendue et les imbrications d’un certain nombre de réseaux. Ces cibles relevaient, en effet, du secteur de l’agriculture, du banditisme, et la note pointait également un certain nombre d’investissements douteux et attirait l’attention sur la CADEC et la caisse régionale de Crédit agricole.

a) Des réseaux ont mis la main sur des organisations consulaires et professionnelles

L’enquête de l’Inspection générale des finances sur la caisse régionale de Crédit agricole a contribué à mettre en évidence ce qui était sans doute loin de constituer une révélation pour l’opinion insulaire : l’existence de réseaux, constitués d’un faible nombre de personnes, qui avaient progressivement investi les institutions ou organismes intervenant, de près ou de loin, en matière agricole.

M. Michel Valentini constitue, à cet égard, l’exemple le plus significatif. Après avoir fait ses premières armes au sein du syndicalisme agricole, d’abord au sein des jeunes agriculteurs puis de la fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA), dont il a été le secrétaire général de 1985 à 1987, il devient président de la Chambre départementale d’agriculture de Haute-Corse puis de la Chambre régionale en 1995. Membre du conseil d’administration de l’ODARC, après en avoir assuré la présidence de 1987 à 1992, il était également élu à l’Assemblée de Corse jusqu’au renouvellement de mars dernier. Un don d’ubiquité qui fait dire à certains qu’il était le  » véritable patron  » de l’agriculture de l’île. L’enquête de l’Inspection générale des finances montre que cette position centrale lui a permis de bénéficier indûment de prêts agricoles.

L’un de ses proches, M. Philippe de Casalta, bien que directeur général de la Chambre régionale d’agriculture (comme de la Chambre départementale de Haute-Corse d’ailleurs), était au mépris du code rural également directeur de la SAFER, parachevant ainsi le verrouillage.

Le climat actuel et les enquêtes en cours ne semblent pas, au contraire, avoir incité ces réseaux à une plus grande discrétion ou à une plus grande prudence. Au contraire, ils semblent pris dans une fuite en avant étonnante.

Les organes de la caisse régionale de Crédit agricole n’ont rien trouvé de mieux que d’élire à la présidence de la caisse régionale, M. François Musso, alors que l’Inspection générale des finances était déjà dans les murs et le mettra gravement en cause par son rapport, ce qui lui vaut aujourd’hui une mise en examen. Il est vrai que, selon la presse locale,  » il semble que M. Musso ait formé (lors de son élection) le vœu que les investigations en cours soient menées à leur terme afin de pouvoir engager sa présidence sur une base de transparence et de clarté « .

L’intérim de la présidence de la Chambre départementale de Haute-Corse, à la suite de l’incarcération de M. Michel Valentini, a été confié à M. Louis Semidéi, par ailleurs président de la caisse de MSA de Corse dont la gestion est également très contestée.

A la suite des élections territoriales de mars dernier, le Conseil exécutif a accueilli dans ses rangs M. Jean-Claude Guazzelli, ancien directeur général de la caisse régionale de Crédit agricole, et M. José Galetti, également mis en cause par le rapport de l’Inspection générale des finances. Ils sont devenus respectivement présidents de l’ADEC et de l’ODARC, deux offices dispensateurs de subventions.

Hors du domaine agricole, les présidents des deux Chambres de commerce et d’industrie illustrent également la stratégie d’occupation des positions institutionnelles-clés par quelques hommes. En Haute-Corse, la Chambre est présidée par M. Paul Natali qui a constitué l’un des principaux groupes de bâtiment-travaux publics de l’île. En outre, il a occupé, ou occupe encore, des positions électives importantes : président du conseil général de Haute-Corse de 1995 à 1998, il reste aujourd’hui conseiller général et vient d’être élu à l’Assemblée de Corse où il préside la commission du développement économique. Ainsi donc un homme ayant d’importants intérêts économiques occupe, ou a occupé, des postes dans lesquels il se trouve en position de donneur d’ordres dans son secteur d’activités.

De même, la Chambre de commerce et d’industrie de Corse-du-Sud est présidée depuis 1994 par M. Gilbert Casanova, l’un des dirigeants du Mouvement pour l’autodétermination dont de nombreux membres se sont reconvertis dans les affaires, notamment sur le port de l’Amirauté à Ajaccio géré par cette même Chambre de commerce et d’industrie.

b) Les milieux particulièrement intégrés du banditisme en Corse

Le milieu corse est représenté principalement par deux cercles qui défraient régulièrement la chronique, celui dit de la  » Brise de mer  » et celui gravitant autour de M. Jean-Jérôme Colonna.

Tirant son nom d’un établissement du vieux port de Bastia aujourd’hui disparu, le groupe de la  » Brise de mer  » a pris son essor à la fin des années 1970, en se spécialisant notamment dans des attaques à main armée de succursales bancaires ou de fourgons de transport de fonds. Dans le passé, plusieurs membres de cette bande ont été impliqués dans des affaires de ce type au début des années 1980.

Depuis, ce groupe a réinvesti le produit de ses activités criminelles dans diverses activités en Haute-Corse, telles que débits de boisson, boîtes de nuit ou discothèques, en  » faisant en sorte que leurs affaires deviennent de plus en plus « blanches » «  a indiqué devant la commission d’enquête un ancien responsable administratif sur l’île. Ce  » blanchiment  » d’argent sale et cette prise de contrôle d’établissements de nuit ont, en outre, été l’occasion de sanglants règlements de comptes. On observe que cette bande a su également parfaitement utiliser le climat créé par les attentats terroristes. Des établissements ou magasins plastiqués ont parfois été rachetés pour des sommes modiques pour devenir de fructueuses affaires pour leurs nouveaux propriétaires.

Depuis quelques années, les conséquences de cette prospérité inquiètent, en ce sens qu’elle suscite un certain prosélytisme au sein des jeunes gens fréquentant les établissements détenus par cette bande.

Dans le sud de l’île, cet ancien responsable a également évoqué  » le groupe de Jean-Jérôme Colonna, que l’on peut considérer comme le seul parrain corse. Ayant, lui aussi, assumé des activités mafieuses sur le continent, il s’est enfui en Argentine après avoir été condamné par les tribunaux à 20 ans de réclusion criminelle. Sa peine devenue forclose, il est rentré s’installer paisiblement au pays où il continue à animer un certain nombre d’activités tournant autour de l’hôtellerie, des jeux et des boîtes de nuit dans le secteur d’Ajaccio « . On note également qu’il possède des intérêts dans le bar de l’aéroport d’Ajaccio, concédé par le précédent président de la Chambre de commerce et d’industrie, M. Edouard Cuttoli. Les propos entendus concernant M. Colonna apparaissent quelque peu contradictoires. Pour certains, le cœur de ses activités n’est pas situé en Corse, celle-ci constituant plutôt un  » sanctuaire  » où il se montre particulièrement discret. D’autres, au contraire, voient en lui un  » parrain  » actif et influent, nouant des liens dans toutes les couches de la société insulaire.

S’agissant de l’éventuelle implantation de la mafia italienne, de nombreux observateurs soulignent que l’île est suffisamment pourvue en bandits pour ne pas éprouver le besoin d’en importer de l’extérieur. En réponse à une question sur une éventuelle implication du crime organisé, notamment italien, en Corse, le directeur général de la police nationale indiquait à la mission d’information sur la Corse :  » au plan opérationnel, je n’ai pas eu, pour ma part, depuis que je suis à ce poste, d’indications précises sur des liens entre la mafia italienne et les actions qui se passent en Corse. En revanche, il est certain qu’il y a des liens entre les personnes « .

Le rapport de la commission d’enquête sur les moyens de lutter contre les tentatives de pénétration de la mafia en France, présidée par M. François d’Aubert en janvier 1993, avait évoqué cette question, relevant que  » des témoins ont cependant indiqué à la commission que plusieurs réunions de mafieux avaient eu lieu en Corse et que l’enquête sur l’affaire du casino de Menton (…) avait mis à jour des liens entre la Mafia et le milieu corse « . Il ajoutait que  » quant aux investissements de la Mafia en Corse, souvent mis en avant par les nationalistes pour justifier leurs exactions, il n’existe guère plus de certitudes « .

A ce sujet, on évoque pourtant régulièrement l’île de Cavallo située sur le territoire de la commune de Bonifacio. Comme l’indiquait devant la mission d’information sur la Corse le directeur général de la police nationale,  » Cavallo a fait l’objet d’investissements mafieux italiens « . A la question posée de savoir si l’on en avait la certitude, il indiquait :  » c’est une certitude au sens du renseignement. C’est de la conviction policière ; il reste à mettre cela en évidence de façon procédurale « .

Le rapport d’Aubert évoquait déjà le cas de Cavallo en ces termes :  » Des rumeurs ont couru sur des investissements immobiliers, comprenant la construction d’un village de vacances dans l’île de Cavallo, au sud de la Corse. D’après les renseignements fournis par la police italienne, ces investissements seraient financées par l’intermédiaire de M. Lillo Lauricello, considéré comme un spécialiste du recyclage de l’argent de la mafia. L’enquête menée en France sur cette affaire a révélé que des financements provenaient de prêts bancaires consentis par des banques helvétiques, qui étaient eux-mêmes couverts par la garantie à l’exportation accordée par l’État italien « .

Surnommée  » l’île des milliardaires « , l’île de Cavallo appartient en effet à une société privée, la Compagnie des îles Lavezzi (CODIL) qui a, à plusieurs reprises attiré l’attention des services fiscaux ou des services de police. Elle a aussi attiré l’attention des milieux nationalistes qui ont monté deux actions violentes sur l’île, la première en 1992 par le mouvement Resistanza, la seconde en 1995 revendiquée par le FLNC-Canal historique.

Il est à noter qu’elle a su échapper à l’attention du tribunal de commerce d’Ajaccio. En avril 1995, le commissaire aux comptes de cette société mettait en œuvre la procédure d’alerte mais, dans un jugement de juillet 1995 confirmé en appel en décembre 1996, le tribunal de commerce constatait que la société ne se trouvait pas en situation de cessation des paiements. A la suite d’une nouvelle saisine directe par le commissaire aux comptes, le tribunal de commerce d’Ajaccio rejetait, par un jugement du 12 janvier 1998, la saisine, estimant que la société ne se trouvait toujours pas en situation de cessation des paiements. Apparemment, le tribunal se contentait des déclarations du nouveau commissaire aux comptes – puisque le précédent, auteur de la saisine, avait démissionné – indiquant qu’il n’avait pas l’intention de mettre en œuvre la procédure d’alerte.

c) Les groupes nationalistes et la tentation affairiste

Dans son article de la revue Hérodote, l’universitaire Marianne Lefèvre décrivait les stratégies des deux principaux courants nationalistes.

 » Le Mouvement pour l’autodétermination, MPA–Canal habituel, surnommé dans l’île le  » mouvement pour les affaires « , est majoritairement composé aujourd’hui de socio-professionnels du tourisme et du commerce, d’entrepreneurs et de membres de professions libérales. Le trésor de guerre amassé durant les années grâce au racket a été réinvesti : hôtels, commerces, bars, machines à sous, principalement localisés dans le golfe d’Ajaccio et le port de l’Amirauté, l’extrême sud et la Balagne, le continent et l’étranger. Les militants de ce courant nationaliste ont désormais un patrimoine à protéger et à faire fructifier. Ils sont entrés dans une phase d’investissement et de revitalisation du littoral insulaire (…), ils ne parlent plus d’indépendance, mais de développement économique géré par les pouvoirs locaux.(…) Ces nationalistes sont mûrs pour revendiquer à leur tour une paix civile garante de prospérité économique.  »

 » Le Canal historique-Cuncolta s’est quant à lui spécialisé dans le prélèvement de fonds, soit de l’État, soit des investisseurs insulaires, continentaux et étrangers.(…) Les investisseurs sont traditionnellement soumis à l’impôt révolutionnaire, comme dans les grands complexes touristiques ou les entreprises de transports.(…) Les militants du Canal historique sont moins intégrés que ceux du Canal habituel dans le tissu économique de l’île. Ils ne créent que très peu d’entreprises, excepté dans l’agriculture ou le transport de fonds.(…) Si les dirigeants officiels de la Cuncolta en Haute-Corse sont majoritairement des avocats du barreau de Bastia, les troupes officielles et clandestines sont quant à elles de plus en plus mobilisées parmi les chômeurs et les jeunes des quartiers sud-bastiais (…) ; ce mouvement nationaliste, qui recrute parmi les agriculteurs, les petits commerçants et les artisans, compte dans ses rangs une part croissante d’hommes de main.(…) Dans ce contexte de racket systématique et d’endettement généralisé, l’observation des règles républicaines devient un obstacle. Inversement, une déréglementation institutionnelle du territoire insulaire offre des perspectives d’avenir : le statut de TOM revendiqué par la Cuncolta entre dans cette logique de spécificité et de territoire hors norme où tout est possible. « . Il convient de noter que la Cuncolta vient de renouer avec la revendication indépendantiste, abandonnée pendant plusieurs années.

Cette implication dans les affaires liées au tourisme de membres éminents des mouvements nationalistes expliquerait, pour certains observateurs, que la trêve estivale des attentats soit aussi régulièrement observée depuis de nombreuses années.

2.  Des liaisons dangereuses

Plusieurs des témoins entendus par la commission d’enquête ont estimé que l’origine des liens noués peut être d’abord trouvée dans les liens familiaux ou dans les liens amicaux tissés dès l’enfance.

 » Toute la société insulaire connaît, soit parce qu’elle a des liens de sang, soit parce qu’elle a des liens d’amitié, des gens qui ont lutté contre la loi ou qui ont dérivé par rapport à l’application de la loi. En d’autres termes, il n’y a pas dans l’île de milieu qui soit totalement exempt de relations avec des éléments de dérive. Cela n’existe pas. Dans chaque grande famille insulaire, on trouve à un degré de parenté plus ou moins proche, un militant nationaliste, un voyou, un garçon fiché au grand banditisme, fils, neveu ou cousin  » a expliqué un magistrat en poste sur l’île.

De même, l’ancien responsable administratif déjà cité indiquait :  » comment le lien (…) se réalisait-il ? Par le fait que ces personnes vivaient ensemble, se côtoyaient en permanence, se parlaient, se connaissaient depuis l’enfance. De ce fait, par delà les éventuelles divergences de point de vue, les contacts continuaient. Dans les manifestations, et notamment les enterrements, toute la société corse est représentée, c’est un moment où tout le monde s’embrasse, même les pires ennemis « .

Mais l’explication par les liens familiaux ou amicaux ne saurait suffire. En effet, des liens transversaux ou des alliances paradoxales apparaissent à l’observateur attentif.

L’affaire de la caisse régionale du Crédit agricole en donne de multiples exemples.

Ainsi, les investigations menées par les inspecteurs généraux des finances sur le cas de M. François Musso mettent en évidence des relations d’affaires entre des personnes dont les appartenances politiques différentes ne pouvaient laisser supposer des liens aussi étroits. Ainsi, il apparaît que M. Musso a pu rembourser une partie de ses emprunts grâce à des sommes versées par M. Toussaint Luciani qui, au terme d’un parcours politique sinueux se trouve aujourd’hui à l’Assemblée de Corse. D’autres liens, au travers de  » montages particulièrement complexes  » ont été mis au jour, puisqu’il apparaît que :

 » – des prêts contractés pour l’acquisition d’un appartement ont été reversés, par l’intermédiaire de M. Antoine Luciani, à diverses sociétés de construction et de promotion immobilière pour 1,4 million de francs . Le prêt a été partiellement remboursé grâce à un versement de M. Toussaint Luciani, qui possède un compte joint avec M. Antoine Luciani ;

 » – un prêt de 2,3 millions de francs, consolidé dans le cadre de la  » mesure Balladur « , a donné lieu à des versements de 618.000 francs à la société immobilière Pantalacci de M. Noël Bernard Pantalacci ainsi qu’à des versements de 1,8 million de francs au profit de l’entreprise de travaux publics Antoniotti-Natali, qui a été dirigée par l’ancien président du conseil général de Haute-Corse, dont les contreparties n’ont pas été éclaircies ;

 » – le paiement d’une partie des échéances du prêt est consécutif à des ventes de terrains à une société italienne. « 

L’enquête sur le Crédit agricole confirme également les liens entre certains milieux nationalistes et les institutions en charge de l’agriculture en Corse. L’affaire du domaine de Pinia à Ghisonaccia dans la plaine orientale l’illustre parfaitement.

Ce domaine, exploité d’abord par des agriculteurs rapatriés, a été occupé en 1979 par un groupe d’éleveurs corses. Le domaine a alors été racheté par une filiale du Crédit agricole, la Segespar, qui l’a d’abord donné à bail à la SAFER. Devant l’impossibilité de l’allotir, celle-ci suspend le bail. En 1985, la Segespar la donne à bail à la SCA Di a Pieve di castellu, fondée par des militants nationalistes et dont le gérant est M. Mathieu Filidori. Cette société a bénéficié d’importants crédits de la caisse régionale du Crédit agricole, de subventions publiques ainsi que des  » mesures Balladur  » et Juppé. Comme l’indique le rapport de l’Inspection générale des finances, la société  » exerce une activité assez réduite compte tenu de la taille du domaine de Pinia qui lui est donné à bail (880 hectares). En revanche, (elle) est au cœur d’un écheveau de sociétés regroupant les mêmes associés, qui exercent des activités diverses (restauration, chasses, gestion immobilière en association avec un groupe italien (…)) « .

De même, le dossier des ventes successives de l’hôtel Miramar met en relation, non seulement M. Jean-Jérôme Colonna, mais aussi M. Noël Pantalacci, président de la CADEC, M. Robert Feliciaggi, maire de la commune de Pila-Canale, fief de la famille Colonna, et qui a fait fortune en Afrique dans l’import-export et les jeux. D’ailleurs, MM. Pantalacci et Feliciaggi n’ont-ils pas été élus à l’Assemblée de Corse sur la même liste en mars dernier ? Rappelons que, lors des élections législatives de 1997, M. Feliciaggi était le suppléant de M. Denis de Rocca Serra, adversaire de M. Jean-Paul de Rocca Serra : son cousin, M. Toussaint Luciani, qui a eu également à connaître d’affaires africaines, a été cité comme leur directeur de campagne.

L’on ne peut que s’étonner des liens croisés et des rivalités qui concernent des hommes aux intérêts importants dans plusieurs secteurs économiques, dont le monde des jeux, en France ou en Afrique. Leur proximité avec le banditisme et certains milieux nationalistes confortent la perception de l’ » émergence d’un système « .

On peut également déceler les traces d’une connivence ancienne, du moins dans les périodes électorales, entre les mouvements nationalistes et les élus traditionnels de l’île. Ces traces peuvent être observées notamment lors des élections. Cela s’est notamment vérifié lors des élections municipales de 1995, à Ajaccio et à Porto-Vecchio notamment, où il est apparu que chacune des organisations nationalistes soutenait l’un des deux principaux camps en présence. Comme l’explique l’universitaire Marianne Lefèvre,  » l’Assemblée territoriale est dispensatrice de fonds publics et ses choix conviennent aux nationalistes de l’intérieur montagnard de la Cuncolta : ils privilégient étonnamment le secteur de l’agriculture (…) (par exemple) pour la « revitalisation de l’intérieur » en matière d’élevage porcin prôné par la Cuncolta « .

De même, les exemples ne manquent pas d’adoption par la majorité de l’Assemblée de motions déposées par les nationalistes, sur les sujets les plus divers. Rappelons notamment qu’en 1989, la seconde amnistie avait été réclamée par l’Assemblée de Corse elle-même.

Enfin, certains observateurs soulignent la tentation politique du milieu. Un haut magistrat qui a été en poste sur l’île évoquait le rôle d’agents électoraux joué par les différentes bandes pour collecter les votes par procuration ou participer aux campagnes d’affichage. Il indiquait que, souvent choisis comme gardes du corps ou membres de service d’ordre, ces hommes s’étaient tissés un réseau de relations non négligeables  » susceptible de générer un processus mafieux irréversible au sein même des assemblées territoriales « . Un témoin entendu par le rapporteur évoquait également l’intérêt grandissant pour la chose politique manifesté par les membres de la  » Brise de mer  » ou leurs relais.

Ainsi, de complaisances tacites en liens occultes  » à géométrie variable  » – entre socio-professionnels, éléments issus des mouvements nationalistes, délinquance organisée et une étroite minorité d’élus insulaires -, tous les éléments d’un système pré-mafieux se mettaient en place.

3.  Des méthodes inacceptables

Pour garantir leurs positions et protéger leurs intérêts, ces réseaux n’hésitent pas à recourir à des intimidations ou à des violences organisées.

Parfois, les intimidations ont un caractère public, une des tactiques communément employées consistant à s’abriter derrière une ou plusieurs professions, notamment pour mettre en échec des procédures de recouvrement de créances ou réclamer des mesures de désendettement général.

D’après certaines informations parvenues à la commission d’enquête, ces manœuvres revêtent d’ailleurs un caractère plus discret. On a évoqué, pas toujours à mots couverts, des menaces sur des magistrats ou certains responsables administratifs.

En matière agricole, M. Michel Valentini était coutumier du fait. En février 1996, alors que la question de l’endettement agricole était au centre des préoccupations, il organisait une réunion à Ghisonaccia, au cours de laquelle une motion , adoptée à l’unanimité, décidait que tous les agriculteurs s’opposeraient par tous les moyens à la saisine de leur exploitation. Dans son discours, M. Valentini affirmait que  » de notre côté, nous ne nous laisserons pas sacrifier sans réagir « . L’éclatement de l’affaire de la caisse régionale de Crédit agricole, qui le met gravement en cause avec son épouse, lui a donné l’occasion de se livrer à une tactique analogue. Lors d’une réunion de responsables agricoles organisée à la Chambre régionale d’agriculture le 13 mars dernier, il a dénoncé  » la cabale menée contre la profession  » et  » une orchestration digne de la pire chasse aux sorcières « . Affirmant que les agriculteurs  » défendront (leur) outil de travail et (leur terre) jusqu’au bout « , il ne craignait pas alors de déclarer :  » des débordements violents ne sont pas à exclure « .

Beaucoup plus inacceptables encore sont les menaces graves et directes dont un membre du corps préfectoral a fait l’objet de la part de M. Valentini. Ces pressions visaient à détourner ce fonctionnaire, dont le témoignage a été recueilli, d’une attitude jugée trop vigilante sur les dossiers agricoles.

Un comportement analogue peut être repéré également chez certains professionnels du tourisme. Ainsi, la Coordination des industries touristiques de la Corse n’a pas craint en 1996 de susciter des manifestations de professionnels endettés pour s’opposer par exemple à des ventes judiciaires provoquées par leurs créanciers, notamment la CADEC. Elle s’était d’ailleurs associée, cette année-là, aux comités d’agriculteurs endettés pour constituer, à l’initiative de M. Michel Valentini, un comité de crise. Or, le vice-président de cette coordination, M. Charles Colonna d’Istria, est l’un des principaux associés au sein du complexe Santa Giulia, qui constitue par ailleurs le principal risque de…la CADEC.

Le recours aux pressions ou aux intimidations peut intervenir pour défendre des intérêts personnels sans passer sous le couvert de la défense d’une profession ou d’un secteur en difficultés.

Ainsi, M. Gilbert Casanova, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Corse-du-Sud, connaît quelques démêlés avec les services fiscaux et l’URSSAF.

En dette d’environ 250.000 francs au titre du non-reversement de la TVA, M. Gilbert Casanova a fait l’objet, de la part des services fiscaux, d’un avis à tiers détenteur sur l’un des comptes actifs de ses sociétés. Convoquant une conférence de presse en présence du personnel d’une société qu’il avait pourtant juridiquement transmise à son fils, il a déclaré que cette action des services fiscaux était motivée par un souci de représailles en raison des critiques sévères qu’il avait formulées quelques semaines auparavant sur la note rédigée par l’inspecteur général des finances François Cailleteau. D’après certaines indications fournies à la commission d’enquête, sa réaction n’a pas été seulement publique : des témoins ont évoqué des interventions auprès du directeur des services fiscaux et du préfet Claude Erignac lui-même. Interventions qui se sont révélées vaines, M. Gilbert Casanova ayant dû honorer sa dette.

Il était à l’évidence coutumier de ces méthodes. Le témoignage d’un ancien trésorier-payeur général a été recueilli, qui a évoqué la venue inopinée de M. Casanova dans ses locaux et les pressions personnelles qu’il exerça ce jour-là.

M. Gilbert Casanova a également été assigné devant le tribunal de commerce d’Ajaccio par l’URSSAF, le 22 décembre dernier : la requête porte sur 999.413,19 francs de cotisations sociales impayées, certaines depuis 1995. Quelques jours plus tard, dans la nuit du 8 au 9 janvier 1998, le garage de M. Casanova était gravement endommagé par un attentat, détruisant au passage toute la comptabilité de la société. Le comportement du tribunal de commerce à l’égard de cette requête est particulièrement étonnant. Audiencé d’abord pour le 26 janvier, le dossier a été reporté ensuite à quatre reprises, d’abord pour le 2 mars, puis pour le 20 avril, puis pour le 8 juin, enfin pour le 6 juillet. A l’issue de cette audience, le tribunal de commerce a rendu un jugement avant dire droit renvoyant l’affaire en Chambre du conseil pour le 7 septembre  » pour entendre la débitrice « . Cette attitude, pour le moins indulgente du tribunal de commerce, a été justifiée par certains témoins par le souci de préserver l’emploi de la trentaine d’employés de la société et de laisser le temps à la société d’éclairer le tribunal sur sa situation, tâche rendue plus ardue par la disparition de sa comptabilité. La désignation d’un administrateur judiciaire dès la première audience aurait pu pourtant permettre d’avoir plus rapidement une juste vision des choses.

Ainsi, à l’abri de liens protéiformes et par l’utilisation de méthodes douteuses, un véritable  » système-lié  » se mettait progressivement en place, pour reprendre l’expression utilisée devant la commission d’enquête par un haut responsable sur l’île. Observant  » l’embryon d’un système-lié, où l’argent et le pouvoir, se soutenant, se sont mis en mouvement « , il poursuivait :  » le rapport de l’Inspection générale des finances sur le Crédit agricole fait apparaître que sur les mêmes dossiers, nous retrouvons ce fameux triangle de politiques qui distribuent des crédits et des autorisations, d’affairistes – grand banditisme ou nationalistes – qui investissent, recyclent ou spéculent et de certaines institutions qui sont investies pour développer une façade d’honorabilité « .

La constitution, à Bastia, du pôle de lutte contre la délinquance financière répond donc à une impérieuse nécessité pour  » casser  » dans les meilleurs délais un phénomène qui, s’il parvenait à se consolider encore davantage, ruinerait le rétablissement de l’État de droit en Corse.

 

Un rien fiscal

Gérard Lanvin - Gérard Depardieu

« S’il veut se geler les couilles, qu’il parte en Russie. » (…) « Ce n’est pas une question d’impôts, c’est une question de liberté. » Lors de la promotion de son film  »Amitiés Sincères », nous avons eu droit à une intervention bien rafraîchissante de  Gérard Lanvin qui a évoqué l’affaire de l’exil fiscal de Gérard Depardieu, ajoutant : « Je ne suis pas supposé payer un ISF qui va détruire ma vie », faisant référence aux 75% imposables pour les salaires supérieurs à un million d’euros. « Je suis un forain moi. Je n’ai rien accumulé. Je ne risque absolument rien à rester ici, même à 75% ! » Par contre, la star confie qu’elle ne prendra pas le risque de tourner trop de films, afin de ne pas atteindre le seuil imposable, « ce qui mettra une bonne centaine de personnes (c’est environ le nombre de professionnels employés sur un long métrage) dans l’embarras et ça risque de ne plus faire marcher le système. », et de conclure : « Je pense qu’elle est regrettable cette histoire, parce qu’on est dans le rien. » Effectivement on est dans le rien, Gérard Depardieu est définitivement libre de choisir sa nationalité, après l’affaire Cahuzac franchement qui pourrait prétendre le contraire ?

 

Paul Giacobbi, mafia et Guantanamo

Guantanamo (Magà Ettori - Blog)Avant  »Giacobbi corruption »,  »Corse Violence Mafia » et  »Paul Giacobbi Gîtes ruraux », un des premiers termes de recherche les plus importants pour arriver sur notre blog (top 5) est  »Paul Giacobbi mafia ». Ce qui revient à dire que les internautes tapent massivement le nom du Président de l’Exécutif de l’assemblée de Corse et le mot mafia, c’est un fait. Pourquoi ? Qu’est-ce qui alimente la rumeur ? Paul Giaccobi, également député de la deuxième circonscription de Haute-Corse a été le premier élu à être protégé depuis les déclarations de Manuel Valls et Christiane Taubira en décembre dernier sur l’île. C’est une piste, mais un peu mince, il y a tellement de possibilités. Les  »affaires » de ces derniers jours nous apportent un éclairage différent.

Démission de Marie-Antoinette Brunelli-Santoni

Contrairement à ce que prétend Jean-Louis Luciani, le président de l’Office Développement Agricole et Rural de Corse (ODARC), la démission de Marie-Antoinette Brunelli-Santoni de la Commission d’évaluation et de contrôle de l’Assemblée de Corse, n’est pas un non évènement. Dans le Corse Matin de ce jour, Marie-Antoinette Brunelli-Santoni accuse l’Exécutif de faire de la rétention d’informations sur l’état des effectifs et évoque un déni de démocratie.  En novembre dernier la Commission d’évaluation et de contrôle de l’Assemblée de Corse dirigée par Marie-Antoinette Brunelli-Santoni a présenté un rapport devant l’assemblée de Corse, plutôt rude pour les tenants des petites affaires entre amis :  »le contrôle de légalité n’est pas toujours respecté, plus grave encore, des créations d’emplois (57 depuis 2010) n’ont pas été validées par l’assemblée de Corse. « Nous avons constaté que des postes ont été créés, mais qu’aucune délibération de l’assemblée de Corse ne garantissait ces emplois. » Marie-Antoinette Brunelli-Santoni précise :  »J’ai dénoncé le problème. Le président de l’exécutif s’est engagé à mettre les choses à plat. Et depuis, plus rien… J’ai visiblement soulevé un lièvre difficilement gérable pour l’exécutif. Depuis six mois, je sollicite des rendez-vous avec le président de l’exécutif, en vain. On botte en touche constamment. Je suis pourtant persuadée qu’en ces temps de crise et de violence, il est plus que jamais vital de respecter certaines règles ». Et oui monsieur Luciani, ce n’est pas un non événement.

Remboursement par la SNCM de 220 millions d’euros d’aides publiques

Autre actualité, hier la Commission européenne a porté un rude coup à la SNCM en lui demandant de rembourser, d’ici la fin août, 220 millions d’euros d’aides publiques. Bruxelles a estimé que les compensations de service public reçues de 2007 à 2013 par la SNCM et son partenaire, la CMN, pour la desserte «de base» entre la Corse et Marseille, étaient conformes aux règles de l’UE. Au moment où la SNCM doit signer une nouvelle délégation de service public (DSP) pour la période 2014-2020, «c’est une bonne nouvelle pour la pérennité de cette liaison maritime», a souligné devant la presse un porte-parole de la Commission, Olivier Bailly. Bruxelles, saisi en 2007 par le groupe italien Corsica Ferries, principal concurrent de la SNCM, a jugé qu’elles ne compensaient aucun besoin réel de service public et ont donc procuré un avantage indu à la SNCM, chiffré à 220 millions d’euros sur 2007-2013. Montant à restituer sous quatre mois à la collectivité corse.

Nous n’allons pas épiloguer sur cette affaire, qui est loin d’être finie. En revanche nous notons la réaction de Paul Giacobbi sur son blog :  »Pour autant, conclure que la SNCM est « condamnée » à rembourser à l’Office des Transports de la Corse et dans un délai de quatre mois une somme de plus de 200 millions d’euros paraît tout à fait prématuré et sans aucun doute excessif. En effet, ce n’est pas parce qu’une décision publique est reconnue après coup illégale que l’intégralité des sommes qui ont été versées doivent être remboursées. Si l’arrêté nommant un fonctionnaire est annulé des années après qu’il ait été signé parce qu’il comporterait un élément d’illégalité, ce n’est pas pour autant que le fonctionnaire devra rembourser les salaires qui lui ont été versés pour la bonne et simple raison qu’il a travaillé et qu’il mérite paiement pour, comme le dit la jurisprudence, le « service fait ». De même, quand un marché public est annulé pour illégalité parfois longtemps après que les travaux aient été réalisés, l’entreprise n’est pas amenée à rembourser l’intégralité de ce qui lui a été versé car elle a réalisé ces travaux qui doivent donc lui être payés. Dans les deux cas, il peut subsister une différence entre le service qui a été fait et ce qui a été payé, mais cette différence est souvent relativement faible. Dans le cas présent, la SNCM a effectué un service à la demande de la collectivité territoriale et par conséquent ce service doit être rémunéré, même si ce n’est peut-être pas au même niveau que celui auquel il a été payé. Dans ces conditions, il appartiendra sans doute à la Cour de Justice de l’Union européenne de trancher sur ce qui doit être éventuellement remboursé. Cette décision ne sera pas immédiate et la procédure prendra sans doute plus d’une année. »

Le blog de Paul Giacobbi, toute une littérature. De Margareth Thatcher au conclave du pape en passant par le billet qui désigne la banque centrale du Japon, le Président de l’Exécutif de l’assemblée de Corse a un avis sur tout, et il l’écrit. Il nous éclabousse de son savoir érudit à longueur d’article. On en vient à se demander quand est-ce que ce brave homme travaille. Peut-être qu’au lieu de réfléchir au devenir de Guantanamo, le chef du gouvernement insulaire devrait avoir une réflexion sur ses propres prisons, celles de sa cité, celles de ses mandats (nombreux), celles de son esprit, celles qui mènent chaque jour un peu plus la Corse vers sa faillite. La déclaration de Patrimoine toujours sur le Blog en question ne laisse apparaître aucun enrichissement personnel. Paul Giacobbi n’est apparemment pas vénal, non il est fragilisé par le grand banditisme, fragilisé par ses combats politiques et surtout fragilisé par Paul Giacobbi. Sa méthode à la Ponce Pilate est indigne de ses responsabilités. Ceci est peut-être un début d’explication dans le fait que les internautes font des recherches sur sa personne liée au mot mafia. Ici, la parole ne circule pas, elle file, vole et se dilue.

Santoni-Brunelli (Magà Ettori - Blog)