La mémoire en héritage

EVELYNE ADAM - 10-ans-bernard-loiseau-niaque-heritage (Magà Ettori -blog)En cet après-midi du 24 février 2003 à Saulieu, tout bascule. Que se passe-t-il dans la pensée du chef le plus charismatique, le plus flamboyant, le plus chaleureux de la cuisine française pour qu’à 52 ans il décide de mettre un terme à sa vie et à l’édifice qu’il avait bâti avec passion, courage et cette énergie conquérante qui l’animait : la niaque ! Il est des gens qui n’oublient pas, comme son amie Evelyne Adam. Personnellement, je connais deux Evelyne Adam. La première est un personnage public. Je vais vous faire l’économie de son portrait ; il vous suffit de lire un article intitulé des  »Ondes et des Anges » plus ou moins rédigé par votre dévoué serviteur en septembre dernier, mais surtout par Véronique Emmanuelli : https://magaettori.wordpress.com/2012/09/03/des-ondes-et-des-anges/. La deuxième Evelyne est mon amie, je ne vous en parlerai pas davantage puisqu’il s’agit ici de ma sphère très privée. Alors pourquoi cet article ? Simplement pour évoquer le dernier ouvrage d’Evelyne : LA NIAQUE EN HERITAGE. Evelyne honore par ce livre la promesse faîte à Bernard Loiseau lors de sa dernière interview en 2002, comme une réponse en écho à sa recommandation : «N’oublie pas la niaque !»

Ce livre met à jour un document exceptionnel qui ramène à la surface les confidences de Bernard Loiseau retrouvées grâce aux recherches menées par l’Atelier de création du Grand Est de Radio France et l’Institut National de l’Audiovisuel à Strasbourg. Bernard y dévoile sa vie et y confie sa vérité comme si, 10 ans après, il tenait encore à communiquer sur la force de la niaque et en faire un héritage destiné à tous. Une sélection de recettes tirées des «Classiques de Bernard Loiseau» clôt l’ouvrage et les photos sont issues de la collection personnelle de la famille Loiseau. «La niaque, toujours la niaque !»  se plaisait à marteler Bernard Loiseau. Mais ce jour d’hiver 2003 elle n’aura pas suffi ou alors, par une emprise démoniaque, profitant d’un instant vulnérable, se sera faite fatale pour armer la main du désespoir. «La niaque» c’était son credo, pas après pas, depuis son apprentissage en 1968, le secret de son endurance les jours de doute, l’aiguillon, l’antidote aux aléas, son ressort dans un éternel souci d’excellence et le marathon qu’il menait dans la folle course aux étoiles. A la force du poignet, il les avait décrochées vaillamment, brillamment, ces trois étoiles au Michelin qui couronnent encore sa maison, aujourd’hui. Elles étaient sa fierté depuis 1991, il ne les a jamais perdues. Alors, il y a dix ans chacun détient son hypothèse face à l’énigme du suicide de Bernard Loiseau et la presse la sienne. «La Côte d’Or» à l’apogée de sa renommée incontestée vient d’accuser un entrefilet venimeux dans un journal. Dans un même temps, l’établissement est rétrogradé dans un des guides gastronomiques français. Est-ce alors la peur de descendre du sommet ? D’être dégradé, manipulé par ceux qui offrent et reprennent le firmament au gré des notations fluctuantes ? L’angoisse de devoir faire face aux réactions en bourse qui suivraient ? La fatigue accumulée dans un rythme d’enfer jour après jour ? Durant 27 ans, la pression qui l’avait conduit sans limite au bout de ses rêves l’avait aussi entraîné sournoisement dans la spirale diabolique de la dépression. Une dépendance excessive à la niaque qui, après le plaisir des étapes gagnées, s’est faite douleur en revers de médaille, démoniaque. Comme un champion, las de se battre pour conserver sa place dans la cadence infernale qu’il s’est imposé sans relâche, après tant d’années d’efforts et de ténacité, tout va contribuer au geste du désespoir. Il y a 10 ans, la gastronomie française perdait son chef le plus aimé, le plus populaire. Malgré le chagrin et l’entreprise colossale qui lui faisait face alors, Dominique, son épouse, a poursuivi avec le même courage et la même énergie conquérante l’oeuvre de son mari pour que brille longtemps le nom de Bernard Loiseau sur son empire. Avec pour legs, «La niaque en héritage» !

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Une réponse à “La mémoire en héritage

  1. Merci Magà! le regard que tu portes sur l’ouvrage me touche beaucoup et tout à la fois, ne m’étonne pas de toi. Il est des hommes qui ont en plus de leur art et de leur passion, cette part d’humain qui donne espoir en demain. Merci d’être, toi aussi de ceux là, mon ami. Je t’embrasse

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