Violence en Corse

MAGA ETTORI - SAMPIERO SANGUINETTI - VIOLENCE EN CORSEDans le cadre de mes recherches pour LE DERNIER CLAN, deux ouvrages m’ont particulièrement intéressé : celui de mon ami Sampiero Sanguinetti (1) et celui de Jacques Follorou (2). Si les deux livres traitent de la violence en Corse, il me semble que la comparaison se limite à peu près ceci tant l’approche, l’écriture, et les conclusions divergent.

Toutes les rencontres avec Sampiero Sanguinetti sont des instants de bonheur. Il me semble chaque fois d’être plus intelligent et plus cultivé qu’un moment plus tôt. Nous nous sommes donc rendus en famille (pour que tout le monde soit un peu plus intelligent et cultivé) à la conférence-débat de Sisco animée par Sampiero sur la base de son dernier essai :  »La violence en Corse – XIXe et XXe siècle ». Dans le contexte actuel, les espaces d’échanges et de démocratie sont précieux, et les évènements initiés par Rose-Marie Carrega (3 points & plus de rencontres culturelles – Villa Ramelli) sont déjà remarquables en ce sens. Bien entendu inviter Sampiero Sanguinetti c’est convoquer l’excellence, mais qui s’en plaindrait ?

La violence en Corse_couv.inddDans son essai mais également lors des débats Sampiero Sanguinetti a établit la démonstration que la violence est le résultat d’une histoire, d’un état social, d’une situation économique. Elle est aujourd’hui attisée par les données nouvelles d’un développement touristique aux conséquences mal maîtrisées qui draîne son lot de spéculations foncières et de consommation de masse. En journaliste aguerri, Sampiero Sanguinetti analyse la situation conduit à envisager les deux manières d’aborder la question de la violence insulaire. L’une consiste à égrener le chapelet des faits criminels pour tracer le portrait d’une île prisonnière d’un monstre à combattre et à détruire. L’autre consiste à chercher derrière les faits délictueux ou criminels en quoi souffre cette société pour générer de tels faits. Car s’il existe une responsabilité des individus, il existe aussi des engrenages. La violence et la criminalité ne sont pas le résultat de la nature d’un peuple, mais la conséquence des maux dont souffre le corps social. Affirmer qu’il n’existe aucune fatalité de la violence en Corse a son importance et cette intervention donne matière à réflexion dans le débat sensible et déterminant pour l’avenir de la Corse.

L’analyse de Sampiero Sanguinetti, d’une justesse quasi chirurgicale, démontre qu’au delà des passions et plus loin que le folklore, existent des enjeux stratégiques (militaire), financiers et moraux (la République une et indivisible) qui laisse très peu de place au romantisme. Pour çà, il nous reste le septième art (nous y reviendrons dans LE DERNIER CLAN).

FOLOROU - MAFIA CORSETravail d’enquête journalistique de qualité, l’ouvrage de Jacques Follorou est surtout impressionnant de par son côté  »affaires en cours » ; les noms, les lieux, les dates, les écoutes policières et autres comptes rendus de procès-verbaux tout y est.

Entre 2006 et 2009, le système criminel qui dominait le grand banditisme français depuis trente ans et qui étendait ses ramifications dans le monde entier s’est écroulé. Après une période de règlements de comptes, le milieu corse doit désormais composer avec des caïds des cités devenus de gros trafiquants de drogues. Cet ouvrage se penche sur les nouvelles formes de criminalité corse.

Mon expérience fournie du monde économique, social et culturel en Corse, fait que je partage COMPLETEMENT les thèses de Jacques Follorou concernant la criminalité dans l’île et autour de l’île. J’adhère moins à la solution que préconise le journaliste du Monde, à savoir la création d’un  »statut du repenti », celle des  »témoins sous X » et surtout la saisie des biens des personnes soupçonnées d’avoir des  »contacts » avec des gangsters. Dans une île, où le nombre d’habitants se résume à 310000 habitants (dont la moitié répartie entre Ajaccio et Bastia), cette mesure me semble source de violences et d’injustices supplémentaires.

(1) Sampiero Sanguinetti, journaliste et homme de télévision depuis plus de trois décennies, est l’un des pionniers de la télévision régionale en Corse et l’un des principaux promoteurs de « Via Stella », la télévision insulaire diffusée par satellite. Il fut aussi le rédacteur en chef pour la France de l’émission Mediterraneo, une coproduction méditerranéenne unique en son genre. Il est l’auteur de deux essais sur l’exercice du métier de journaliste à partir de ses propres expériences professionnelles, dont Les jours d’un témoin, 2002). – Présentation des Editions Albiana

(2) Jacques Follorou est un journaliste français, collaborateur du quotidien Le Monde. Ancien élève du Centre de Formation des Journalistes (promotion 1991), il est spécialiste du crime organisé et du milieu corse.  Source : Wikipedia

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