Archives mensuelles : décembre 2012

La devise de Pandore

Pandore, par Jules Joseph Lefebvre, 1882, collection privée

Pandore, par Jules Joseph Lefebvre, 1882, collection privée

La devise de Pandore

Le clan rédige ses textes de loi, dans les marges et l’ambigüité,

l’argent, le pouvoir, le sexe, antiques mamelles de l’humanité.

Pour le vol de la flamme, Zeus priva l’homme du Paradis.

Dans la boite, le vice, la vieillesse, la guerre, la maladie,

la famine, la misère, l’aliénation, la tromperie, les passions

alimentent les caisses noires, vols à la tire, rapt d’empires,

profanation des droits de l’homme, révolution sans repentir.

Maux que Pandore ne peut retenir qui s’envolent en citations :

 »Le Clan un et indivisible ». Deux siècles de haine, de violences,

de devises, juste au milieu d’une allégeance sur les silences

de lignes de vies brisées, de parenté, de viols et d’anathèmes.

Le clan dévoie, des votes, couche ses lois dans la lie de l’humanité,

l’argent, le pouvoir, le sexe, pour liberté, égalité, fraternité.

Demeure l’espoir, rangé, entre  »un jour peut-être » et  »carpe diem ».

Magà Ettori, Bastia (20/12/2012)

Sport & cinéma

ARIAKINA ETTORI - ONDALINA ETTORI - RENCONTRES DU CINEMA NEO CONTEMPORAIN 2012 - Institut Régional du Cinéma et de l'Audiovisuel - LE PLUS COURT EN CORSE - Musée de la Corse2012, la fin du calendrier Maya, a vu se succéder de très nombreux évènements liés aux festivités du 20ème anniversaire de l’Institut Régional du Cinéma et de l’Audiovisuel ( »La conquête des ondes », signature de la  »Charte Ciné Corsica »,  »Assises de la Culture », ateliers, tournages, projections, débats, …). Il nous importait de conclure cette année faste, par un feu d’artifice culturel et cinématographique : la deuxième édition des  »Rencontres du Cinéma Néo Contemporain ». Un alibi  pour faire entendre la voix des créateurs, certes, mais une vraie réussite au vu de la qualité des œuvres projetées.  Le thème choisi pour ces rencontres est   »sport & fin du monde ». Le sport dans le cinéma donne à réfléchir. Lié à d’autres thèmes comme l’amour, la haine, la rédemption, la réussite sociale, le sport apporte un éclairage différent sur nos vies et nos sociétés. Il met en scène des histoires ou tout est possible le temps d’un match, d’une course, d’un combat ou d’un entraînement. Il offre la vision d’un monde meilleur, où certains fléaux de la pensée humaine tel que le racisme, l’intolérance, la cupidité, la bêtise, l’orgueil –  j’en passe et des meilleurs -, ont moins d’importance. En effet, dans ce type de films le Bien l’emporte souvent, et à la fin la justice est rendue. Ok, ok, ne me citez pas toutes les tragédies, longue vie aux chevaliers blancs. Les mondes du cinéma et du sport semblent bien différents, et pourtant ils comportent nombre de points communs : des stars et des étoiles filantes, des spectateurs, des acteurs, et des performances bonnes ou mauvaises, du spectacle, de la concentration, des gestes et des mots rituels, des attitudes, du dépassement de soi, de la compétition, de l’argent… Ah ! J’entends un bruissement lointain ? la litanie de Tom Cruise dans  »Jerry Maguire » :  »show me the money (gagne moi le blé) » ; à moins qu’il s’agisse des  affiches des Rencontres du Cinéma Néo Contemporain emportées telle la plume de  »Forrest Gump ». Sur ces affiches, nous avons voulu y rendre hommage à Raimu et Fernandel en adaptant l’image des  »Rois du Sport » (autant que faire ce peu) ; autre possibilité – à propos du bruissement – peut-être qu’il s’agit des échos de la pièce deFrancis Veber qui conclue notre manifestation,  »Cher Trésor » avec Gérard Jugnot, Alexandra Vandernoot, Eric Le Roch, Michèle Garcia, Philippe Beglia et Claude Brécourt. Platon était d’avis que la pratique du sport est essentielle pour les gardiens de la cité,  »mens sana in corpore sano ». L’inventeur de la théorie des idées assurait :   »on ne s’engage dans la gymnastique qu’avec l’objectif d’éveiller l’ardeur morale de sa nature ». L’activité sportive doit donc revêtir – selon Platon – un rôle éducatif, mais un rôle tel que le sport ne peut valoir qu’en tant qu’il sert autre chose – le caractère, la personnalité, et bien entendu  l’âme. Montaigne ajouterait que les belles âmes, ce sont les âmes universelles, ouvertes et prêtes à tout, si non instruites, au moins instruisables. Nos instructeurs sont pléthores tant dans le sport que dans le cinéma. Magiciens, mystificateurs de l’instant, passés maîtres dans l’art de distiller du plaisir à son public, les sportifs comme les cinéastes savent, créer de l’émotion. Un travelling parfaitement exécuté ou inattendu, une balle dans un filet, un mot, un regard, un sourire, une larme, un baiser, une défaite, une victoire, oh oui LA victoire, un vrai happy end de cinéma. Quand les héros luttent contre le destin, que Goliath est un peu trop grand, une équipe trop puissante, un pont trop loin, une femme trop femme, … et que contre tout attente, dans la sueur et les larmes, la victoire s’arrache telle une conquête inaccessible, ça c’est de l’émotion, ça c’est le graal du cinéma, la quête suprême. Dés les prémisses du cinéma, les créateurs se sont emparés de ce sujet hautement cinégénique qu’est le sport. On ne compte plus les chefs-d’œuvres depuis  »La Course à sac » filmée par les frères Lumière en 1895, considéré comme le premier film sur le thème du sport, au  »Stratège » de Bennett Miller en passant par  »Les Chariots de feu »,  »Le Meilleur »,  »Coup de tête »,  »The Last Boy Scout »,  »Space Jam »,  »Goal’‘,  »L’Enfer du Dimanche »,  »Finding Forrester »… Et nous ne parlerons pas du noble art, si, un peu tout de même. La boxe est à ce jour le sport le plus représenté sur grand écran. En soi, la boxe constitue un sport et un divertissement spectaculaire, certes, mais aussi un sport extrême, susceptible d’entraîner la mort. Ne serait-ce que cela, suffit à en faire un bon sujet pour le cinéma. Eros et Thanatos sont définitivement des stars du grand écran. La boxe réunit tous les ingrédients du conte pour adulte. Le boxeur suit souvent un parcours initiatique (parfois en 3 actes) comme les odyssées et les aventures antiques : jeune, sous l’impulsion d’un mentor aussi appelé un passeur, débute son initiation, non seulement des rouages de sa discipline mais aussi et surtout des meilleures valeurs morales et physiques. Puis vient l’ascension vers la gloire, le passage de l’ombre à la lumière. Arrive ensuite l’heure de la défaite, de la déchéance, de la mort même et, parfois oh sublime joie, de la rédemption. Que de films sur la boxe suivent cette construction scénaristique, et parmi les plus remarquables  :   »Gentleman Jim » de Raoul Walsh,  »Body and Soul » de Robert Rossen,  »The Set-Up » de Robert Wiise, la saga  »Rocky Balboa » de Sylvester Stallone,  »Raging Bull » de Martin Scorsese,  »Hurricane Carter » de Norman Jewison,  »Ali » de Mickaël Mann,  »Million Dollar Baby » de Clint Eastwood,  »De l’ombre à la lumière » de Ron Howard, et  »Le dernier Clan » de votre dévoué serviteur. Le film/sport peut-être beaucoup plus grand, beaucoup plus ample que le parcours d’un seul individu :  »Invictus », un autre film signé Clint Eastwood, retrace l’histoire d’un homme, d’un peuple, d’une nation qui se hisse près des cieux grâce au rugby. Le cinéaste a réussi à retranscrire tout ce que le sport a de plus fort. Il se situe en 1995, sous le régime de l’Apartheid, alors que la coupe du monde de rugby se joue en Afrique du Sud. Nelson Mandela, élu président depuis peu, homme sage, intelligent, serein, et plein de convictions, va mener un combat pour le pardon et la réunification de son peuple grâce à ce tournoi. ‘’9, un chiffre, un homme » est un film écrit par Tony Parker lui même et par le réalisateur corse Jean-Marie Antonini. Le basketteur se livre dans un documentaire autobiographique. Il raconte son parcours depuis ses débuts jusqu’à ses trois titres en NBA, dévoilant une part de son intimité :  »je voulais que mes fans sachent dans quel milieu j’ai grandi, les gens qui m’entourent et m’accompagnent dans ma carrière, et surtout la place de la famille dans ma vie. Quand j’étais gamin, lorsque je regardais les vidéos sur Michael Jordan, Magic Johnson, Larry Bird…, je me suis toujours dit que j’en ferais aussi sur ma carrière ». Ah la valeur de l’exemple, l’esprit du sport.  »9, un chiffre, un homme » sera diffusé sur la Place St-Nicolas à Bastia dans le cadre d’un partenariat avec Uniti per Natale, une association dont l’objectif est de combattre la précarité et de promouvoir la diversité. Près de 500 personnes sont attendues pour le repas de gala offert sous chapiteau, où seront présents de nombreux artistes et sportifs de haut niveau. Le lendemain toujours sur la place centrale de Bastia, de nombreuses activités culturelles et sportives seront organisées. L’Institut Régional du Cinéma et de l’Audiovisuel Corse y diffusera des créations de jeunes insulaires sur les thèmes du sport (Franck Fougère-Gnagni, Nathalie Falletta, David Muraccioli, Cyril Bertou, …). Des films qui seront également diffusés au Cinéma le Studio à Bastia et à Furiani dans le cadre d’un partenariat avec notre ami René Viale dont le soutien jamais démenti a permis de mettre en place l’opération des  »Jeunes Etoiles du Cinéma Corse ». Ondalina et Ariakina Ettori (oui, oui, des parentes) animent avec passion Ciné Rinovu, la pépinière des jeunes cinéastes, qui organise au sein des  »Rencontres du Cinéma Néo Contemporain ». plusieurs ateliers d’éducation à l’image, tournages et projections. Nous arrivons à la fin… pas du Monde mais de cet édito et bien entendu, je n’ai cité que le quart du dixième des personnes qui ont collaboré à l’organisation de cette manifestation ; j’espère qu’elles ne m’en tiendront pas grief. Pour en savoir plus, je vous invite à prendre connaissance du programme complet et plus particulièrement du JOUR LE PLUS COURT organisé par le Centre National de la Cinématographie sous l’égide du Ministère de la Culture et de la Communication et dont le relais en Corse est l’Institut Régional du Cinéma et de l’Audiovisuel. Sonia, Isabelle, Hélène et tous les autres ainsi que l’Agence du Court Métrage ont fait un travail formidable, et nous avons humblement essayé d’être le meilleur relais possible en Corse. Les projections sont passées d’une unique projection en 2011 à quarante-quatre projections en 2012, notre action et celle de nos partenaires – en particulier la Falep (Héloïse Pendino et Pierre Jean Rubini) a porté ses fruit. C’est aussi ça l’esprit d’équipe. Je voudrais conclure cet édito en évoquant une dernière fois cette lune de miel entre le sport et septième art, qui dure depuis plus d’un siècle. Pour nous autres créateurs cela se résume à produire, produire et produire encore. Ces rencontres sont nos rencontres, vos rencontres. Nous avons une fois de plus tenté de réunir ce qui était éparse, le meilleur de la création insulaire, celle d’ailleurs et de plus loin encore, les diffuseurs, les mécènes, et surtout ceux sans qui le cinéma n’est rien… les spectateurs. Enfin, la fin du Monde est à suivre en direct sur NEO CINE TV ( www.corsicacinema.com ), mais comme nous avons une date le 22 décembre, soyons optimistes.