Des ondes et des anges

EVELYNE ADAM - MAGA ETTORI - CHARTE CINE CORSICA - Institut Régional du Cinéma et de l'Audiovisuel (IRCA)VERONIQUE EMMANUELLI ET EVELYNE ADAM LORS DE LA SIGNATURE DE LA CHARTE CINE CORSICA A ANTISANTI

L’article qui suit n’est pas rédigé par mes soins, mais le sujet dont parle l’article (Evelyne Adam) et la rédactrice (Véronique Emmanuelli) ont une place privilégiée dans mon Panthéon personnel. C’est pourquoi je me permets un copier/coller d’un article paru dans la Corse Votre Hebdo. Bonne lecture sur la voie des ondes. Magà

EVELYNE ADAM (Magà Ettori - blog)

Évelyne Adam, la dame de l’onde

Chaque soir, sur France Bleu, de 21 h à minuit, l’animatrice de la Compil’ engage le dialogue avec quelques millions d’auditeurs. Le reste du temps, Évelyne Adam écrit et met en scène l’île et ses figures fondatrices à l’image de Colomba.

Chaque soir à 21 h, Évelyne Adam, voix grave et ronde, est fidèle au poste sur France Bleu. Trois heures durant, jusqu’à minuit, elle alternera dialogue au téléphone et musique. Le rituel de « La Compil’ d’Évelyne » dure depuis le 4 septembre 2000 face à quelques millions d’auditeurs invisibles.

La tenue vestimentaire de l’animatrice est toujours impeccable, le maquillage est toujours subtil. Aucune imperfection dans la coiffure non plus, « par respect pour l’auditeur. Je me prépare comme si j’étais en télévision », confie-t-elle. Évelyne Adam cultive l’élégance sans faille dans l’apparence comme dans le verbe. Cette fois, le vouvoiement est au cœur de son phrasé maîtrisé, car « il est important, en plus de l’écoute, de la sincérité, de savoir conserver une distance tout en étant près des gens dans une émission basée sur l’affectif. »

Des codes se sont installés. Ils admettent une exception, « les routiers. Ce sont les seuls que j’autorise à me tutoyer. » Elle a de bonnes raisons discursives de déroger au principe qu’elle s’est fixé : « Le tutoiement est un élément majeur de leur mode d’expression. » La formulation est une manière de dire une proximité. « Je fais un peu partie de leur cabine, de leur route », confie-t-elle. On se parle en complicité, en solidarité aussi. D’entrée de jeu, les routiers sont devenus un peu des partenaires itinérants et ont invité au voyage La Compil’. « L’émission a été beaucoup véhiculée par cette profession qui roule sans cesse, traverse les villes et les villages. Elle est passée ainsi de camion en camion à travers toute la France », se félicite l’animatrice. La dynamique perdure encore aujourd’hui, « avec cette fidélité caractéristique de la corporation et qui me touche beaucoup. »

Max Meynier en jupons

Les routiers restent à l’écoute et cette relation forte est vécue un peu comme un legs. « Avant sa disparition, Max Meynier est venu animer deux émissions avec moi pour me passer le relais. » Le présentateur chaleureux des ‘Routiers sont sympas’ sur RTL se veut un provocateur de rencontre. Il tient sans doute à prolonger la conversation radiophonique. Il n’y aura donc pas d’adieux, juste un micro, posé au moment de prendre congé et une autre voix sur une autre fréquence pour aller de l’avant. « À l’antenne, il a prononcé ces propos, à mon sujet ‘Maintenant, Max Meynier a un jupon. Je lui tends le relais. Elle s’occupe de vous aussi bien que moi. Je vous demande de l’aimer », se souvient au mot près l’animatrice. La mémoire fusionne amitié et émotion. « J’avais beaucoup d’admiration pour cet homme affable, généreux, authentique, toujours dans le service. Un homme bien en somme. » Adepte de la formule bien sentie : « Il avait subi trois transplantations cardiaques. Il se savait en sursis permanent. Lorsque je lui disais, Max, tu es un homme de cœur, il me répondait, c’est normal, j’en ai eu trois ! », confie-t-elle. Un soir, le rire se transformera en chagrin. C’est le moment de l’hommage sur les ondes, tout en sons. « Lors de son décès, j’ai demandé à mon réalisateur de monter en boucle un klaxon de camion 40 tonnes pendant une minute. J’avais demandé aussi à tous les routiers, à minuit moins une, de klaxonner à l’endroit où ils se trouvaient. » Séquence intime qui sonne juste.

La Compil’ s’écoute en camion mais aussi en voiture et à la maison. Dans sa tranche horaire, l’animatrice brasse large. « Le standard reçoit en moyenne 900 appels chaque soir. » Le temps d’antenne conduit à opérer une sélection et à imposer la règle intangible du délai de deux mois entre deux coups de fil. Pas de chouchous ni de monopole de la prise de parole dans la Compil’. L’émission sera à l’image « d’un public très varié d’agriculteurs, de VRP, de médecins, de boulangers, de retraités, de femmes qui travaillent dans le social, par exemple. Toutes les catégories et toutes les générations sont représentées ».

On téléphone à Évelyne de Bretagne, de Lorraine, des Bouches-du-Rhône, du Périgord, du Pas-de-Calais et d’ailleurs afin de choisir une chanson pour se faire plaisir, souhaiter un anniversaire ou bien adresser une pensée – bienveillante – a son entourage, à un ami au loin. Certains auditeurs en profitent pour échanger quelques civilités avec l’animatrice, dans le genre « ravi de vous connaître », « je suis contente de vous entendre au téléphone », « vous êtes quelqu’un de gentil et d’intelligent, vous m’avez déjà consolé ». Des aveux, tels que « je ne regarde plus la télévision, j’écoute la radio à présent », tiennent lieu d’encouragement. « C’est une belle récompense pour moi », souligne Évelyne. « Et je l’entends de plus en plus ».

L’éclosion des radios libres

La conversation nocturne conduit parfois à la météo, aux loisirs, aux souvenirs d’école, aux histoires d’amour et de séparation. Selon la période de l’année, le bronzage et les vacances ont leur importance. On raconte encore ses joies et ses peines, en quelques minutes. Pour d’autres auditeurs, l’émission du soir représente la quête d’une convivialité qui se dérobe au quotidien. La solitude se fait parfois entendre dans la confidence. Il y a des témoignages qui ne s’oublient pas. « Lors d’une émission, une dame m’a dit : je vous écoute tous les soirs et vous demandez à chacun de nous comment allez-vous. Cela fait dix ans qu’on ne m’avait plus posé cette question. Je suis très flattée que vous soyez chez moi ce soir. Pour vous j’ai mis la table, j’ai mis deux assiettes et un bouquet de fleurs ». Évelyne Adam s’autorise alors à devenir « la confidente » ou « l’amie de la famille ». À moins qu’elle ne soit « celle qu’on sollicite lorsqu’on a besoin d’un petit conseil. » Dans cette relation, l’optimisme est un critère primordial. Le sourire constitue l’une des clés de la démarche, « pour se sentir positif. Et comme la bonne humeur est toujours en moi, j’essaie de la transmettre au maximum afin que tous se sentent un peu mieux chaque jour ».

L’animatrice se remémore volontiers les interventions des enfants. Elles révèlent souvent « une sensation d’isolement, de solitude quand il ne s’agit pas d’un manque d’affection. » Les ondes vibrent un peu plus alors. « Cela me bouleverse. Trop. Peut-être. C’est sans doute lié à mon parcours personnel, un parcours atypique, un parcours de combat », où se mêlent des incertitudes, des audaces et une sorte d’urgence oppressante. Celle-ci prend la forme d’une vision onirique de l’existence « J’ai toujours rêvé de faire de la radio », résume Évelyne Adam. « Mais dans la vie, pour la fillette puis la jeune fille, le média équivaut à deux compagnons de route, Jean-Pierre Foucault et Léon, c’est-à-dire aux programmes que j’écoutais ». Elle se contente d’être une fidèle auditrice après sa journée de travail comme secrétaire médicale à Toulon. Les années 1980 marquées par l’éclosion des radios libres lui serviront de tremplin. « Je me suis dit : c’est maintenant ou jamais », rappelle-t-elle. Jusqu’à ce qu’une rencontre de hasard cadre avec son état d’esprit. « Un jour mon fils a gagné un disque sur une des toutes premières radios locales de la région. Je suis allée le chercher. Dans les locaux j’ai croisé un groupe de personnes qui discutaient. L’une d’elle m’a fait remarquer que j’avais une jolie voix radiophonique et m’a proposé de participer à l’aventure. » La jeune femme refuse. « Vous avez tort. Vous possédez vraiment une jolie voix » rétorque son interlocuteur. Son insistance ne change rien à l’affaire.

L’ensemble des régions

La perspective crée le trac. Elle craint l’échec. Elle pense ne pas y arriver. « J’avais envie de m’enfuir », poursuit-elle. Mais en bonne mère, elle songe d’abord à son fils et à son disque. « On m’a montré une pile de 45 tours et on m’a dit, « prenez ce que vous voulez ». La première pochette est celle de Mike Brandt. Sur la face A du vinyle, « Dis lui ». L’injonction pourrait être une incitation à se lancer dans un autre scénario. « J’aimais bien cette chanson. Quelques minutes après, on m’a reposé la question, vous êtes sûre que vous ne voulez pas faire de la radio ? J’ai regardé la pochette et j’ai accepté. C’est comme ça que j’ai commencé ». Suivront trois années de bénévolat en studio et un premier cachet « que j’ai partagé avec deux autres animateurs ». Une étape décisive est franchie lorsqu’elle intègre Radio France ; « Je suis devenue la voix du Var puis de toute la zone Paca. Je faisais les matinales. Ensuite je suis partie à Lyon et à Quimper. » En 1988, l’animatrice est chargée de monter la radio des jeux olympiques à Albertville. « Je termine ma mission en 1990 à paris en tant que productrice chargée de mission pour les jeux olympiques au titre international ». Sa trajectoire se confond désormais avec RFI – Radio France Internationale. Elle comporte un volet pédagogique. « Je donne en parallèle des cours de radio et je forme pas mal d’animateurs bien connus aujourd’hui. » Mais ce n’est pas la dernière ligne droite. La radio est un exercice à rebondissements. « Radio France m’a fait revenir pour me proposer de prendre les rênes de l’émission du soir qui devait réunir pour la première fois l’ensemble des stations locales de Radio France ». En vain. Évelyne Adam refuse, pour des raisons d’actrice. « Je jouais une pièce de théâtre à Paris, ‘Thon FM’. Il s’agissait d’une comédie un peu décalée. Je souhaitais poursuivre les représentations ». Jean-Marie Cavada, « le président de Radio France à l’époque » aura raison de ses réticences. Le micro l’emporte sur les planches. Évelyne Adam se laisse convaincre. Elle a raison. C’est ainsi que La Compil’ voit le jour en « compilant l’ensemble des régions, tous les styles de musique et les auditeurs avec toutes leurs émotions. »

« Un grand chantier » en perspective

Lorsqu’elle tourne la page de la radio et de son métier d’animatrice, Évelyne Adam rentre en Corse dans sa maison, à Travu, sur la côte orientale. Le séjour n’a rien à voir avec une forme de villégiature. Il est un impératif, une part essentielle de sa propre histoire, un élan surgit de l’enfance aussi. « J’ai été élevée par des femmes. Ma mère, ma grand-mère et une amie de ma mère Jackie Perfetti, originaire de Borgo et âgée de 85 ans aujourd’hui. Elle était concertiste. C’est elle qui m’a transmis, très jeune, le goût de la scène, de la musique et du micro ».

Entre deux accords, la dame assume volontiers sa corsitude. Sa verve est intarissable. Un parrain corse, « le grand amour de ma grand-mère », ajoute un degré d’insularité supplémentaire. « Si bien que lorsque je suis arrivée du Vietnam où je suis née, à Toulon, la Corse était une seconde peau, une patrie mère. » Plus tard, Évelyne se place dans le paysage sur le mode familial. « J’ai de la famille à Poggio-di-Nazza, des amis très proches à Solaro », commente-t-elle. La création est en passe de devenir un autre repère déterminant. Colomba ou plutôt Joséphina, « la voix féminine qui a accompagné les Muvrini » est à l’origine du processus. Une suggestion joue le rôle de déclencheur. « Elle m’a dit : tu n’as pas envie que nous écrivions une comédie musicale. » Refus sur le champ au nom d’un mélange des genres artistiques « que je ne supporte pas ». Joséphina persévère.

Elle en dit plus. « C’est à Colomba que je pensais ». Évelyne reste sidérée. « Il s’agit du premier livre que j’ai lu. Ma grand-mère m’en avait fait cadeau. » C’est le mystère des correspondances. L’animatrice s’abandonne aux réminiscences. Elle est emportée par l’élan de l’enfance. Au final « j’ai adapté la pièce. Je gardais les textes de Mérimée près de moi. Au fur et à mesure Joséphina dans un thème que je choisissais me fournissait la musique. Puis j’écrivais les chansons. 14 au total ». Le format est celui de la tragédie grecque. « Il s’agit donc de la première tragédie musicale. Aujourd’hui Colomba est dans ma tête, qu’il s’agisse de la mise en scène, des effets. » Évelyne prône la séparation des registres. « Je tiens à ce qu’elle soit interprétée par des acteurs et par des chanteurs et non par des acteurs-chanteurs. » Joséphina, son frère Blaz, Jean-Charles Papi ainsi que quatre groupes polyphoniques corses feront partie des chanteurs.

Il reste à présent à organiser un casting dans l’île, à trouver le producteur et les financements nécessaires à la concrétisation du projet. Des rencontres sont prévues. Des contacts sont déjà noués. Le projet bénéficie d’une bonne fortune institutionnelle et médiatique. « La CTC nous a donné son accord de principe pour nous aider. Nous travaillerons en partenariat avec RCFM. Le soutien de son directeur Hervé Deharo est très précieux ». Colomba toute de noir vêtu dans un espace-temps contemporain, est désormais « un grand chantier, un magnifique chantier ».

L’émetteur d’Antisanti

« La compil’ est un lien. Je fais en sorte de réunir les auditeurs de région en région, mais également de continent en continent. Nombreux sont ceux qui m’écoutent au Québec, aux États-Unis. Nombreux sont les expatriés heureux de retrouver leur région par le biais de l’émission. La Compil’ est l’occasion d’accueillir des invités de grande notoriété qui viennent partager la confidence avec moi le soir. Ils co-animent l’émission avec moi pendant 3 heures. Parmi ceux-ci Patrick Sébastien, Michel Fugain, Patrick Poivre d’Arvor. »

Il y a de jolis moments, de jolies rencontres, de nature à susciter un élan littéraire. En 2009, Évelyne Adam passe de la radio à l’écriture par le biais « d’un ouvrage de développement personnel », indique-t-elle, « Les secrets du papillon ». « Ils sont au nombre de 52. Un secret par semaine. Il s’agit du premier livre que l’on ouvre les yeux fermés pour obtenir des réponses à ses doutes, à ses questions. Les papillons voyagent bien, voyagent très loin. Et chacun y trouve des réponses. Patrick Sébastien a rédigé la préface et Jean-Jacques Lafon a réalisé les illustrations ». Quelques années plus tôt, en 2002, l’animatrice a privilégié l’autobiographie. Cette fois, c’est à son tour de se livrer et sans doute de rechercher sa vérité à travers les pages écrite à la pudeur de « La voix des ondes ». Sur la couverture figure la photo de l’émetteur d’Antisanti. « Il fallait une illustration. J’avais refusé de mettre mon visage car je ne suis qu’une voix. Nous avons donc pensé à un émetteur. Et nous nous sommes mis à la recherche de la bonne photo. » Les investigations portent sur le quart Sud-Est, la région des débuts. « Des amis de TDF m’ont fait une série de propositions. Mon choix s’est porté sur Antisanti. Je n’ai su le nom de l’endroit que quelques jours plus tard. »

Autre temps et autre registre. Avec ses phrases bien rythmées, elle entend à présent rendre hommage à Bernard Loiseau, « le grand chef cuisinier, disparu il y a 10 ans. Il m’écoutait le soir, je l’appréciais et je l’admirais beaucoup. Il était fait de courage et de pugnacité. Il est parti du bas de l’échelle pour bâtir un véritable empire ». Parution prévue le 25 février 2013.

Véronique Emmanuelli

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s