Archives mensuelles : avril 2011

Je vous trouve très beau, Versailles sauce Hollywood

MAGA ETTORI - Marie Antoinette de Sofia Coppola

Pour situer le contexte, nous parlons d’un film auquel j’ai participé doté d’un budget de 40 millions de dollars, et qui a rapporté à sa production 60 919 189 dollars. Mais commençons par le commencement. Un matin, très en retard, je pénètre en trombe dans un bâtiment administratif, quand ma course fut stoppée net par une charmante brune aux yeux clairs, au profil grec, qui me questionna dans un sourire :

 »voulez-vous faire du grand cinéma ? »

Grand sourire intérieur du gars qui a réalisé plusieurs dizaine de films!

–  »Non parce que vous avez un look, et que je cherche quelqu’un tel que vous pour un tournage de trois mois. »

Je lui demande pour la forme qui produit ce film. Elle me me murmure comme une confidence :

 »Francis Ford Coppola, c’est lui qui produit le film mais c’est sa fille Sofia qui réalise ».

MAGA ETTORI - Marie Antoinette de Sofia Coppola - Le mariage

Le mariage de Marie-Antoinette

Je la scrute comme si elle venait de dire Francis Ford Coppola, mais je pense que mon regard ressemblait plus à celui de Richard Anconina alias Albert Duvivier dans  »Itinéraire d’un enfant gâté ». Comme la grecque ne bouge pas d’un iota malgré sa profanation, je jette un coup d’œil rapide derrière moi puis tout autour pour détecter la caméra cachée, sans succès. Elle me parle ensuite du salaire, décidément très persuasive. Je ne suis pas du genre à contrarier une jolie femme, surtout quand elle représente un de mes cinéastes favoris. Je lui donne donc mon accord. Le lendemain, à 3h du matin, un taxi Mercedes au siège en cuir neuf me conduit au Palais de Versailles, sur le tournage de  »Marie-Antoinette ».

MAGA ETTORI - KIRSTEN DUNST Marie Antoinette de Sofia Coppola

Kirsten Dunst & Magà Ettori pour l’arrivée de Marie Antoinette

Jean Tulard a publié un article sur  »Marie-Antoinette », pas très tendre. Il écrit  »Kirsten Dunst dans le film de Sofia Coppola a du charme, mais c’est Versailles à la sauce Hollywood ». Ah l’humour de Tulard, un pur régal. Le jour où je lui ai demandé son email pour lui envoyer un message, il m’a fait le regard d’Elioth Ness à Al Capone ou d’Albert Duvivier à son corrupteur. Jean Tulard qui devait être conseiller technique sur ce film, mais ne le fut pas précisa :  »Sofia Coppola et moi, nous ne faisons pas le même métier. C’est une créatrice. Elle a sa propre vision de Marie-Antoinette. » Pour information Jean Tulard est membre du Comité de parrainage d’un certain Institut que je dirige.

MAGA ETTORI - Marie Antoinette de Sofia Coppola - Opéra Comique

Magà Ettori en tournage à l’Opéra

Mais revenons donc au tournage. Tous les lundi et la plupart des nuits de la semaine, une aile entière du palais de Versailles était consacrée au toilettage, et ravalement de façade. Essayage de costumes et maquillage démontrent bien que tout vaniteux vit aux dépends de celui qui l’écoute. Après cette séance, de  »mon look et de mon physique très intéressant » il ne reste plus grand chose : ni barbe, ni chevelure rousse.

Vers 11h, ce sont les sosies qui arrivent. Il déambulent tranquillement, certains récitent un texte, d’autre prennent des photos, et la plupart discutent près de la buvette. Il y a là, très simplement, Jason Schwartzman, Judy Davis, Rip Torn, Marianne Faithfull, Tom Hardy, Mathieu Amalric, Steve Coogan et même le sosie d’Asia Argento. Le sosie de Kirsten Dunst arrivera un peu plus tard dans un sac poubelle. Oui le plastique pour dissimuler la robe de Marie-Antoinette aux paparazzi. Peine perdue d’ailleurs. Tous les comédiens et techniciens présents étaient des paparazzi potentiels et la photo en question s’est rapidement retrouvée à la une de la presse people. Cet usage des photos avec un portable se voulait interdite pendant le tournage, mais est-ce qu’ils pouvaient fouiller plusieurs centaines de personnes chaque jour. Le sosie d’Asia Argento ne s’en privait d’ailleurs pas. Elle m’attrape par le bras et me dit :

 »je vous trouve très beau, on peut se prendre en photo ensemble ? », pouvait-je lui refuser ? Elle tend alors un appareil photo-portable-téléphone à un autre comédien qui nous mitraille. A cette époque on parlait du film d’Isabelle Mergault, donc le  »je vous trouve très beau » me laissa de marbre. Je n’allais pas me laisser prendre à la flatterie tout de même. Je compris d’ailleurs qu’elle ne parlait pas de ma modeste personne mais bien de ma tenue, somptueuse. Rien d’étonnant à ce que le film ait reçu l’Oscar de la meilleure création de costumes. La comédienne me demanda mon adresse – pour me faire parvenir une copie de la photo – que je lui ait griffonné sur un bout de nappe, mais alors sans conviction. Je ne pensais pas une seconde qu’une fois fini le tournage, elle prendrait le temps de m’expédier cette photo. Une bise rapide, et à bientôt. Je lui glisse :

 »moi aussi je vous trouve très belle », La Contesse du Barry se retourne me fait un clin d’œil et puis prend la direction de la cantine. Ah la cantine, extraordinaire ! 2000 personnes, sous un chapiteau. Nous devions mettre des espèces de bavoirs, et des  »sacs en plastique » sur la tête pour protéger costumes et perruques. Enfin pour ceux qui en portaient, moi c’était ma vraie chevelure, moins lourd. Bien entendu nous pouvions nous assoir à la cantine où nous voulions, après être passé par le buffet. Mon premier repas fut un choc, au moment de m’assoir je m’aperçus qu’à droite étaient assis tous les gens du peuple, à gauche la bourgeoisie et entre les deux les techniciens. Nous venions d’inventer la ségrégation sociale. Dans les trois camps, on me regardait comme un traître à ma classe puisque naturellement j’étais allé m’assoir avec les techniciens.

Quelques jours plus tard, je fis la connaissance d’un personnage haut en couleur, Jean-Christophe Spinosi, surnommé par Télérama  »l’enfant terrible du baroque ». Il jouait le rôle d’un chef d’orchestre et se disputait – bruyamment et en vrai – avec le réalisateur de la deuxième équipe, qui n’était autre que Roman Coppola. Le père du chef d’orchestre, qui était d’ailleurs un vrai chef d’orchestre, était de mes amis. Violoniste de formation, Jean-Christophe Spinosi a commencé à faire parler de lui en 1991, après avoir fondé le quatuor Matheus avec lequel il remporta le concours international Van Wassenaer d’Amsterdam. Il enregistra des disques, qui lui valurent de nombreuses récompenses, Diapasons d’or, Victoire de la musique classique, BBC Magazine Classic Award,… Jean-Christophe Spinosi a également dirigé des orchestres prestigieux comme l’Orchestre national de France, de Grenade, l’Orchestre Philharmonia de Londres et bien d’autres. Bien entendu, nous nous sommes immédiatement entendus et Jean-Christophe est devenu membre du Comité de parrainage de l’Institut Régional du Cinéma et de l’Audiovisuel.

MAGA ETTORI - JUDY DAVIS - Marie Antoinette de Sofia Coppola

Judy Davis et Magà Ettori pour la mort du Roi

Pendant ces trois mois, j’ai tourné plusieurs scènes avec Mary Jane Watson, la fiancée de Spiderman dont celle de la mort du Roi. Mémorable, pour mes genoux et pour la robe de Judy Davis. Le 10 mai 1774, nous étions une dizaine à courir dans la galerie des glaces, Judy Davis en tête, moi juste derrière, tandis que deux futurs décapités nous encadraient. Nous étions tous les quatre dans le peloton de tête, pour annoncer à Jason et Kristen que le pauvre Louis XV n’était plus.

La première tentative nous vit tous les quatre atterrir à plat ventre devant la reine, qui s’esclaffa. Il faut dire qu’on ne pouvait rien clouer, ni scotcher dans la Galerie des Glaces. Il fallu donc prendre des costauds pour tenir à bout de bras l’épais tapis sur lequel nous ne devions ni glisser, ni choir.

A la vingtième tentative mon camarade de gauche posa négligemment son pieds sur la traine de Judy Davis qui s’arracha complètement. En immense star et en  professionnelle, Judy Davis finit sa scène comme si de rien n’était. La costumière fut moins fair-play avec le comédien. A la quarantième tentative ce fut mon collègue de droite qui décida de tester la solidité de la robe de Judy Davis, qui finit encore sa scène comme si de rien n’était. La costumière fut encore plus mauvaise. Pour le coups, j’ai eu du mal à contenir un sourire. Je sais le roi était mort mais tout de même. La fiancée de Spiderman et Sofia Coppola riaient à chaudes larmes, la comédienne avait la caméra dans le dos et la réalisatrice était hors champs près de Roman. Tel le sphinx, Francis Coppola restait imperturbable. A la soixantième tentative, je ne pouvais plus m’agenouiller devant le couple royal, j’avais les genoux en sang, ah la royauté !

Il y aurait tant d’autres anecdotes à raconter sur ce tournage, mais j’en garde un peu pour mes arrières-petit-enfants. Je vais donc conclure ce billet en évoquant le courrier que j’ai reçu quelques mois plus tard. Une enveloppe en provenance d’Italie, et à l’intérieur simplement la photo (ci-dessous) où je pose avec la fameuse comédienne qui ressemble à Asia Argento. Au verso un court texte, pas de quoi flatter mon égo mais tout de même :  »Je vous trouve toujours très beau. Avec toute mon amitié. Asia ».

MAGA ETTORI - ASIA ARGENTO - Marie Antoinette de Sofia Coppola

Asia Argento et Magà Ettori : je vous trouve très beau, mais moi aussi je vous trouve très belle !